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Asie du Sud-Est - Cambodge

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POUR APPROFONDIR - Le point sur l’actualité politique et sociale du 7 juin au 24 juillet 2014

POUR APPROFONDIR - Le point sur l’actualité politique et sociale du 7 juin au 24 juillet 2014

24/07/2014

Politique intérieure

Le 22 juillet, au terme d’une réunion de cinq heures, six représentants du PPC (Parti du Peuple Cambodgien, au pouvoir) et autant du PSNC (Parti de Salut National Cambodgien, de Sam Rainsy et Kem Sokha), dirigés par Hun Sen et Sam Rainsy en personne, ...

... se mettent d'accord pour mettre fin au boycott de l'Assemblée nationale par les 55 députés et les 15 sénateurs du PSNC. Ce boycott dure depuis les élections législatives du 28 juillet 2013 dont les résultats, de l’avis de la plupart des observateurs, avaient été grossièrement falsifiés au profit du PPC, qui s’était auto-crédité de 66 députés et d’environ 200 000 voix de plus que son rival PSNC.

- La composition du CNE (Comité national électoral) sera modifiée : actuellement composés de neuf membres, tous du PPC, le CNE comptera désormais quatre membres de chacun des deux partis et un neuvième membre nommé par consensus. Si le consensus n’est pas possible, le CNE actuel restera en place.
- Le PSNC obtient la présidence de cinq comités parlementaires sur dix que compte l’Assemblée nationale, dont celui du celui chargé de la lutte contre la corruption. Un député PSNC sera premier vice-président de l’Assemblée, le PPC gardera la présidence et le poste de second vice-président.
- Les élections nationales seront légèrement avancées en février 2018.
- La cérémonie de prestation de serment aura lieu peut être le 25 ou le 29 juillet, en présence du roi.
- Les 7 députés du PSNC incarcérés le 15 juillet sont relâchés temporairement, le soir même, à 17 heures, pour leur permettre de prêter serment (Cambodia Daily (CD) du 23.07.2014).

* Au terme de sa 11ème visite au Cambodge, Surya Subédi, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, avait accusé le gouvernement PPC de « manque de volonté sincère » pour débloquer la situation et demandé instamment au PSNC de mettre fin à son boycott de l’Assemblée (CD du 20.06,14). La cérémonie d’adieu au roi Sihanouk du 12 juillet laissait prévoir un nouveau climat entre les responsables des deux partis, même si Sâr Kheng, ministre de l’Intérieur, déclarait qu’il ne fallait pas confondre hommage funèbre et dialogue politique.

* La communauté internationale, le Comité de l’ONU pour les droits de l’homme, de nombreuses organisations internationales se félicitent de cet accord. Les réactions des militants de base du PSNC sont beaucoup plus mitigées : ce sont eux qui ont poussé à l’intransigeance vis-à-vis du PPC et se sentent trahis. « Le PSNC cherche les intérêts du parti, non ceux du peuple », déclare d’une manière assez significative le moine But Buntenh. Il accuse les responsables du parti d’être des « menteurs et des traîtres ». Mme Tep Vanny, militante anti-expulsion, avoue « n’avoir plus aucun espoir ». Depuis plusieurs semaines, cependant, on pouvait entendre des responsables du PSNC se plaindre : depuis les élections et ce blocage politique ils n’ont rien obtenu. Pourquoi continuer ? Les 55 députés n’ont pas reçu de paye depuis juillet 2013 et commencent à trouver leur régime un peu trop spartiate. On se rend compte que Hun Sen ne cédera pas. Sam Rainsy doit expliquer longuement sa position : la situation est différente de celle qui prévalait lors des divers accords précédents avec le PPC. « Le PPC est mature, Samdech Decho ne trahira pas ses promesses et son contrat », déclare, pour sa part, le porte-parole du PPC (CD du 24.07.14).

* Beaucoup font plus confiance à Kem Sokha qu’à Sam Rainsy : ce dernier n’a pas connu les Khmers rouges, il a une éducation trop française, il est trop souvent à l’étranger, ne comprend pas la mentalité et donc les ruses de Hun Sen, il est prêt à lui faire des concessions. Au contraire, Kem Sokha a le même passé que Hun Sen, il connaît la mentalité khmère rouge pour l’avoir subie, la mentalité vietnamienne dont il a souffert depuis 1979... Il sait mieux ce qu’il faut accepter et refuser. Mais ses dérapages verbaux sont-ils à mettre au compte de cette mentalité ?

