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Asie du Sud-Est - Indonésie

A Aceh, province touchée de plein fouet par le tremblement de terre et le tsunami du 26 décembre 2004, l'aide de l'Eglise catholique d'Indonésie passe par le biais d'une ONG locale [ Bulletin EDA n° 411 ]

16/01/2005

Au lendemain du tremblement de terre et du tsunami qui ont ravagé la province d'Aceh, le 26 décembre dernier, le P. Ignatius Ismartono, responsable du Centre pour les crises et la réconciliation de la Conférence des évêques catholiques d'Indonésie, a appelé Aceh de Djakarta où il est basé. Son appel était destiné aux responsables de SEFA (Save Emergency For Aceh), une ONG humanitaire acehnaise. Le prêtre catholique souhaitait s'informer auprès d'eux de ce dont les survivants à la catastrophe avaient besoin en première urgence et il voulait aussi leur demander de prendre la responsabilité de la distribution aux Acehnais de l'aide que l'Eglise catholique pourrait collecter en Indonésie.

"SEFA dispose d'un vaste réseau, connaît la langue locale et la situation à Aceh. Nous avons pensé qu'elle serait le relais le plus efficace pour accélérer la distribution des secours à l'attention de ceux qui en ont le plus besoin explique le P. Ismartono, qui précise que les bénévoles travaillant pour SEFA sont pour la plupart Acehnais et, à l'image de la population de cette province, sont musulmans. SEFA est une organisation humanitaire qui a été fondée après l'imposition de la loi martiale dans la province, le 19 mai 2003, lorsque le pays était encore présidé par Megawati Sukarnoputri. En proie à un conflit vieux de près de trente ans opposant les forces armées gouvernementales aux combattants du GAM (Mouvement pour Aceh libre), la province a alors été fermée à tous les étrangers, touristes ou journalistes, et rendue difficile d'accès aux Indonésiens des autres provinces.

Au lendemain du 26 décembre, les responsables de la Conférence épiscopale ont un temps pensé que les membres de SEFA avaient été tués ou étaient portés disparus, mais "nous avons pu les contacter, ils étaient vivants et nous avons commencé à rassembler de l'aide témoigne le P. Ismartono. Dans les jours qui ont suivi, le 29 décembre exactement, le cardinal Julius Darmaatmadja, président de la Conférence épiscopale, a envoyé un courrier électronique à tous les diocèses du pays, demandant aux catholiques de prier (1) et de dépasser le chagrin éprouvé pour se consacrer à l'aide, une aide qui devra se prolonger même "quand ceux qui souffrent (de la catastrophe) ne feront plus la 'Une' des médias".

Peu après, le secrétaire du cardinal, le P. Adrianus Padmaseputra, s'est rendu à Banda Aceh, chef-lieu de la province, pour constater le travail effectué par les bénévoles de SEFA. Il a lui aussi constaté qu'ils étaient bien les mieux à même de distribuer l'aide fournie, étant donné leur connaissance de la situation et de la société locales. Selon lui, l'envoi de volontaires peu familiers des réalités acehnaises aurait été une perte de temps et d'efficacité.

De leur côté, les responsables de SEFA se disent satisfaits de l'aide apportée par l'Eglise et affirment ne pas rencontrer de difficultés lorsqu'ils distribuent des secours portant la marque de l'Eglise catholique. Sur place, le P. Padmaseputra confirme que "les gens acceptent volontiers l'aide d'où qu'elle vienne".

Par ailleurs, des tensions entre des ONG occidentales venues apporter de l'aide et des groupes fondamentalistes musulmans ont été signalées à Aceh. En même temps que les secours internationaux affluaient à Banda Aceh, des groupes tels que le Front des défenseurs de l'islam, le Majelis Mujahedeen Indonesia ou encore les Laskar Mujahedeen sont eux aussi intervenus dans la province. Selon certains articles de presse, leur transport depuis Djakarta ou d'autres villes du pays jusque Medan puis Banda Aceh a été effectué dans des avions militaires et le vice-président Jusuf Kalla a affrété au moins un vol civil pour eux. Selon le P. Ferdinando Severi, unique prêtre catholique de la province, à Banda Aceh, la présence en ville de ces groupes fondamentalistes suscite l'inquiétude au sein de la toute petite communauté catholique locale. Et selon l'agence Fides, un prêtre catholique australien arrivé dans la province le 7 janvier dernier pour construire un orphelinat au nom de l'ONG non confessionnelle australienne Youth Off the Streets a reçu des menaces du Front des défenseurs de l'islam. Les militants de ce groupe ont mis en garde le prêtre contre toute tentative de convertir des enfants musulmans au christianisme.

Notes

(1)Dans tout le pays, selon le témoignage d'un missionnaire catholique installé de longue date en Indonésie, la première réaction des habitants à l'annonce de la catastrophe a été la prière. Unis derrière la bannière "Indonesia menangis" ('L'Indonésie pleure'), les Indonésiens ont prié. Une chaîne de télévision depuis la catastrophe a diffusé en continu les images de fidèles en prière dans tous les coins du pays : des musulmans, des chrétiens, des hindous, des bouddhistes. Ce n'est qu'ensuite que les chaînes de solidarité se sont mises en place : quêtes sur la voie publique et dans les lieux de culte, mobilisation de bénévoles.<br />