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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Construction de lieux de culte : les difficultés des chrétiens ravivées lors des fêtes de Noël

Construction de lieux de culte : les difficultés des chrétiens ravivées lors des fêtes de Noël

26/12/2012

« Nous ne sommes pas autorisés à construire les lieux de culte dont nous avons besoin. C’est pourquoi nous nous réunissions pour prier là où nous le pouvons, et bien souvent dans des circonstances qui sont loin d’être idéales car même cela nous n’avons pas le droit de le faire (...). » C’est en ces termes nettement désabusés que l’archevêque catholique de Djakarta, Mgr Ignatius Suharyo, ...

... s’est exprimé lors de l’homélie de Noël qu’il a prononcée le 25 décembre en sa cathédrale Notre-Dame de l’Assomption.

Pour illustrer son propos, l’archevêque de Djakarta a cité les derniers événements qui se sont produits lors de la célébration de Noël du 24 décembre, la veille, et a rappelé les difficultés récurrentes que rencontrent ces deux communautés protestantes, celle de Bekasi dans la banlieue de Djakarta et celle de Bogor dans la province de Java-Ouest, dont les membres en sont venus à célébrer la veillée de Noël en plein air devant le palais présidentiel où, par un sit-in improvisé, ils ont demandé au président Susilo Bambang Yudhoyono de faire respecter la liberté de culte dans le pays.

Mgr Suharyo a appelé le gouvernement à « prendre les mesures nécessaires » pour résoudre ce problème car, a-t-il ajouté, en Indonésie, « toutes les religions doivent avoir la possibilité d’édifier leurs lieux de cultes ».

L’affaire de ces deux communautés protestantes est ancienne et souligne à quel point il est devenu difficile pour les minorités religieuses en Indonésie de faire appliquer des décisions de justice qui ont été rendues en leur faveur. Du fait de la loi régissant la construction des lieux de culte, renforcée par un décret de 2006, le permis de construire est en réalité très difficile à obtenir pour les non-musulmans. De surcroît, pour les communautés catholiques ou protestantes qui parviennent à franchir cet obstacle et à obtenir un permis de construire, les difficultés perdurent car même après avoir obtenu de la justice un feu vert définitif à la construction de leur lieu de culte, des militants islamistes n’hésitent pas à faire le coup de main contre eux pour les empêcher de se réunir – et cela dans un contexte où les autorités locales et la police se gardent bien d’intervenir.

Ce 24 décembre au soir, la scène qui s’était déjà produite en mai dernier lors du jeudi de l’Ascension a de nouveau eu lieu : à Bekasi, environ deux cents fidèles de la Huria Kristen Batak Protestan (KHBP, Eglise protestante Batak) ont été pris à partie par des islamistes qui leur ont lancé des œufs pourris et des sacs plastique remplis d’urine pour les empêcher de se réunir afin de célébrer la veillée de Noël. Les premières démarches de cette communauté protestante en vue de construire un temple remontent à 2007 ; en décembre 2009, ces démarches ont été invalidées par les autorités locales, mais en 2011 un tribunal administratif a cassé cette décision et statué en faveur de la communauté. Depuis le statu quo prévaut et les protestants se voient de fait bloqués dans leur entreprise de construction. A l’agence Ucanews, le pasteur de la communauté, le Rév. Palti Panjaitan, a témoigné de la totale inaction de la police face aux agissements des islamistes : « Ils (les policiers) sont restés sans bouger. Au lieu de nous protéger, ils nous ont dits de rentrer chez nous. »

Dans le reste du pays, les fêtes de Noël se sont déroulées sans incident grave. A Poso, dans la province de Célèbes-Centre, où la cohabitation entre chrétiens et musulmans demeure une question sensible après les conflits de 1998 et 2000 qui firent plus de 2 000 morts, une bombe contenant dix kilos d’explosif a été désamorcée au petit matin sur un marché de la ville, sans qu’il soit possible d’en connaître la cible ou le commanditaire. Ailleurs, dans le pays, les très nombreuses forces de police déployées pour assurer la sécurité des lieux de culte chrétiens ont rempli leur mission ; comme souvent les autres années, elles étaient épaulées par des milices de la branche jeunesse de la Nahdlatul Ulama, la plus importante organisation musulmane de masse du pays. Plus inhabituel, à Macassar, à Célèbes-Sud, le Front des défenseurs de l’islam, organisation islamiste connue pour ses actions brutales visant à faire respecter les préceptes de la moralité coranique, avait dépêché deux cents de ses membres pour aider la police dans sa mission de protection des églises chrétiennes. Enfin, comme il est de tradition, des remises de peine ont été décrétées pour les détenus de confession chrétienne (1).

Demain 27 décembre, le président Yudhoyono ainsi que le vice-président Boediono, qui tous deux sont musulmans, prendront part à la réception officielle organisée par les Eglises chrétiennes à l’occasion de Noël. En compagnie du ministre des Affaires religieuses, ils en seront les hôtes d’honneur. Cette année, des organisations islamistes, telles Persis (Musulmans indonésiens unis), ont déclaré qu’un musulman n’avait pas sa place dans de telles cérémonies. « Même s’ils sont les dirigeants de la nation, il leur est interdit d’assister à de telles festivités liées à la fête de Noël », a affirmé sur Hizbut Tahrir Indonesia (HTI), un site Internet musulman de tendance conservatrice, Maman Abdurrahman, président de Persis.

Notes

(1) Ce 25 décembre 2012, 6 491 détenus chrétiens ont bénéficié de remises de peine allant de quinze jours à deux mois, ce qui a entraîné la remise en liberté de 118 d’entre eux.
En Indonésie, les remises de peine sont traditionnellement prononcées le 17 août pour la fête de l’Indépendance, ainsi qu’à Noël pour les détenus chrétiens, lors de l’Idul Fitri (fin du ramadan) pour les détenus musulmans, Galungan pour les détenus hindous et Wesak pour les détenus bouddhistes. Au total, l’Indonésie compte actuellement 152 000 personnes derrière les barreaux.