* Ce nouvel accord est pratiquement celui passé entre Hun Sen et Sam Rainsy le 9 avril dernier, mais que Kem Sokha n’avait alors pas voulu endosser. Des négociations avaient suivi, notamment le 13 juin, sans déboucher sur aucun résultat. Le PSNC a dû abandonner progressivement la plupart de ses exigences : détenir la présidence de l’Assemblée nationale, de nouvelles élections à mi-mandat ou au moins avancées d’un an, élections des membres du CNE au 2/3 des voix. Cette composition du futur CNE semble pour beaucoup un leurre.

* Le réalisme politique semble cependant l’avoir enfin emporté sur des exigences fondées, certes, mais irréalisables. Cette entrée à l’Assemblée, permettra aux députés du PSNC de faire pression sur le PPC qui ne pourra plus faire n’importe quoi. Les députés pourront se former à la pratique du pouvoir en vue d’une éventuelle victoire aux prochaines élections de 2018. Mais si la philosophie cambodgienne des détenteurs du pouvoir, quelque soit le régime ou le parti, ne change pas, il n’y a aucun avenir possible pour la démocratie véritable au Cambodge.

* Sam Rainsy retrouve ses droits de député par la démission de Kuoy Bunroeun, député de Kompong Cham, qui nommé à la commission électorale (CD du 24.07.14).

Evénements du 15 juillet

* Le 15 juillet, plusieurs députés du PSNC, et plusieurs centaines de militants accompagnent Mme Mu Sochua dans sa manifestation pour demander la réouverture du Parc de la Liberté, endroit prévu par la Constitution pour exprimer des idées politiques. Vers 8h du matin, le groupe PSNC se heurte violemment aux miliciens de la municipalité, sous l’œil presqu’indifférent de la police militaire. Les militants PSNC s’en prennent aux miliciens : 37 ont blessés, dont trois très sérieusement, d’autres abandonnent leur uniforme et s’enfuient. Visiblement, des deux côtés, on venait pour en découdre. 6 députés PSNC et un militant sont arrêtés, dont Mme Mu Sochua, pour « insurrection », et incarcérés immédiatement à la prison de Prey Sâr. Un autre député sera arrêté le lendemain. Le représentant d’Adhoc, présent sur les lieux, estime que la plupart des députés arrêtés ont essayé au contraire de calmer les manifestants. Trois autres députés également présents n’ont pas été inquiétés (CD du 16.07.24).

* Le 16 juillet, la Croix Rouge cambodgienne, présidée par Bun Rany, épouse du Premier ministre, accorde 35 000 dollars aux 37 miliciens blessés. La municipalité de Phnom Penh accorde 125 dollars à chacun des gardes les plus sérieusement blessés. La Licadho fait remarquer que s’il est normal à la Croix Rouge d’aider les blessés, pourquoi n’a-t-elle pas fait cela pour les victimes de ces miliciens.

* Une vidéo présentée par le PPC lors d’une conférence de presse, montre une personne, accusée d’être membre du PSNC, en train de remplir deux sacs avec des barres de bois. Mais une autre vidéo montre ces sacs déchargés d’un camion appartenant à la milice de la mairie de Phnom Penh (CD du 23.07.2014).

* Si l’on doit dénoncer sans hésitation la violence excessive des supporters du PSNC à l’égard de la milice de la mairie de Phnom Penh, on peut la comprendre dans le contexte khmer : cette milice formée de repris de justice, de casseurs, d’ex-brigands sans foi ni loi. Ces miliciens ont montré une telle violence par le passé à l’égard les divers groupes de manifestants, que ces membres du PSNC ont décidé de leur faire comprendre que la non-violence à leur égard était terminée. C’est une violence, hélas caractéristique du peuple khmer en colère, quand la mesure est comble. Le pouvoir devrait tenir compte, avant qu’elle ne dégénère dans l’ensemble du pays.

* Cette manifestation est-elle à mettre en relation avec l’accord signé le 22 juillet ? Tentative pour le faire capoter, ou volonté de faire pression sur le PPC pour lui faire comprendre que trop, c’est trop ?

