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Asie du Sud-Est - Cambodge

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POUR APPROFONDIR - Le point sur la situation politique et sociale du 9 avril au 26 mai 2015

POUR APPROFONDIR - Le point sur la situation politique et sociale du 9 avril au 26 mai 2015

26/05/2015

Politique intérieure

La « culture du dialogue » initiée par le Premier ministre Hun Sen et Sam Rainsy se met difficilement en place. Le pouvoir tient à utiliser cette nouvelle culture comme une arme pour étouffer toute critique qualifiée comme autant d’« insulte » ou de « diffamation ». Il est vrai que, dans une mentalité khmère, ...

... peu critique, la frontière n’est pas toujours très nette entre vérité, médisance, calomnie pure et simple... La pression s’exerce surtout sur Kem Sokha, vice-président du PSNC (Parti de Salut de la Nation Cambodgienne), qui a vécu le régime khmer rouge, et connaît trop bien les ruses de ce type de pouvoir. Hun Sen souffle sans arrêt le chaud et le froid, et tient à montrer que c’est lui, et lui seul, qui dirige le pays.

- Le 8 avril, Kem Sokha sort libre de la Cour de Justice de Phnom Penh, où il a été interrogé pendant sept heures par un juge d’instruction sur les violences qui ont suivi les élections de 2013. 300 supporters l’attendaient à l’extérieur dans le calme, jusqu’à leur dispersion, à l’arrivée de la milice musclée de Phnom Penh (Cambodia Daily, CD du09.04.15).

- Le 13 avril, sont libérés cinq militants du PSNC (dont Meach Sovanara) incarcérés suite aux violences du 15juillet 2014, trois moines (dont le Vén. Soeung Hai), et huit courageux(-ses) militant(es) de défense des spoliés de Boeung Kâk, dont Mme Tep Vanny et Mme Nget Khun. Très justement, Sam Rainsy voyait dans ces arrestations un moyen de faire pression sur le PSNC dans les négociations concernant le Comité Electoral National (CEN) et la loi électorale (CD du 09.04.15).

* Le CEN prête serment le 14 avril, jour du Nouvel an, après neuf mois de négociations difficile. Le Premier ministre nomme Sik Bunlok, député du PPC, comme président. On y note la présence de Rong Chhun, secrétaire de l’AIEC (Association Indépendante des Enseignants du Cambodge), et Hang Puthéa, de COMFREL (Comité pour des Elections Libres et Equitables), comme neuvième membre, choisi par consensus et porte-parole du CEN. Tep Nitha, secrétaire général de l’ancien CEN, reste en fonction (CD du 13. 04. 15).

* Le 25 avril, le CEN rencontre une délégation japonaise et de l’Union européenne pour étudier les priorités des aides à lui apporter : aide financière, réforme des listes électorales. Le CEN se réunit désormais trois fois par semaine (CD du 29.04.15).

* Le 14 avril, Sam Rainsy et Hun Sen sont côte à côte lors d’une fête à Siemréap. Le Premier ministre se félicite d’avoir « rencontré un bon partenaire » (CD du 15.04. 15).

* Sam Rainsy se rend aux Etats-Unis pour mobiliser les Cambodgiens de l’étranger et leur vendre 3 000 actions de 1 000 dollars chacune pour lancer une télévision libre. Ce ne sera pas la TV du PSNC, mais d’une société amie, proche du Parti. Ly Yong Phat, sénateur du PPC, lance, lui aussi, une chaîne de TV, « PNN », qui voudrait recruter des gens de tous les horizons (CD du 20.04.15).

* Le 20 avril, Kem Sokha, vice-président du PSNC, veut rassurer les membres de son parti. « Notre but est de diriger le pays, de changer la direction du Cambodge », affirme-t-il (CD du 21.04.15). Les deux dirigeants du PSNC semblent donc adopter des positions différentes sur la culture de dialogue. Ils tiennent à faire une tournée dans plusieurs provinces pour montrer leur unité. Selon Sam Rainsy, il est évident que le PPC fait tout pour diviser le PSNC, selon sa tactique habituelle par le passé à l’égard du PLDB, du Funcinpec, du PNC... (CD du 23.04.15).

