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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Papouasie occidentale : des aborigènes refusent l’extension des plantations de palmiers à huile [ Bulletin EDA n° 490 ]

01/09/2008

Dans la vaste île de Papouasie, des aborigènes de Papouasie occidentale refusent l’extension des plantations de palmiers à huile. En Indonésie, qui dispute à la Malaisie le rang de premier producteur mondial d’huile de palme, les plantations de palmiers à huile ont pris une importance considérable, gagnant régulièrement des terres sur les forêts primaires du pays.

En Papouasie occidentale, le processus est encadré par les autorités, qui délivrent les concessions aux planteurs, mais, estiment certains Papous, ce procédé ne garantit par la préservation des intérêts des populations autochtones. Si l’Eglise catholique locale ne prend pas officiellement position sur le sujet, des prêtres apportent leur soutien aux aborigènes.

 

A l’extrémité sud-est de la Papouasie occidentale, les autorités du district de Merauke ont alloué des droits de plantation à 29 sociétés de palmiers à huile sur 1,3 million d’hectares, répartis dans 20 sous-districts. A charge pour ces sociétés de respecter un cahier des charges précis, prévoyant notamment, avant toute opération de défrichage, des études d’impact sur les plans physique, écologique, socio-économique, culturel et sanitaire. A ce jour, seuls trois des 29 investisseurs retenus ont satisfait à ces obligations et obtenu du gouverneur de la province l’autorisation de planter ; les surfaces concernées couvrent 39 000 hectares dans trois sous-districts.

 

Dans le sous-district de Sota, le village d’Erambu se situe à la frontière avec la Papouasie-Nouvelle Guinée. En juillet dernier, 230 représentants de la tribu des Yeinan, un des peuples autochtones de la région, se sont réunis pour discuter de la transformation d’une partie de leurs terres communautaires en plantations pour palmiers à huile. Ils ont décidé de signer une lettre signifiant leur opposition à ces plantations et, le 21 juillet, un des chefs coutumiers des Yeinan est allé porter ce courrier à l’adjoint du gouverneur.

 

Pour Theresia Mejei, membre de la tribu des Yeinan, les autorités ont eu tort de ne pas débattre de ces affaires avec les populations locales avant d’allouer des droits à planter. La où les plantations se font, les tribus perdent des lieux sacrés et toute une partie de ce qui fait leur culture disparaît à jamais. Pour Yoseph Mario Rosario Mahuze, membre de la même tribu des Yeinan, l’irrigation des plantations exige tant d’eau que les rivières et les marais alentours vont s’assécher ; les Yeinan devront aller chasser sur le territoire de la Papouasie-Nouvelle Guinée voisine, ce qui ne manquera pas de soulever des problèmes politiques. Dans les districts où des plantations ont déjà été mises en culture, comme dans les districts de Boven Digul et Keerom, l’érosion des sols est telle que les inondations y sont fréquentes. « Le gouvernement affirme que les plantations sont un facteur important pour élever le niveau de vie de la population, mais quelle garantie apporte-t-il ? », s’interroge Yoseph Mahuze.

 

Dans cette région où les chrétiens sont nombreux – le village d’Erambu est majoritairement peuplé de catholiques et deux villages voisins sont protestants –, l’archidiocèse de Merauke n’a pas officiellement pris position sur ces questions. En précisant qu’il s’exprime à titre personnel, le P. Johanes Kandam, vicaire général, explique qu’il ne croit pas que les plantations contribuent au développement de la région et de sa population. A Boven Digul, les palmeraies « ne génèrent des profits que pour les investisseurs et pas pour les propriétaires de la terre » (1).

 

Selon le P. Felix Amias, curé à Bupul, un village catholique du sous-district de Sota, les Yeinan sont fondés à s’opposer aux projets de plantations. « Ils ont été trop bons par le passé lorsqu’ils ont accepté qu’une partie de leurs terres soient transférées au gouvernement et à son programme de transmigration. S’ils donnent les terres qui leur restent, ils n’auront plus rien » (2). De plus, souligne le prêtre, rien ne garantit que les palmeraies emploieront des aborigènes ; à Boven Digul, les autochtones ne travaillent pas sur les plantations.

 

Le 26 août dernier, l’Association indonésienne des producteurs d’huile de palme (GAPKI, selon l’acronyme indonésien), forte de 250 membres, a rejeté toute idée de moratoire sur la déforestation ou la transformation de tourbières en plantations de palmiers à huile, moratoire demandé par Greenpeace. Si les pays riches veulent lutter contre le réchauffement climatique, ce sont à eux de montrer l’exemple, et non à des pays comme l’Indonésie de brider leur développement économique, ont en substance fait valoir les responsables de la GAPKI.

Notes

(1) Les sociétés qui investissent dans les palmeraies n’achètent pas les terres, elles contractent seulement un droit d’utilisation pour une certaine période, en général, de vingt à trente ans. (2) Les programmes de transmigration, débutés sous le colonisateur hollandais, repris et systématisés sous les régimes Sukarno et Suharto puis abandonnés depuis, consistaient en l’organisation de transferts de population depuis les îles considérées comme surpeuplées du pays, telle Java et Madurai, vers les îles moins densément peuplées de l’archipel indonésien, telles Sumatra, Bornéo ou l’Irian Jaya (ex-nom de la Papouasie occidentale).