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Asie du Sud-Est - Cambodge

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Les ouvrières cambodgiennes du bâtiment en difficulté

Les ouvrières cambodgiennes du bâtiment en difficulté

04/10/2018

Les discriminations affectent les ouvrières du bâtiment cambodgien, entre inégalités salariales, harcèlement et accès congés maternité... Les ouvrières, comme Soy Chanthom (photo) ou Phon Yim, représentent environ 20 à 25 % des 200 000 employés du secteur au Cambodge. Le bâtiment évolue rapidement depuis dix ans, grâce aux nombreux investissements dans les centres commerciaux et les centres d’affaires. Face aux abus, les ONG comme Care Cambodia défendent les ouvrières et affirment que le gouvernement ferme les yeux.

Durant plus de sept ans, Soy Chanthom, aujourd’hui âgée de 46 ans, a travaillé pour une usine de chaussures. Quand celle-ci a été fermée du jour au lendemain, la Cambodgienne s’est retrouvée sans travail ni compensations. Elle a donc décidé de rejoindre son mari sur le site de construction où il travaillait. Elle recevait l’équivalent de 6,75 dollars par jour, alors que les ouvriers étaient payés 7,5 dollars par jour. Le secteur du bâtiment a évolué rapidement au Cambodge durant la dernière décennie, et des milliards de dollars ont été investis dans des centres d’affaires, des centres commerciaux et des logements. Le secteur emploie environ 200 000 Cambodgiens, dont 20 à 25 % de femmes, selon l’ONG Care Cambodia.
Mais les salaires des ouvrières sont plus bas que ceux de leurs collègues masculins, y compris avec un même employeur et pour un travail similaire. Elles ne bénéficient pas non plus des congés maternité auxquels elles ont droit. « Aujourd’hui, si une ouvrière du bâtiment est enceinte, elle perd son travail », explique Soy Chanthorn, qui ne pense même pas aux avantages comme des congés payés, auxquels elle a pourtant droit. « Je n’ai jamais de jours de congé, et je ne reçois aucune protection de la the National Social Security Fund [Sécurité sociale]. »
Une enquête a été menée en 2017 par Care Cambodia, qui a constaté que presque toutes les femmes qui travaillent dans le secteur sont payées entre un et trois dollars de moins par jour que leurs collègues masculins. Une différence que les employeurs expliquent souvent en arguant que leurs emplois seraient moins éprouvants et physiques que ceux des hommes. Trois ouvrières sur quatre sont payées entre 3,75 et 5 dollars par jour, et seulement 10 % des ouvrières du bâtiment gagnent plus de 6,25 dollars par jour, le salaire minimum pour les hommes. L’une des raisons de ces inégalités vient du fait que la plupart des cadres du secteur favorisent les ouvriers, affirmant que ceux-ci peuvent entreprendre davantage de tâches et qu’ils sont plus qualifiés.

Le laxisme du gouvernement

Sur Diamond Island, l’un des plus grandes zones de développement de Phnom Penh, un petit groupe d’ouvriers sont rassemblées aux portes d’un site de construction. Parmi elles se trouve Phon Yim, qui travaille là depuis plus de deux ans. « Récemment, j’ai travaillé sept jours par semaine, de sept heures du matin à 16 heures », confie-t-elle. « Je suis payée 5 dollars pour une journée de travail complète. Si je fais plus de quatre heures supplémentaires, je reçois 7,5 dollars. » Elle et son mari partagent un dortoir de 16 mètres carrés avec un autre couple, tandis que des groupes de huit ouvrières non mariées partagent des chambres de la même taille. Phon Yim et beaucoup d’autres ouvrières s’inquiètent pour leur sécurité personnelle. Les sites de construction sont souvent dangereux pour elles, dénonce Ros Sopheap, directrice de l’ONG Gender and Development for Cambodia. « Il n’y a aucune intimité et elles peuvent facilement être harcelées par les ouvriers », ajoute-t-elle.
Le gouvernement doit agir pour les protéger, demande Ros, qui affirme que le gouvernement gagne beaucoup d’argent grâce au secteur. Tharo Khun, coordinatrice d’un programme lancé par l’ONG Central, souligne elle aussi l’exploitation des ouvrières au Cambodge. Elle dénonce aussi le laxisme du gouvernement face aux abus, alors que la loi protège en principe tous les ouvriers. De son côté, Soy Chanthorn pense que les ouvrières doivent bénéficier du même traitement que les ouvrières du textile, qui reçoivent un minimum de 170 dollars par mois, ainsi que des primes pour les transports.

(Avec Ucanews, Phnom Penh)

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Photo Sineat Yon