* Le 23 avril, Kéo Rémy, porte-parole du gouvernement, accuse Kem Sokha d’être communiste ! (CD du 24.04.15). Kem Sokha accuse à son tour Hun Sen d’être communiste. Hun Sen menace de lui faire la guerre. Sam Rainsy demande à son adjoint de changer son langage (CD du 30.04.15). « Si nous nous attaquons mutuellement, le sang sera versé dans les rues, on tuera des gens... », dit Rainsy

* Le 25 avril Hun Sen et Sam Rainsy se retrouvent à Kuala Lumpur lors d’une réception des femmes de ménage cambodgiennes de Malaisie : l’un comme participant au Sommet des pays de l’ASEAN, l’autre pour une réunion concernant la démocratie. Ils donnent à l’extérieur du pays l’image concrète de cette culture de dialogue. « Nous avons des opinions différentes, mais cela ne signifie pas que nous traitions l’autre d’ennemi et utilisions les armes pour résoudre les conflits », affirme Rainsy (CD du 26.04.15).

* Des fonctionnaires choisis par le ministère de l’Intérieur sont envoyés comme représentants de la société civile, à la place des personnes choisies par les ONG à une Conférence de la société civile de l’Asean à Kuala Lumpur, ce qui laisse pantois un certain nombre de gouvernements étrangers (CD du 29.04.15).

* Le 6 mai, le secrétaire général du PPC, sur ordre du Premier ministre, donne des consignes aux membres du parti de rapporter tous les mots de l’opposition pouvant être considérés comme des insultes : « marionnette des Vietnamiens », « dictateur communiste », « traître », « d’avoir un corps cambodgien et une tête vietnamienne », « personne qui vend le pays », « chefs des voleurs ». Il note que « le chef de l’opposition parle bien, mais son adjoint et nombre de ses partisans de rang inférieur ne respectent pas la culture de dialogue ». Sam Rainsy a cessé d’utiliser le mot « Yuon » (probable déformation du mot « Nguyên », lignée vietnamienne de Hué), mot traditionnel pour désigner les Annamites, mais déclaré péjoratif par les journalistes !

* Finalement, le 8 mai, un code de conduite est signé entre les deux chefs de parti qui bannit toutes ces expressions, mais également « les menaces et intimidations », «les menaces d’arrestation, de prison, de guerre » de la part de Hun Sen. Dès le lendemain, l’ordre d’espionner les discours de l’opposition est rapporté (CD du 10.05.15).

* Le 20 mai, le porte-parole du gouvernement s’en prend à Facebook qu’il menace d’amendes pour insultes du même type que celles signalées plus haut (par exemple de dire que Hor Nam Hong et lui-même sont vietnamiens, que Bun Rany, épouse de Hun Sen est fille d’un Nord-Vietnamien, etc.). Selon le porte-parole, la liberté de parole exige la responsabilité dans ses propos (CD du 21.05.15). Le ministre de l’Information étudie la possibilité de bloquer les sites pris en faute.

* Cependant le fait pour Kem Sokha d’affirmer dans un discours que le PPC fait tout ce qu’il peut pour diviser l’opposition, chose évidente même pour un non-initié à la politique, lui vaut une menace par Hun Sen de se voir retirer son poste de vice-président de l’Assemblée (CD du 20.05.15).

* Hun Sen revendique cette culture de dialogue comme celle qu’il a toujours prônée par la passé sous le non de « gagnant-gagnant » dans la reddition des Khmers rouges (CD du 25.05.15).

Politique extérieure

* William Heidt, qui a tenu plusieurs postes dans le domaine du commerce et de la finance, est nommé ambassadeur des Etats-Unis au Cambodge en remplacement de William Todd (CD du 09.04.15).

* Le 19 avril, trois soldats et six civils vietnamiens répandent des produits chimiques sur les cultures de 16,6 hectares cultivés par des Cambodgiens dans la région de Mémot (prov. de Tbaung Khmum), depuis des lustres. Hor Nam Hong, ministre cambodgien des Affaires étrangères, déclare que ces 16,6 hectares sont situés en territoire vietnamien depuis un accord de délimitation des frontières de2011 et la pose des bornes 94 et 95. La Fédération des Intellectuels et Etudiants demande la démission de Hor Nom Hong Le PSNC demande au ministre de venir s’expliquer devant la Chambre des députés (CD du 16.05.15). Le 21 mai, le ministre des Affaires étrangères défend ses positions sur une chaîne de TV appartenant à la fille du Premier ministre Hun Sen : en 2011, le gouvernement a demandé à récupérer 100 hectares de terres cultivées par les Khmers, mais les emplacements des bornes 94-95 ont été fixés par le comité mixte khméro-vietnamien à partir de la carte de 1964 qui fait loi actuellement, et qui place ces 100 hectares au Vietnam. Une grande partie de ces 100 hectares ont été donnés au Cambodge, à l’exception des 16,6 hectares en litige (CD du 22.05.15).