* En dépit des nombreuses dénégations officielles concernant plusieurs attaques cérébrales du Premier ministre, il semble bien qu’il soit réellement malade : il a dû annuler la réunion du Conseil des ministres du 5 juin ; en visite officielle au Bangladesh, la 17 juin, il a dû y annuler plusieurs visites officielles. L’échec des dernières élections législatives l’aurait profondément affecté, et il se verrait désormais entouré d’ennemis.

Politique extérieure

* Au mois de juin, le conseiller d’ambassade vietnamien Tran van Thong déclare dans une interview que la Cochinchine appartenait au Vietnam bien avant l’arrivée des colonialistes français et l’attribution par la France de la Cochinchine occidentale au Vietnam en 1949. Cette déclaration est en contradiction flagrante avec l’histoire, la Cochinchine étant le berceau du peuple khmer, colonisée progressivement par l’Annam. Le 8 juillet, une centaine de Khmers Kraom de Cochinchine protestent devant l’ambassade du Vietnam, d’où ils sont dispersés avec violence par la police. En dépit de l’interdiction par la mairie de Phnom Penh, le 22 juillet, 200 moines et des centaines de Khmers Kraom portent des pétitions aux ambassades de France, d’Angleterre, des Etats-Unis, de l’Europe, de Russie et de Chine. La police bloque les manifestants devant l’ambassade du Vietnam, sans qu’ils puissent donner leur pétition. Des drapeaux vietnamiens en papier et des effigies de Ho Chi Minh sont brûlés devant l’ambassade. La Communauté des Khmers du Kampuchéa Kraom (KKK) et la Fédération des Intellectuels Cambodgiens et des Etudiants (FCIS) donnent deux semaines au conseiller d’ambassade pour faire des excuses, après quoi ces deux associations reprendront leurs manifestations (CD du 23.07.14).

* On connaît la rhétorique antivietnamienne du PSNC, en partie légitime, mais souvent exagérée. Dire comme Khem Sokha que la tragédie de 2010 de Koh Pich survenue en 2010 dans laquelle 353 personnes sont mortes piétinées, est la faute des Vietnamiens, relève de la stupidité, qui pose question sur les qualités de gouvernement (CD du 7.06.14).

* Le 29 juin, une délégation d’une centaine de personnes, composée de moines bouddhistes et de jeunes militants de Boeung Kâk, dirigée par la jeunesse du PSNC se rendent dans le village de Romduol, dans la province de Svay Rieng. Les autorités vietnamiennes auraient placé les poteaux de démarcation à 150 m à l’intérieur du Cambodge (CD du 30.06.14).

* Le gouvernement laotien accepterait une consultation publique sur l’impact du barrage de Don Sahong, dont la construction est projetée à deux kilomètres de la frontière cambodgienne, au Nord des chutes de Khône. Si le Laos a commencé les travaux de construction du barrage de Xayabury, contre l’avis du comité du Mékong, il accepterait de repousser la construction de celui de Don Sahong (CD du 30.06.14).

* Le 1er juillet, le roi Sihamoni gracie Veera Somkwamkid, citoyen thaïlandais emprisonné en 2010 pour espionnage, après être entré illégalement au Cambodge. Malgré les dénégations officielles, il convient de mettre cette libération en rapport avec celle des 14 Cambodgiens incarcérés en Thaïlande pour avoir fabriqué de faux papiers, et avec la résolution de la crise causée par l’expulsion de 240 000 migrants cambodgiens illégaux de Thaïlande (CD du 01. 07.14).

Chambres spéciales au sein des tribunaux cambodgiens

* Le gouvernement allemand accorde 770 000 dollars pour la construction d’un stupa de cinq mètres de hauteur au nord-est de la prison de Tuol Sleng comme compensation symbolique aux les victimes des Khmers rouges (CD du 11. 07.14).

Economie

Pêche

* Selon le Centre de pêche mondiale, basé en Malaisie, le Cambodge se situe au 4ème rang pour la productivité de la pêche en eau douce, après la Chine, l’Inde, et le Bangladesh, avec 500 000 tonnes de poissons produites chaque année, ce qui a généré 934 824 dollars d’exportations en 2013 (13,3 % du total des exportations). Mais cette pêche fait face au braconnage, et à l’élevage industriel (90 000 tn par an, qui augmente de 15 % par an). Les Cambodgiens consomment 52,4 kg de riz par personne et par an. On comprend donc les craintes devant la construction des barrages sur le Mékong (CD du 7.06.14).

