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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Papouasie occidentale : les forces de l’ordre tirent sur les Papous lors d’une manifestation pacifique

Papouasie occidentale : les forces de l’ordre tirent sur les Papous lors d’une manifestation pacifique

26/10/2012

Mardi 23 octobre, la manifestation organisée par le West Papua National Committee à Manokwari, capitale de la province de Papouasie occidentale, s’est achevée dans la violence, après les tirs des forces de l’ordre sur la foule.

La communauté internationale et les Eglises ont appelé Djakarta à respecter les droits de l’homme et à faire cesser les exactions de l’armée et de la police envers les Papous.

Les quelque 300 manifestants - des étudiants essentiellement - qui avaient répondu à l’appel du West Papua National Committee (KNPB) allaient entamer une marche pacifique - prévue de l’Université de Manokwari au Borarsi Field, grand terrain servant traditionnellement aux rassemblements - lorsqu’ils se sont trouvés encerclés par la police et l’armée. Lorsque ces derniers tentèrent de les disperser de force, des manifestants se mirent à leur jeter des pierres. Les forces de l'ordre répliquèrent en tirant sur la foule, faisant au dernier bilan, une dizaine de blessés.

Cette manifestation, pour laquelle les organisateurs n’avaient pu obtenir d’autorisation officielle, avait pour but d’alerter la communauté internationale sur les discriminations dont les Papous sont victimes depuis des décennies et de demander que les Nations Unies réexaminent la validité de l’Act of Free Choice de 1969 par lequel leur territoire a été annexé par l’Indonésie (1).

Andreas Harsano, responsable pour l'Indonésie de l’ONG Human Rights Watch, a expliqué sur Radio Australia que la manifestation de Manokwari avait également été organisée pour soutenir l’action de l’International Parliamentarians for West Papua (IPWP) (2) dont les membres se réunissaient le même jour à Londres afin de demander l’envoi d’observateurs de l’ONU en Papouasie occidentale et la mise en place d’un référendum d’autodétermination pour les populations papoues.

Cette attaque par la police d’une manifestation pacifique témoigne du durcissement de la politique de Djakarta envers les Papous, a déclaré le 25 octobre dernier sur les ondes de Radio New Zealand International, le Rév. Socrates Yoman, président de l’Alliance des Eglises baptistes de Papouasie (West Papua Baptist Church), l’une des communautés chrétiennes les plus importantes du pays. Depuis des années, le pasteur n’a de cesse dénoncer les exactions des militaires et de la police en Papouasie, appelant régulièrement la communauté internationale et les Nations Unies à intervenir pour « mettre fin à la souffrance des Papous » et leur permettre d’obtenir le droit à l’autodétermination . « Le gouvernement indonésien a accentué sa répression d’une communauté qui, de son côté, ne faisait que demander pacifiquement qu’on lui accorde la paix et la justice », a-t-il résumé.

Une analyse partagée par les ONG locales, comme l’organisation pour les droits de l’homme Elsham. « Les Papous manifestaient de façon non violente, sans provocation et aucun d’eux n’arborait le Morning Flag (3)», s’indigne son président, Ferry Marisan dans l’édition du Jakarta Globe du 24 octobre. « En revanche, en face d’eux, les forces de l’ordre étaient lourdement armées. »

Dès le 23 octobre au soir, une chaîne de télévision locale retransmettait une video amateur de la manifestation, ne laissant aucun doute sur les violences exercées par les soldats et les policiers à l’encontre des Papous. Interrogé par les médias, le numéro deux de la police de Papouasie occidentale, Paulus Waterpaw, tentait de justifier l’attaque des forces de l’ordre par la « provocation des manifestants qui leur avaient jeté des pierres », mais surtout par le fait que le rassemblement n’avait pas été autorisé.

« Avant chaque manifestation, nous demandons toujours l’autorisation mais nous ne la recevons jamais », rétorque Theo Hesegem, directeur du Law Enforcement and Human Rights Advocacy Network. Dans une dépêche de l'agence Ucanews, il rapporte que le gouvernement refuse systématiquement aux Papous toute manifestation ou rassemblement, même explicitement pacifique.