* Le problème des frontières entre le Cambodge et le Vietnam a toujours été un sujet extrêmement sensible, dans lequel le sentiment prime souvent sur la raison. C’est un fait que souvent le Vietnam a empiété et continue à empiéter sur les terres cambodgiennes en toute impunité. D’autre part, le Protectorat français avait négligé de fixer avec précision les contours des frontières entre les deux pays. L’anomalie la plus frappante est celle de l’Ile de Koh Trâl (Phu Quoc) qui est une aberration sur le plan des frontières, que les Khmers rouges avaient voulu normaliser.

* Après plusieurs missions ministérielles dans l’île de Nauru (Australie), quatre réfugiés (un Rohingya et trois Iranien) se sont portés volontaires pour se rendre au Cambodge. Après démentis sur démentis sur leur date d’arrivée, le 21 mai, le gouvernement cambodgien signe un accord pour recevoir ces quatre réfugiés (CD du 22.05.15).

* Durant toutes ces négociations, le gouvernement cambodgien refuse d’accorder l’asile politique aux Montagnards Jarais réfugiés du Vietnam, et accuse l’UNCR de faire venir ces réfugiés en contrebande. Il fait la chasse à ces réfugiés qu’il traite de « migrants illégaux », et continue de les renvoyer à la frontière (CD du 02.05.15).

* La Malaisie qui refusait bec et ongles d’accueillir des réfugiés rohingyas, propose au Cambodge de les accueillir, puisque le pays a signé la convention de 1951. Pourquoi pas, rétorque Hun Sen, si l’UNHCR s’engage à les réinsérer dans un troisième pays... Du moment qu’il y a des dollars à l’appui, tout peut s’arranger... (CD du 23.05.15).

Chambres extraordinaires pour juger les ex-chefs Khmers Rouges

* L’audition des témoins du centre de Tram Kâk (Prov.de Takéo) révèle des atrocités connues depuis longtemps : cannibalisme, tortures, assassinats, etc. Les chefs Khmers rouges auditionnés s’accusent mutuellement, mais repartent tous libres.

* Le 12 avril meurt Rochoem Ton, alias Phy Phuon, membre de l’ethnie Jarai et chef des gardes du corps de Pol Pot depuis 1967, âgé de 68 ans (voir le livre de Léo Durand : Jarai). C’est lui qui a accusé, apparemment à tort, Hor Nam Hong d’avoir été chargé du camp de Boeung Trabek (CD du 13.04.15).

Economie

* Le montant des différentes taxes récoltées par le gouvernement a augmenté de 48 % par rapport à l’année dernière, pour atteindre 323,4 millions de dollars. C’est un signe positif qui montre que le pays commence peu à peu à s’organiser (CD du 29.04.15).

* En dépit des annonces pessimistes du GMAC (Syndicat des patrons du textile), les exportations de textile ont crû de 11 % durant le premier trimestre 2015 pour s’élever à 1,74 milliard de dollars. L’Europe devient le premier importateur de produits textiles cambodgiens, devant les Etats-Unis (CD du 11.05.15).

* Le 8 mai, un van transportant 35 ouvriers (ères) dans la province de Svay Rieng se renverse : on relève plusieurs dizaines de blessés(-ées), dont trois graves. Ce van n’a la capacité de transporter que 15 personnes. Le chauffeur prend la fuite (CD du 11.05.15).

* Le 19 mai, un van de 15 places, transportant 38 ouvriers (ères) pour aller au travail, est heurté de front par un bus vietnamien qui voulait dépasser une voiture. On déplore 19 morts, dont le chauffeur et 21 blessés.

* En 2014, 73 travailleurs ont été tués et 789 blessés en de tels accidents. Ken Loo, représentant le syndicat des patrons, a beau dire que c’est un choix des ouvriers de choisir tel moyen de transport, mais avec une allocation de 11 dollars par mois pour le transport, les ouvriers ont-ils réellement le choix ? Certaines usines, comme une usine japonaise de Koh Kong, organisent elles-mêmes le transport aller et retour des travailleurs, avec des moyens sûrs (CD du 25.05.15).