Riz

* Le 19 juin, le groupe Soma signe avec une société thaïlandaise (CPI) un contrat pour la construction d’une décortiquerie de riz de 50 millions de dollars dans la province de Kompong Speu. Cette décortiquerie produira six fois plus de riz usiné que les usines les plus perfectionnées du pays : entre 400 et 600 tonnes par jour de riz de qualité supérieure.

* Durant les quatre premiers mois de l’année, le Cambodge a exporté 148 262 tn de riz, soit une légère augmentation par rapport à l’année dernière. La Thaïlande a décidé de brader ses stocks de riz à prix cassé (355 dollars la tn) ce qui explique la difficulté du Cambodge à vendre son riz (410 dollars la tn) (CD du 20.06.14).

Commerce

* Durant les quatre premiers mois de l’année, la valeur des produits importés de Thaïlande a crû de 14 % par rapport à la même période de l’année dernière, pour s’élever à 1,55 milliards de dollars : carburants (en baisse de 8 %), boissons, sucre, ciment (en hausse de 23 %), matériel électronique (doublé) (CD du 7.06.14).

* Durant les 4 premiers mois de l’année, le commerce bilatéral avec la Malaisie a crû de 17,6 % par rapport à l’année dernière, pour atteindre 105,4 millions de dollars. Le Cambodge y exporte du caoutchouc, des vêtements, de céréales, des produits chimiques et de l’huile de palme. Il importe des boissons, du tabac, du matériel de transport, du bois (CD du 11.06.14).

* Le 9 juin, Rolls-Royce annonce son arrivée sur le marché cambodgien. Il y aurait déjà plus de 10 voitures de la marque du Cambodge (coût : 450 000 dollars, soit 175 fois le PIB individuel) (CD du 10.06.14).

* Le nombre des entreprises commerciales enregistrées depuis le début de l’année a crû de 33 % pendant les cinq premiers mois de l’année par rapport à l’année dernière : 1.214 entreprises locales, et 654 étrangères (CD du 25.06.14).

* Le 26 juin, l’Assemblée du Parti unique, vote un plan de développement de 26,58 milliards de dollars pour les années 2014-2018.

Dons et investissements

* Le 30 juin, le Japon signe un don de 8 millions de dollars pour l’extension de huit écoles de Phnom Penh, et un prêt de 138 millions à 1 % d’intérêt pendant 30 ans pour trois projets : rénovation de sections de la route de Phnom Penh à Pursat, avec construction de déviation à Oudong et Kompong Chhnang, construction de système de drainage et d’irrigation dans la province de Kandal, Takéo et Kompong Speu (CD du 01. 07.14).

Société

Travailleurs migrants

* Depuis le 6 juin, environ 250 000 travailleurs cambodgiens illégaux rentrent (ou sont plus ou moins expulsés) de Thaïlande, suite à la politique du gouvernement militaire thaïlandais de mettre de l’ordre parmi les travailleurs immigrants (voir dernier envoi). Dix provinces cambodgiennes ont désormais le droit de délivrer des passeports. Depuis plusieurs dizaines de milliers Cambodgiens sont retournés illégalement travailler en Thaïlande. Les travailleurs cambodgiens ne croient pas aux offres de leur gouvernement d’abaisser les frais de passeport, et préfèrent repartir sans papiers. Trois cents à 400 illégaux sont refoulés chaque jour par les autorités thaïlandaises.

* Dans un programme pilote, 220 femmes ont été envoyées travailler à Singapour. Plusieurs sont revenues en faisant état de mauvais traitements. Le 27 juillet, le directeur général au ministère du Travail se rendra à Singapour pour évaluer les résultats (CD du 24.07.14).

* Le Cambodge gagne 7 places dans l’indice de la Paix : le pays est placé au 106ème rang sur 162, la violence a coûté 1,5 milliard de dollars en 2013, soir 3,8 % du PIB, ou 100 dollars par personne, soit au 30ème rang des 162 pays. A titre de comparaison, l’Australie perd 40 milliards, soit 1 760 dollars par personne et par an pour cause de violence (CD du19.06.14).

* Le PIB individuel se situerait aux environs de 1 040 dollars par an et le taux de pauvreté aurait diminué à 20 % (CD du 27.06.14).