D’autres manifestations pacifiques avaient également été prévues ce mardi 23 octobre dans plusieurs villes de la province, à Jayapura, Sorong ou Pakpak, mais toutes ont été de la même manière bloquées par la police et l’armée. Les organisations de défense des droits de l’homme et les Eglise protestantes font mention de nombreuses arrestations, informations qui n’ont pas été repris par la presse indonésienne. La relative médiatisation des affrontements de Manokwari, quant à elle, est certainement à attribuer au fait qu’un journaliste chargé de couvrir l’événement a été lui aussi violemment agressé par les policiers.

Oktovianus Pogau, reporter pour le Jakarta Globe et Suara Papua.com, a été en effet roué de coups et à moitié étranglé par cinq policiers alors qu’il filmait les affrontements devant l’université de Manokwari. Bien qu’il ait montré sa carte de presse, les membres de la police indonésienne ont continué à le frapper, le blessant sévèrement au visage et à la tête. Rapportant le soir même sur Internet les faits auxquels il avait assisté et ce qu’il avait subi lui-même, le journaliste a révélé au public les arrestations, les tirs sur la foule (à balles en caoutchouc mais aussi à balles réelles), les blessés et la violence des forces de l’ordre.

Dès le 23 octobre au soir, le porte-parole de la police en Papouasie occidentale, Gede Sumerta, reconnaissait que les forces de l’ordre « avaient été forcées de disperser la foule et d’arrêter onze personnes pour provocation et jets de pierres », mais refusait de répondre aux questions concernant les tirs sur les manifestants.

« Si vous entendez des rumeurs selon lesquelles des personnes auraient été atteintes par des balles, sachez que ce n’est pas vrai », persistait encore à dire le chef de la police de Manokwari, le commissaire Agustinus Supriyanto, alors que les premières photos des blessés par balles circulaient déjà sur la Toile.

Viktor Yeimo, président du KNPB, n’a pas caché son indignation : « C’est intolérable d’entendre ça », a-t-il déclaré le 24 octobre sur Radio Australia, rappelant qu'« au moins dix personnes avaient été touchées par balles, dont quatre gravement ». Peu après, le leader indépendantiste publiait un communiqué de presse intitulé « Il faut que le monde vienne en aide à la Papouasie occidentale » dans lequel il pressait la communauté internationale et l’ONU d’intervenir.

En Papouasie occidentale, les droits des Papous, des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme sont régulièrement bafoués, ont à leur tour dénoncé la Pantau Foundation et la Southeast Asian Press Alliance dans une déclaration adressée au gouvernement indonésien. Les deux ONG, suivies par Amnesty International qui a publié un communiqué ce vendredi 26 octobre, ont fermement condamné les violences de Manokwari et appelé Djakarta à faire respecter les droits des Papous et à mener une enquête indépendante afin d’identifier et de poursuivre les auteurs de ces actes de violence « inacceptables ».

Notes

(1) Ancienne colonie néerlandaise, la Nouvelle-Guinée occidentale est passé sous la tutelle de l’ONU avant d’être été rattachée à l’Indonésie en 1969, à l’issue d’un référendum très contesté (Act of Free Choice) auprès de quelques Papous choisis pour leur complaisance à l’égard de Djakarta.
(2) L’IPWP qui regroupe des membres de différents pays a été créé en 2008 par l’indépendantiste papou en exil Benny Wenda et quelques parlementaires britanniques. Le groupe, qui s’est réuni à Londres ce 23 octobre 2012 à la Chambre basse du Parlement du Royaume-Uni, a publié une déclaration dans laquelle il appelle l’ONU à réviser la validité de l’Act of Free Choice et à envoyer des observateurs dans la province indonésienne.
(3) Le Morning Star, drapeau indépendantiste papou, est interdit par les autorités indonésiennes. Sa possession et son déploiement sont considérés et sanctionnés comme des actes de « haute trahison et de sédition ».