* Le 20 mai, le Premier ministre reproche aux divers organismes d’Etat de fixer eux-mêmes leurs salaires et leurs dépenses, ainsi que le népotisme dans le choix des employés. (Nombre d’ONG prétendues caritatives, même catholiques, procèdent de la même façon !). Selon le président de la commission parlementaire des Finances (opposition), la moitié du budget de l’Administration serait dérobé (CD du 21.05.15).

* Les exportations du « sucre du sang » vers l’Europe, son principal marché, ont diminué de 41 %, en raison de la campagne menée depuis 2009 contre les expulsions de paysans cambodgiens pour cultiver de la canne à sucre sur leurs champs (CD du 11.05.15).

Dons et investissements

* Le 20 mai, Annick Girardin, secrétaire d’Etat française au développement et à la francophonie, signe une série d’accords pour 40 millions de dollars avec Hor Nam Hong, ministre cambodgien des Affaires étrangères. Sur Facebook, le ministre reproche la tenue vestimentaire de la secrétaire d’Etat (CD du 21.05.15).

* Le 23 mai, la Chine fait un don 44 véhicules, y compris des lance-roquettes montés sur camion, plusieurs canons anti-aériens pour entraîner des unités cambodgiennes (CD du 25.05.15).

Société

* Le 13 avril, la Banque mondiale (BM) prévoit un ralentissement de la croissance du PIB de 7 % en 2014, à 6,9 % en 2016, et à 6,8 % en 2017, en partie à cause de la chute du prix du riz et à l’augmentation du prix de la main d’œuvre. Selon la BM, cette décélération a commencé en 2013. La production du riz a baissé de 2,5 % en 2014, et le rendement a plafonné à 3 tn/hectare. Le secteur de la confection textile n’a crû que de 9,6 % : le salaire minimum porté à 128 dollars/mois, rend le Cambodge moins compétitif que le Vietnam, la Birmanie et le Bengladesh ; l’appréciation du dollar par rapport à l’euro fait désormais de l’Europe le principal partenaire du Cambodge. Dans un rapport précédent, la Banque Asiatique de Développement était plus optimiste (CD du 14.04.15).

Mouvements sociaux

L’augmentation de 28 % du salaire des ouvriers et ouvrières porté à 128 dollars en date du 1er janvier 2015, a apaisé momentanément les revendications. Cependant, le pouvoir d’achat des ouvriers n’a pas augmenté : selon le ministère cambodgien du Travail, il faudrait 168 dollars mensuels pour vivre normalement au Cambodge. D’autre part beaucoup ont profité de cette augmentation de salaires pour augmenter les loyers et la nourriture. En faisant deux heures d’heures supplémentaires, la plupart des ouvriers gagnent entre 220 à 250 dollars par mois, mais au prix de leur santé et de leur bien-être. Les nombreuses manifestations signalées ci-dessous sont le signe que le feu de la contestation n’est pas éteint :

* Quarante-et-un employés d’une usine coréenne KTC Cable manifestent pendant une quinzaine de jours pour protester contre des changements de poste : en raison du manque de commandes, les ouvriers sont devenus gardiens ou jardiniers... (CD du 22.04.15).

* Malgré l’interdiction de défiler dans les rues de Phnom Penh, émise par la municipalité, trois groupes comprenant en tout 3 000 travailleurs ont défilé dans les rues de la capitale pour demander de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et le rejet du projet de loi sur les syndicats. Les autorités menacent les responsables syndicaux d’arrestation, mais ne feront rien. Rong Chhun, ancien secrétaire général, observe le défilé : comme il est un des membres du nouveau CNE, on l’accuse de manquer de neutralité et doit promettre de ne pas recommencer (CD du 02.05.15).

* Le 7 mai, l’armée et la police interdisent 200 employés d’une usine japonaise de se rendre à Phnom Penh pour porter une pétition à l’ambassade du Japon, demandant une augmentation de salaire, un bonus de 5 dollars par mois pour les femmes chargées d’enfants, et l’arrêt des heures supplémentaires obligatoires. Deux chauffeurs et un syndicaliste sont arrêtés. La police doit les relâcher devant la protestation de 600 employés autour du commissariat (CD du 08.05.15).