Conflits sociaux

Pour la première fois, le Cambodge obtient l’un des 56 sièges de l’Organisation Internationale du Travail, durant la conférence annuelle de l’OIT. Le ministre cambodgien du Travail estime que c’est à cause de l’amélioration des conditions de travail dans les usines, de la liberté, de la formation professionnelle, du droit de grève, etc. En mai dernier, l’OIT classait pourtant le Cambodge parmi les pays aux pires conditions de travail. On peut espérer que cette élection permette une amélioration de ces conditions de travail (CD du 12.06.14). Les multiples conflits sociaux non résolus et les grèves multiples qu’ils engendrent rappellent la situation précaire des travailleurs :

* Le 26 mai, l’usine Ocean Garnment, qui produit des vêtements, en particulier pour Gap, ferme ses portes par manque de commandes. Les ouvriers demandent que leur soit versé la moitié de leur salaire mensuel. Après de multiples manifestations, après avoir notamment bloqué le boulevard d’accès à l’aéroport, un accord est conclu par l’entremise du ministère du Travail : Ocean Garnment versera 100 dollars aux ouvriers qui ont travaillé depuis plus de six mois, et 50 aux autres (CD du 17.07.14).

* Les employés de l’usine T&K en grève depuis le 4 juin, pour demander une allocation de 50 cens par jour pour le repas de midi, reprennent le travail le 10 juin. « 90 % des employés ont peur de perdre leur emploi. Les patrons ont brisé leur volonté de faire grève », constate leur responsable syndical (CD du 11.06.14).

* Le 10 juin, environ 400 employés de l’usine Hong Kong Yufeng manifestent pour obtenir leur paye : le propriétaire de l’usine a fermé l’usine et s’est enfui. L’usine travaillerait pour Gap et Adidas.

* Si les employées en Malaisie font l’objet de dossiers étayés concernant les violations de leurs droits fondamentaux, les 240 000 employées domestiques au Cambodge subissent un traitement presqu’aussi dégradant (CD du17.06.14).

* Le 20 juin, 200 employés d’une usine coréenne qui emploie plus de 800 personnes protestent pour la suppression des contrat de courte durée, pour demander des indemnités de licenciements, 5 dollars pour la nourriture et le double de leur allocation de nourriture pour heures supplémentaires (50 cents) (CD du 20.06.14).

* Le 20 juin, environ 80 employés brûlent des pneus devant leur usine Harta Packaging, qui a licencié 285 ouvriers en février après une grève de 6 jours, pour demander des indemnités d’ancienneté rétroactives (CD du 21.06.14).

* Le 2 juillet, environ 200 ouvrières de l’usine textile chinoise Pollysa Home, se mettent en grève pour protester contre les heures supplémentaires obligatoires et le licenciement abusif de 20 employées qui refusaient précisément de faire ces heures supplémentaires (CD du 06.07.14).

* Le 15 juillet, environ 1 000 ouvrières de l’usine Well Shoe se mettent en grève pour réclamer sept améliorations dans leurs conditions de travail et de salaire. Le patron de l’usine refuse obstinément de recevoir une délégation. La direction a engagé des troupes de la Brigade 70 pour garder l’usine (CD du 24.07.14).

* Le 21 juillet, environ 500 employés de l’usine Teng Xun de Kompong Speu se mettent en grève pour refuser qu’un impôt de cinq dollars soit retiré de leur salaire (CD du 24.07.14).

* Le 14 juillet, à la demande du ministère du Travail, 25 syndicats approuvent un projet de loi concernant le salaire minimum. Rien n’est réglé pour le moment, mais les partenaires semblent vouloir aller dans le bon sens (CD du 15.07.14).

Conflits fonciers

On peut observer ces deux derniers mois une recrudescence de la violence contre les représentants du pouvoir. Le peuple n’a plus peur de faire entendre sa voix, y compris par des la violence. A trop pressurer le peuple, le pouvoir a distillé des poisons dans la société cambodgienne.

