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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Dialogue interreligieux : le cardinal Tauran, représentant du Vatican, rencontre les différentes communautés religieuses d'Indonésie [ Bulletin EDA n° 519 ]

Dialogue interreligieux : le cardinal Tauran, représentant du Vatican, rencontre les différentes communautés religieuses d'Indonésie

16/12/2009

Achevant le 1er décembre dernier sa visite officielle en Indonésie, qui avait débuté le 24 novembre, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a clôturé sa semaine de rencontres des différentes communautés religieuses du pays par une conférence à l’Université catholique Atma Jaya. Le prélat s’est adressé aux étudiants...

... et laïcs catholiques en les encourageant à acquérir de meilleures connaissances sur leur foi avant d’initier le dialogue avec les membres d’autres communautés religieuses.

« Ne soyez pas timides ou réticents à témoigner de votre foi », les a-t-il exhortés, soulignant qu’une telle attitude était souvent le signe d’un manque de connaissance concernant leur religion. « C’est ici que les intellectuels chrétiens ont un rôle à jouer ; ils doivent être capables d’argumenter leur foi », a-t-il ajouté, précisant que les problèmes qui surviennent entre chrétiens et musulmans sont souvent dus à l’ignorance de leurs religions respectives. Le représentant du Vatican a insisté sur le fait que seul le dialogue interreligieux pouvait permettre de revenir sur les stéréotypes et les idées fausses qui déforment la véritable connaissance de l’autre.

Ce déplacement officiel en Indonésie, une première pour le représentant du Vatican, avait pour objectif affiché de « permettre au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux une meilleure compréhension de la situation religieuse dans le pays, tout en aidant l’Eglise à forger des liens plus forts avec les autres religions qui l’entourent ». Tout au long de son séjour, le prélat a multiplié les gestes de paix et d’ouverture dans ce pays qui est l’une des plus importantes nations musulmanes au monde, rappelant à chaque rencontre que « le dialogue n’était pas une option, mais une nécessité » (1).

Après s’être adressé aux catholiques de Djakarta à la cathédrale, qu’il a enjoints de « témoigner auprès des autres communautés » qui les entourent et de « prendre exemple » sur les musulmans qui « se réveillent à l’aube pour prier », le cardinal a effectué une visite hautement symbolique de la mosquée Istiqlal de Djakarta, qui passe pour être la plus grande du Sud-Est asiatique (2). Mgr Tauran, déchaussé comme le veut l’usage, a été reçu par l’imam Kiai Hajj Syarifuddin Muhammad, qui a chaleureusement souhaité la bienvenue à la délégation catholique : « Cette mosquée n’appartient pas seulement aux musulmans mais à tous les croyants. Ils y sont tous bienvenus. »

Le cardinal a ensuite rencontré les responsables des deux plus importantes organisations musulmanes de masse d’Indonésie : Hasyim Muzadi, dirigeant de la Nahdlatul Ulama (3) et Din Syamsuddin, président de la branche conservatrice de la Muhammadiyah (4). Au siège de cette dernière association, le prélat a présenté ses vœux pour le 100ème anniversaire de la fondation du mouvement, ainsi que pour la fête de l’Id al-Adha (Aïd-el-Kebir), célébrée cette année le 27 novembre (5). Din Syamsuddin a exprimé la conviction selon laquelle « il y avait une bonne entente entre les chrétiens et les musulmans en Indonésie », précisant toutefois qu’il reconnaissait que « des problèmes persistaient, spécialement dans la cohabitation au quotidien ». Ces problèmes peuvent prendre une connotation religieuse, mais ne sont pas fondamentalement de nature religieuse, a-t-il précisé.

Le président de la Muhammadiyah a déclaré que la visite du cardinal permettrait de poursuivre le dialogue islamo-chrétien de façon plus concrète. Un dialogue mis à mal, il y a quelques années, par le conflit des Moluques, où des affrontements entre chrétiens et musulmans avaient fait des milliers de victimes et des centaines de milliers de réfugiés avant que ne soit signé un traité de paix en 2002 (6).