* Le 15 mai, 96 travailleurs chinois (d’une entreprise chinoise d’Etat) à qui leur patron avait retiré leur passeport et qui n’avaient pas reçu de paie, manifestent devant l’ambassade de Chine. Le 18 mai, onze d’entre eux regagnent leur pays, en possession de leur passeport, mais sans leur paie (CD du 19.05.15).

* Le 19 mai, près de 300 ouvriers de l’usine Tianyan International se mettent en grève en protestation pour la mise à pied de leur responsable syndical. Quatre ouvriers sont arrêtés pour avoir attaqué les grévistes (CD du 22.05.15).

* Le 25 mai, des membres de la Police militaire tirent des coups de feu en l’air pour arrêter une centaines de transporteurs de marchandises à la frontière khméro-thaïlandaise de Poïpet qui protestent contre des taxes informelles réclamées par les officiers de douanes. Un homme est sérieusement blessé (CD du 26.05.15).

Expulsions-Concessions-Déforestation

Les conflits fonciers continuent, même si ce sont souvent les mêmes qui restent non résolus. Il semblerait que l’octroi de concession ait pris fin :

* Le 15 mai, après une visite de Hun Sen à Siemréap, se termine un conflit long de vingt ans qui opposait l’Autorité Apsara, chargée de l’entretien des temples et 1 120 familles, pour la possession de 1.070 hectares accordés à Apsara en 1995 : 115 hectares sont divisés entre 747 familles. 255 familles en conflit avec Apsara au sujet d’un autre terrain en recevront 115 (CD du 20.04.15).

* Le 20 mai. ADHOC porte plainte contre le vice-président de la Cour de Siemréap et contre un juge d’instruction qui ont arrêté deux villageois qui défendaient leurs terres : en 2012, une société agricole cambodgienne reçoit 419 hectares en concession, à Varin, mais qui, depuis l’an dernier, défriche 419 hectares dans le village de Rolom Run Thmey. ADHOC est accusé de désinformation et de mener des actions qui menacent l’unité nationale (CD du 21.05.15). Le 22 mai, plus de 100 villageois de la région de Siemréap impliqués dans plus de dix conflits fonciers différents portent des pétitions au gouverneur de Siemréap. Selon Licadho, ils seraient plus de 700, mais la police et l’armée les aurait bloqués. 17 d’entre eux auraient été invités à discuter avec les autorités provinciales (CD du 23.05.15).

* Le 23 avril, 29 familles de militaires et de vétérans manifestent devant l’Assemblée nationale pour demander la résolution d’un conflit foncier concernant 4 hectares où elles vivaient depuis 1990, et qui ont été vendus parle ministère de la Défense (CD du 24.04.15).

* Le 10 avril, environ 70 pêcheurs de Koh Kong, regroupés par l’ONG Mother Nature, ont attaché leurs embarcations à douze barges et huit transports de sable de la société International Rainbow, et les ont obligés à quitter les lieux. Cette société n’avait pas de licence pour opérer à Koh Kapi. Depuis une dizaine d’années, le trafic dus able détruit la mangrove qui est le lieu de reproduction d’un certain nombre d’espèces. L’ONG est accusée d’« incitation à la violence» (CD du 22.04.15). Le 23 avril, six représentants de 300 familles remettent des pétitions à l’Assemblée nationale et au ministère des Mines et de l’Energie (CD du 24.04.15).

* Cinquante-trois sociétés à qui ont été attribué des concessions continuent à couper allégrement la forêt de Prey Long. Les autorités locales et de nombreux officiers de l’armée sont actifs dans cette déforestation. On assiste cependant régulièrement à des saisies de pièces de bois, dans les provinces nord et est du Cambodge (CD du 28.04.15). Le 13 mai, les 40 jeunes et moines qui voulaient se rendre dans la forêt de Prey Long pour éduquer villageois sont bloqués par la police (CD du 15.05.15).

* Le 29 avril, 50 résidents de Boeung Chhouk manifestent devant la mairie de Phnom Penh avec les expulsés de Boeung Kâk (CD du 30.04.15).

* Une étude par satellite menée par Open Development Cambodia révèle que pour la première fois, la surface couverte en forêt est inférieure (47,7 %) à celle non-couverte de forêt (48,4 %). Or en 1973, 72,11 % étaient couverts de forêts (CD du 30.04.15).

* Le 18 mai, près de 100 villageois de Préah Vihéar et de Kratié convergent vers l’Assemblée nationale pour protester, les uns contre la saisie de leurs terres pour construire un édifice public, les autres contre les empiètements de la société vietnamienne Binh Phuoc 2. Après une heure et demie, certains d’entre eux sont autorisés à remettre leurs pétitions à la commission parlementaire des droits de l’homme (CD du 19.05.15).