* Le conflit de Kompong Tralach qui oppose des paysans à l’épouse du ministre des Mines et de l’Energie depuis 2002 continue. Le ministre offre 10 000 dollars à un couple qui représente les 22 familles spoliées, mais le couple refuse. Le 5 juillet, environ 80 villageois s’affrontent à 200 employés de la société KDC dont l’épouse du ministre est propriétaire. Ces ouvriers construisent un mur autour des 145 hectares en litige. Au moins 10 villageois sont blessés. Le lendemain, cent policiers sont envoyés pour protéger la société : 30 d’entre eux sont blessés par des jets de pierres. Le 8 juillet, 150 militaires sont déployés pour protéger les ouvriers de la société KDC. En dépit de la demande de Surya Subédi de suspendre les travaux, la société les a achevés à grande vitesse. La Licadho fait la même observation : tant que le litige n’est pas réglé, la société KDC n’a pas le droit de construire quoi que ce soit. Le 17 juillet, plus d’une centaine d’employés de la société KDC armés de frondes et des fusils de fabrication locale attaquent 60 villageois. Les villageois leur répondent avec des frondes (CD du 18.07.14). Ils n’ont d’autre recours que de demander, à nouveau, aux forces occultes de maudire les fonctionnaires voleurs (CD du 14.07.14). Cette violence est à prendre très au sérieux : quand les villageois n’ont plus rien à perdre, il faut s’attendre au pire...

* Le 22 juillet, 200 paysans de Snoul représentant 329 familles, dépossédés de 1 562 hectares de leurs terres par Growest Building Training et Horizon Agriculture Dept., tentent de porter une pétition à Hun Sen, qui les renvoie aux autorités locales, puis le lendemain accepte leur pétition (CD du 24.07.14).

* La plainte déposée contre la société anglaise Tate&Lyle, par 200 familles dépossédées de leurs terres à Koh Kong par le magnat cambodgien Ly Yong Phat, porte ses fruits : cette société offre 305 000 dollars aux 200 familles pour qu’elles retirent leur plainte. La société thaïlandaise Khon Kaen qui a racheté les terrains au sénateur Ly Yong Phat propose de donner des terres d’une superficie égale à 1 364 hectares aux paysans. Les deux offres sont rejetées par les intéressés. (CD du 10.06.14).

* Le 13 juin, six bulldozers et tracteurs d’une société chinoise qui, en 2009, a obtenu une concession de 6 000 hectares dans les provinces de Bantéay Méan Chey et d’Oddar Méan Chey, sont incendiés (CD du 17.06.14).

* Le 17 juin, une douzaine de représentants de 200 familles Phnong de Kratié se rendent à Phnom Penh pour demander au Premier ministre et à l’ONU de les aider dans un conflit qui les oppose à la société vietnamienne Dau Tu Saigon-Binh Phuoc qui a rasé 150 hectares de la terre où ils ensevelissaient leurs morts depuis des générations (CD du 18.06.14).

* Le 18 juin, 6 familles parmi les 3 000 expulsées de Boeung Kâk acceptent la compensation proposée par la municipalité de Phnom Penh (CD du 16.06.14).

* Après de nombreuses manifestations de l’ethnie Chong qui bloquaient les chemins d’accès au futur barrage de la vallée d’Areng (province de Koh Kong), un peloton de 30 soldats est créé pour « protéger le peuple et le gouvernement » (CD du 24.06.14).

* Le 25 juin, 40 villageois qui interdisent l’accès d’excavateurs qui viennent creuser leurs terres ancestrales se heurtent à 40 policiers (CD du 26.06.14).

* Les Phnongs de Mondolkiri décident de ne plus coopérer avec les autorités locales dans la lutte contre le trafic de bois précieux, mais de brûler eux-mêmes le bois saisi. Le 26 juin, ils arrêtent eux-mêmes au moins quatre camions transportant du bois de luxe appartenant à la société Villa Developement (CD du 02.07.14).

* Le 21 juin, un fonctionnaire de police chargé de surveiller les pêches illégales disparaît. Après plus de trois semaines de recherche, on retrouve son corps. Il a vraisemblablement été assassiné par des pêcheurs (CD du 12.07.14).

Feuilleton de Boeung Kâk

* Le 20 juin, la société Shukaku, qui appartient au sénateur Lao Meng Khin (qui a acheté en leasing les 133 hectares du boeung Kâk en 2007, par bail emphytéotique de 99 ans, pour la somme de 79 millions de dollars, et expulsé plus de 3 000 familles), se propose d’en revendre 1,35 hectare à une société singapourienne, dont la sœur de Hun Sen serait la représentante au Cambodge, pour 14,9 millions. Cette parcelle serait située dans les 12,44 hectares accordés par Hun Sen pour reloger quelques familles déplacées. Or la loi interdit la revente de tels terrains. Cette société affirme n’être pas au courant des expulsions (CD du 26.06.14).

