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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Les chrétiens dénoncent les violations des droits de l’homme dans les provinces de Papouasie

Les chrétiens dénoncent les violations des droits de l’homme dans les provinces de Papouasie

13/03/2012

Le Comité exécutif du Conseil œcuménique des Eglises protestantes (COE - World Council of Churches) a publié fin février une déclaration exhortant le gouvernement indonésien à faire cesser les violences, massacres de civils et autres exactions de l’armée envers les populations papoues, en particulier dans la province de Papouasie (1).

Cette déclaration intervient alors que la région connaît un regain de tension depuis octobre dernier, date où les militaires indonésiens, en chargeant un rassemblement pacifique, ont tués ou blessés de nombreux civils. Le document du COE, signé par les représentants de la fédération protestante lors de leur session à Genève, a été publié en Indonésie par le mouvement Interfidei pour le dialogue interreligieux, basé à Yogyakarta en Papouasie.

« Cette tragique escalade de la violence est un nouvel appel à une prise de conscience pour l’Indonésie comme pour la communauté internationale, [lesquels] doivent répondre sans délai aux revendications du peuple papou », affirme en préambule la déclaration du COE.

Dans une interview au Jakarta Post, datée du 3 mars dernier, le Rév. Sae Nababan, président du Conseil œcuménique des Eglises explique que « cela fait de nombreuses années que le peuple papou demande à pouvoir décider de son propre sort (...), et que sa liberté et sa dignité soient enfin respectées ». Mais le gouvernement indonésien « refuse systématiquement d’entendre ses revendications légitimes », poursuit le pasteur, ajoutant qu’il est temps aujourd’hui que les Eglises et la communauté internationale fassent pression sur Djakarta afin que les Papous puissent exercer leur droit à l’autodétermination par référendum, « seule solution susceptible de rétablir la paix ».

Dans sa déclaration du 24 février, le Conseil des Eglises rappelle, entre autres, que la loi d’autonomie spéciale (SAL) accordée à la province de Papouasie (2) et censée protéger les droits des autochtones ainsi qu’aider à leur développement, n’a fait qu’aggraver leur situation. Le COE dénonce ainsi la grande pauvreté et l’isolement dans lesquels vivent les populations autochtones qui ne peuvent exploiter les ressources naturelles de leur propre territoire et ni bénéficier des facilités d’accès aux soins et à l’éducation pour leurs enfants, comme le stipulait pourtant la SAL. Quant à leur environnement naturel, il est soumis aux dégradations et pollutions des multinationales qui en exploitent les ressources de manière intensive. Encouragés par Djakarta, les nombreux colons venus d’autres régions de l’Indonésie – en particulier de Java et de Célèbes – qui se sont installés en Papouasie, profitent aujourd’hui des lois spéciales et des quotas en faveur des résidents, aux dépens des aborigènes, lesquels voient s’accentuer les discriminations dont ils étaient déjà victimes.

Face à l’érosion progressive de leur identité ethnique, victimes de torture, de mauvais traitements et d’arrestations arbitraires de la part des autorités indonésiennes, les Papous sont l’objet d’un véritable « génocide silencieux », affirment les Eglises protestantes, relayant les nombreuses protestations que les communautés chrétiennes ont multipliées ces derniers mois dans les provinces de Papouasie (3).

Exprimant sa « profonde inquiétude au sujet de la dégradation des droits de l’homme en pays papou », le conseil du COE demande aux Nations Unies d’envoyer en Papouasie un observateur permanent, et de contribuer à la mise en place d’un référendum d’auto-détermination pour les populations autochtones.

La déclaration du Conseil œcuménique des Eglises conclut en pressant Djakarta d’assurer la protection des droits fondamentaux des populations papoues, en libérant les prisonniers politiques, en rétablissant le droit de rassemblement et de manifestation pacifiques, et enfin en ordonnant la démilitarisation des provinces de Papouasie afin que cessent les exactions.

Ces demandes ne sont pas nouvelles : il y a tout juste un an, de nombreuses Eglises protestantes avaient manifesté à Jayapura pour l’abolition de la loi d’autonomie spéciale et la mise en place d’un référendum d’auto-détermination. Mais si les populations papoues savent que le soutien des Eglises (catholique comme protestantes) leur est acquis à l’échelon local, la déclaration du conseil du COE en s’adressant à la communauté internationale, donne une autre dimension à leurs revendications.

Notes

(1) La partie occidentale de la Nouvelle-Guinée a été annexée par l’Indonésie en 1969, sa moitié orientale devenant indépendante en 1975 sous le nom de Papouasie-Nouvelle-Guinée. La province indonésienne de Papouasie occidentale a été créée en 2003, laissant le nom de Papouasie à la partie située à l’est. Sur l’augmentation des violences en Papouasie : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/indonesie/papouasie-les-militants-des-droits-de-l2019homme-denoncent-l2019inaction-de-l2019etat-face-a-la-violence-qui-perdure-dans-la-province
(2) Un statut d’autonomie spéciale (
Spécial Autonomy Law, SAL) a accordé en 2001 à la province de Papouasie, le droit « de gérer les intérêts de la population locale selon sa propre initiative sur la base des aspirations et des droits fondamentaux des habitants », par le biais du Conseil des peuples papous (MRP). Elle stipule entre autres que les Papous doivent bénéficier « d’une priorité et d’une facilité d’accès aux emplois dans la province de Papouasie », une disposition qui n’est pratiquement jamais appliquée.
(3) L’Eglise prend une part active à la défense des droits des autochtones, lesquels sont, dans les deux provinces indonésiennes de Papouasie, majoritairement chrétiens (et surtout protestants).