* Le 5 mai, le gouverneur de Mondolkiri menace d’arrestation le responsable de ADHOC qui projetait de mener un séminaire sur les droits de l’homme et sur la démocratie. Le gouverneur l’accuse de faire de la politique pour l’opposition (CD du 06.05.15).

Travailleurs cambodgiens à l’étranger

* Une agence de recrutement de travailleurs pour le Japon dupe ses clients en leur promettant des salaires mirobolants et leur extorque plus de 80 000 dollars. Elle est condamnée à rembourser et est suspendue pour un mois et demi. ADHOC demande que ces agences frauduleuses, toutes aux mains de proches du pouvoir, soient immédiatement et définitivement interdites.

* La fuite du pays continue, signe d’un profond désespoir du peuple en l’avenir du pays : plus de 700 000 en Thaïlande, 50 000 en Corée du Sud. Cependant, le Premier ministre s’en félicite et considère la Corée comme des « beaux-parents » (damlang), puisque l’on estime que 10 000 Cambodgiennes ont épousé des Coréens (CD du 14.05.15).

* Au début avril, 58 Cambodgiens réduits en esclavage par des patrons de pêche thaïlandais sont libérés dans l’île de Benjina (Indonésie), puis rapatriés au Cambodge à la fin mai. Ils faisaient partie d’un groupe de 310 esclaves, dont la plupart étaient Birmans (CD du 09.04.15). Le gouvernement cambodgien dit n’avoir pas les moyens de payer les 40 000 dollars de frais de rapatriement de ses ressortissants (CD du 24.04.15).

Santé

* D’après un rapport de Save the Children, la mortalité infantile à la naissance serait au Cambodge de 18 pour 1 000. Sur ce point, le Cambodge a fait de gros progrès, mais se situe toutefois au 132ème rang sur 179 (CD du 06.05.15).

* La Corée du Sud crée une clinique pour les soins ophtalmiques dans l’enceinte de l’hôpital Ang Duong, qui comprend 75 chambres (CD du 14.05.15).

* Le 8 mai, à l’occasion de la journée de la Croix-Rouge, la Croix-Rouge cambodgienne organise une soirée de récolte de fonds qui lui rapporte 13 millions de dollars (un peu moins qu’en 2014 : 14 millions). Les Grands du Royaume se voient contraints à faire des donc substantiels compris entre 5 000 à 100 000 dollars. Selon ses statuts, la Croix-Rouge doit être politiquement neutre. En fait il n’en est rien : Bun Rany, épouse du Premier ministre, en est la présidente, Annie Sok An, épouse du vice-Premier ministre en est la vice-présidente, les jeunes actifs sont ceux de jeunesse PPC, etc. La CRC ne sert qu’à diffuser la propagande pro-PPC : lors des affrontements de juillet 2014, elle n’a accordé des aides qu’aux 35 miliciens battus, mais rien aux autres victimes, etc. Il serait temps que le CICR mette de l’ordre dans ses filiales avant d’être complètement discrédité (CD du 09.05.15).

* Le Croix-Rouge cambodgienne fait un don de 10 000 dollars au Népal pour aider les sinistrés du tremblement de terre. Le lendemain, Hun Sen fait un don de 100 000 dollars (CD du 28.04.15).

* Des démineurs spécialement entrainés commencent à retirer les premières bombes tombées sur les 100 km du Mékong de Phnom Penh à la frontière vietnamienne : il y aurait 2 000 tonnes de munitions en tous genres au fonds de l’eau (CD du 22.05.15).

Justice

Quelques exemples, s’il en était encore besoin, pour mettre en évidence que la justice est au service de la mafia au pouvoir :

* Le 17 février, Hun Sen accuse le Président de la Cour municipale de Phnom Penh d’avoir reçu un pot de vin de plusieurs millions de dollars pour libérer les parents du général Thong Sarath, accusé d’avoir tué un homme d’affaires en novembre 2014. Le général sera arrêté le 17 avril à la frontièr vietnamienne. Le 1er mai, le président de la cour est blanchi de toute accusation par son ami, le chef de l’Unité anti-corruption (CD du 02.05.15).

