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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Un chrétien sino-indonésien se porte candidat au poste de gouverneur de Djakarta

06/09/2011

Dans la perspective des élections de 2012, le poste de gouverneur du Grand Djakarta, la capitale de l’Indonésie qui compte 8,5 millions d’habitants, suscite nombre de candidatures. L’une d’entre elles sort du lot des politiciens traditionnels : il s’agit de Basuki T. Purnama. Plus connu sous le nom d’Ahok, ce relatif novice en politique – il a brigué pour la première fois le suffrage des électeurs en 2004 – présente la double particularité d’être ...

... chrétien et d’appartenir à la minorité d’origine chinoise, deux caractéristiques constituant a priori un handicap dans un pays très majoritairement musulman où l’hostilité envers les Sino-Indonésiens peut se montrer virulente.

Là où d’ordinaire les campagnes électorales se caractérisent par une débauche d’affichage et où les équipes en lice distribuent largement billets de banque et T-shirt à l’effigie des candidats, l’approche d’Ahok tranche par sa sobriété et l’affirmation tranquille de sa volonté. « Je veux changer cette ville et j’ai besoin du soutien de la population pour le faire. C’est ensemble que nous pourrons faire bouger les choses », explique cet homme âgé de 45 ans, certain d’être capable de réunir d’ici au mois de novembre prochain les 500 000 signatures d’habitants de Djakarta nécessaires à l’acceptation de sa candidature par la Commission électorale.

D’origine sino-indonésienne, Ahok a commencé sa carrière dans les affaires, notamment dans le secteur minier. Mais, confronté aux demandes répétées de pots-de-vin de la part des fonctionnaires de Bangka-Belitung, la province où étaient exploitées ses mines, il a préféré jeter l’éponge. « Si mon objectif avait simplement été de faire du profit, j’aurais payé et continué mes affaires, car plus le système est corrompu, meilleures sont les affaires. Mais ma conscience n’était pas tranquille avec un tel fonctionnement », raconte-t-il pour expliquer pourquoi il a fermé ses entreprises et choisi de se confronter au système en plongeant en politique.

Se présentant devant les électeurs avec un programme de lutte contre la corruption, il est élu en 2004 et fait son entrée au conseil législatif d’un district de la province de Bangka-Belitung. Sept mois plus tard, à la surprise générale, il est élu président du conseil local, un succès remarquable pour un Sino-Indonésien chrétien dans une région où les musulmans forment 93 % de la population. Il explique qu’il doit ce premier succès à ses méthodes : plutôt que d’imprimer banderoles et tracts promettant la lune, il rend public son numéro de téléphone portable et incite les gens à l’appeler à toute heure. « Ils pouvaient me contacter directement et ils l’ont fait ! pour me dire ce qui allait mal dans les affaires publiques comme dans les affaires privées. Je savais même qui avait une liaison avec qui ! », rapporte Ahok.

Concrètement, dans le district de Belitung-Est, Ahok donna la priorité à la santé et à l’éducation. Le budget consacré au développement fut diminué de 20 % afin de réduire d’autant la corruption liée aux appels d’offre truqués. Les frais de déplacement des fonctionnaires locaux furent amputés de 80 %. Les ressources ainsi dégagées furent réorientées vers l’accès, notamment pour les plus pauvres, à l’éducation et à la santé. En 2006, l’influent magazine Tempo plaçait Ahok parmi les dix Indonésiens capables de changer le pays.

En 2009, Ahok est élu à la Chambre des représentants sous les couleurs du Golkar, parti laïque et nationaliste, l’un des principaux partis en présence, mais il ne renonce pas à son combat contre la corruption. « Tout ce que j’apprends, je le mets en ligne sur mon site ahok.com », explique-t-il, citant pour exemple une des informations qu’il y a révélées ; le fait que les députés choisissaient souvent de se réunir à Bogor, à 60 km au sud de Djakarta, afin de se faire verser une indemnité supplémentaire de déplacement, Bogor étant administrativement en-dehors de Djakarta.

Aujourd’hui, alors qu’il a été exclu des commissions parlementaires dont il était membre du fait de son franc-parler, Ahok se réjouit de disposer de plus de temps pour préparer sa campagne de 2012, où il se présentera en candidat indépendant. Avec une équipe de 500 bénévoles, il analyse les difficultés affectant la capitale. Là où l’on s’attendrait le voir évoquer les inondations récurrentes et les embouteillages monstres, il répond que ces problèmes ne sont que les symptômes d’un système économique et social qui laisse quantité d’habitants sans accès satisfaisant au logement, à la santé et à l’éducation.

Selon un récent sondage, l’équipe du gouverneur en place, Fauzi Bowo, ne convainc pas les habitants de la capitale. Seul un quart des personnes interrogées donne crédit au gouverneur actuel pour avoir amélioré la situation du logement à Djakarta ; moins de 30 % le soutiennent pour son action dans les domaines de l’éduction, de la santé et des transports. Selon Ahok, le problème est que les équipes en place sont dominées par des groupes d’intérêt. « Laissez-moi vous poser une question : qui parmi nos leaders a le courage de rendre public son patrimoine ? Aucun », affirme-t-il en promettant que son gouvernorat sera marqué par un degré jamais atteint d’ouverture et de transparence. « Je peux dire cela car mes actions, que ce soit à Belitung ou à la Chambre, parlent pour moi », insiste-t-il encore, sans préciser si sa foi chrétienne (il est protestant) est à l’origine de son éthique en politique (1).

Notes

(1) Les informations de cette dépêche sont tirées d’un article paru dans le Jakarta Globe du 5 septembre 2011 : « Graft Fighter Guns for Jakarta’s Top Office »