Les contacts du Saint-Siège avec la Muhammadiyah et la Nahdlatul Ulama, deux organisations qui ont développé des liens avec des associations non musulmanes, sont à replacer dans le contexte de la politique générale du Vatican de dialogue avec les courants dit « modérés » de l’islam. Le 26 novembre, Mgr Tauran a ainsi rencontré Abdurrahman Wahid, ancien président de l’Indonésie, à l’Institut Wahid, qu’il a fondé et qui promeut un islam « moderniste ».

Après s’être entretenu avec les leaders des communautés hindoues, Mgr Tauran a achevé son périple interreligieux par une rencontre avec les responsables des Eglises de la communion protestante (PGI) à Djakarta. Une nouvelle fois, le cardinal a insisté sur la nécessité de « ne former qu’une seule et même famille » et sur le fait que les chrétiens, en tant que minorité, se devaient d’être les initiateurs du dialogue avec la majorité musulmane. « Entrer en dialogue avec des croyants d’autres religions est une expérience religieuse profonde, parce que vous êtes obligé de témoigner de votre propre foi », a expliqué le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. En réponse, le Rév. Andreas A. Yewangoe a déclaré que, si le dialogue interreligieux et l’œcuménisme « n’étaient pas une nouveauté pour eux », la visite du cardinal leur « avait donné un nouvel élan ».

Pour cette visite officielle, le cardinal Tauran était accompagné de nombreuses personnalités de l’Eglise catholique d’Indonésie : Mgr Martinus Dogma Situmorang, évêque de Padang et président de la Conférence des évêques d’Indonésie, le cardinal Julius Darmaatmadja, archevêque de Djakarta, son coadjuteur, Mgr Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo, et Mgr Johannes Maria Trilaksyanta Pujasumarta, membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
 

Notes
  1. Ucanews, 26, 27 et 30 novembre 2009.
  2. La Grande Mosquée nationale d’Indonésie, qui peut accueillir plus de 100 000 fidèles, s’élève en face de la cathédrale de l’Assomption, dans le centre de Djakarta. Elle se compose d’un bâtiment central rectangulaire coiffé d’un dôme de 45 mètres de diamètre, supporté par douze colonnes. La grande mosquée a été conçue par l’architecte protestant Frederih Silaban, pour célébrer l’indépendance (Istiqlal en arabe). Le premier président du pays, Sukarno, lança la construction de l’édifice le 24 août 1961. Il a fallu dix-sept ans pour achever la construction de la mosquée, qui fut inaugurée par le président Suharto le 22 février 1978.
  3. La Nahdlatul Ulama (ou NU), association d’oulémas, qui revendique un nombre d’adhérents deux fois plus important que la Muhammadiyah, a été fondée dans les années 1920 afin de défendre les pratiques « traditionnalistes » face aux nouveaux mouvements réformistes qui tentaient d’épurer l’islam des pratiques soufies et de la coutume. Son approche du droit musulman est dite « contextualiste ».
  4. La Muhammadiyah, organisation réformiste qui compte environ 20 millions de sympathisants, a été fondée en 1912 dans le but de « purifier » l’islam des pratiques religieuses considérées comme éloignées du modèle moyen- oriental (approche « non contextualiste »). Deux courants principaux l’animent aujourd’hui ; l’un d’inspiration fondamentaliste prônant le retour à l’islam des origines et à l’arabité, l’autre héritier de la tendance dite « moderniste », accordant une grande place aux matières non religieuses dans son enseignement. La branche conservatrice de la Muhammadiyah est menée depuis 2005 par Din Syamsuddin, dont l’influence a été renforcée par son accession au poste de secrétaire général du Conseil des oulémas indonésiens (MUI).
  5. L’Id al-Adha, l’une des principale fête de l’islam, commémore le sacrifice d’Abraham, en souvenir duquel il est de coutume de sacrifier un mouton par famille.
  6. Voir EDA 391

Légende photo : Le cardinal Tauran à l'université catholique d'Atma Jaya, le 24 novembre 2009.©Ucanews