* La justice cambodgienne se réhabilite toutefois, le 15 mai, en arrêtant, puis en expulsant le richissime-escroc russe Polonsky, qui a acheté neuf îles au large de Kompong Som et qui y prévoyait un plan de développement de plusieurs milliards de dollars. En décembre 2013, il avait jeté plusieurs Cambodgiens par dessus bord de son bateau. Il est poursuivi en Russie pour avoir détourné 188 millions de dollars. Depuis plusieurs mois, la tension était devenue très vive avec un autre escroc-richissime-russe Doroshenko. Cinq associés de Polonsky sont expulsés le 22 mai et les jours suivants, pour absence de passeport. D’autres le seront sans doute par la suite (CD du 23.05.15).

Education nationale

* Les 105 universités du Cambodge, tant privées que publiques, forment des étudiants qui, pour 70 %, ne correspondent pas aux demandes d’emploi des investisseurs. Sur 50 000 diplômés chaque année, seulement 3 % le sont en agriculture. Le nombre des étudiants a doublé en six ans (250 000 en 2014), mais la qualité n’a pas suivi. Le ministre de l’Education se donne entre cinq et dix ans pour modifier la situation. Une évaluation des dix principales universités doit commencer en juin, sur la base de 70 critères (CD du 08.05.15).

* Le 19 mai, 40 des 48 enseignants de l’Institut de Commerce se mettent en grève pour réclamer 40 % des droits de scolarité des 3 000 étudiants, soit 31 500 dollars, qui devraient leur être remis selon leur contrat. Un jour plus tard, la direction accepte de verser les arriérés (CD du 21.05.15).

Droits de l’homme

* Il n’y a que 5 % de femmes parmi les 58 000 officiers de police. Les autorités voudraient porter leur effectif à 30 %, car elles sont moins corruptibles que leurs collègues masculins... (CD du 23.04.15).

* Le projet de loi sur les ONG gelé depuis 2011, serait sur le bureau du Conseil des ministres et devrait être voté par l’Assemblée nationale avant la fin du mois de mai. Devant les protestations du représentant de l’ONU, de William Todd, ancien ambassadeur des Etats-Unis, de beaucoup d’ONG, il semblerait que le gouvernement accepterait de montrer la dernière version de son projet à un certain nombre d’ONG avant son acceptation par l’Assemblée nationale. Le secteur des ONG rapporte plusieurs millions de dollars par an, dont le gouvernement voudrait toucher sa quote-part. D’autre part, ces ONG, que le gouvernement accuse volontiers de faire campagne pour l’opposition, risqueraient de vivre sous la menace la fermeture abusive (CD du 26.05.15).

* Les ONG craignent, à juste titre, que cette loi ne musèle leur liberté de parole et d’action. En revanche, sur le plan de la stricte justice, une certaine législation régulant les ONG, tant nationales et qu’internationales, serait souhaitable : que des membres d’ONG caritatives, y compris chrétiennes, reçoivent des salaires de 10 à 30 fois supérieurs à celui des ouvriers pour aider les pauvres, frise l’imposture. Comment osent-elles encore parler de droits de l’homme et de justice ? Le « Charity Business » rapporte beaucoup. Certes, ce n’est pas au gouvernement à faire le ménage, mais d’abord à chacune d’entre elles.

Divers

* Le Cambodge rentre dans le Guiness des records pour avoir fabriqué un gâteau (Num Angsam : phallus d’Indra) de 4 040 kg à l’occasion du Nouvel An khmer (CD du 14.05.15). Le 15 avril, il gagne un autre record : 1 155 personnes ont dansé ensemble le Madison (CD du 16.04.15).

* Pour la première fois, un Cambodgien d’origine cham, reçoit le prestigieux prix Sovereign Asian Art de 30 000 dollars (CD du 02.05.15).

* Le 11 mai, trois touristes qui prenaient des photos nus(es) dans les temples d’Angkor sont condamnés à 200 et 250 dollars et expulsé(e)s avec interdiction de rentrer dans le pays pendant quatre ans (CD du 11.05.15).

Patrimoine

* Le 15 avril, la presse américaine révèle la découverte de 2 622 objets d’art volés, dont plusieurs millions pour des œuvres cambodgiennes. Une statue de Hanuman en provenance de Prasat Chen (Koh Ker) est restituée le 10 mai et placée dans le musée de Phnom Penh. La statue est accueillie au Conseil des ministres par des danses traditionnelles (CD du 16.05.15).

(eda/ra)