* On apprend que la société chinoise Erdos qui détenait 49 % des parts de Shukaku, dont le sénateur Lao Men Khin est propriétaire, s’est retirée du projet de 2,17 milliards de dollars. Il apparaît donc clairement que l’achat en leasing et l’expulsion de quelques 3 000 familles ne sont en réalité qu’une opération de spéculation foncière... (CD du 17.07.14).

* La municipalité de Phnom Penh décide de construire un Commissariat de la police sur les 12,44 hectares accordés par Hun Sen pour reloger les familles. Une bagarre éclate entre les ex-résidents jadis unis, Mme Mom à qui la municipalité a donné un terrain en échange de sa voix aux élections, et les partisans de Tep Vanny qui a reçu un lot en 2012, mais continue à lutter pour que 40 familles obtiennent une parcelle. On en vient aux mains, on se jette des pierres et des injures, et on porte plainte mutuellement (CD du 30.06.14).

Déforestation

* Le 5 juin, 60 membres de la minorité Djarai de Ratanakiri, en colère et armés, reprennent 6 pièces de bois de luxe et 10 motos qui leur ont été confisquées par l’armée. Le fait, minime en soi, est significatif de l’état d’esprit actuel au Cambodge : le peuple n’a plus peur (CD du 09.06. 14). De même, le 16 juin, environ 200 villageois de Siempang (prov. de Stoeung Treng) dont la police militaire et les fonctionnaires des Forêts avaient saisi les véhicules servant au trafic de bois de luxe font irruption dans les locaux de l’Administration des forêts, et récupèrent véhicules et tronçonneuses, sous l’œil indifférent de la police (CD du17.06.14).

Education nationale

* Le 10 juin, le gouvernement des Etats-Unis accorde un don de 20 millions de dollars pour fournir un petit déjeuner à 150 enfants du primaire dans les provinces de Battambang, Siemréap et Kompong Thom (CD du 11.06.14).

* Selon l’Autorité anti-corruption, plus de 2 000 volontaires seront déployés dans les 3 779 salles des 154 centres d’examen où 93 000 élèves passeront le baccalauréat, les 4-5 août prochain. Désormais seul le baccalauréat servira de critère pour l’admission en université (Il ne sera plus tenu compte des examens semestriels) (CD du 15.07.14).

Armée

* Le 11 juin, deux démineurs cambodgiens parmi les 309 soldats envoyés au Mali dans le cadre de l’ONU meurent d’empoisonnement (CD du 12.06.14). Le 18 juillet, deux autres soldats cambodgiens sont blessés toujours au Mali dans l’explosion de leur véhicule. Plus de 1 600 soldats cambodgiens ont été engagés dans différentes opérations de l’ONU (CD du 17.07.14).

* Le 14 juillet, un hélicoptère militaire Z-9 faisant partie du lot de 12 appareils achetés à la Chine pour 200 millions de dollars l’an dernier s’écrase dans une mare près de Phnom Penh lors d’un exercice. On déplore la mort de 4 officiers supérieurs. Le frère cadet du pilote a sauté en vol, et n’est que blessé (CD du 15.07.14).

Santé

* Le docteur Ke Sungaunat obtient le prix de Genève pour les Droits de l’homme en Psychiatrie pour son travail de soins aux malades mentaux victimes des Khmers rouges (CD du18.06.14).

* 221 430 personnes sont atteintes du diabète, dont 5 540 meurent chaque année. On estime à 140 000 les cas non diagnostiqués. C’est la rançon de l’urbanisation et du changement de vie qui devient plus sédentaire (CD du 21.06.14).

* Le 2 juillet, la police arrête une femme accusée d’organiser le trafic de reins, achetés aux Cambodgiens pauvres et revendus en Thaïlande. Elle les achetait 5 000 dollars et les revendait 13 000 (CD du 02.0714).

Droits de l'homme

* Le 26 juin, le Cambodge rejette quatre recommandations pour l’amélioration des droits de l’homme au Cambodge, et ne s’engage pas à en appliquer 38 autres, lors du second examen de l’ONU concernant les droits de l'homme à Genève (CD du 27.06.14).

Divers

Dernier hommage au roi Sihanouk

Du 10 au 12 juillet un dernier hommage a été rendu aux cendres du Roi Sihanouk. Le 10 juillet, 3 600 moines étaient invités à recevoir des aumônes dans l’ensemble du pays, et environ 1 000 étaient réunis devant le palais de Phnom Penh. Les responsables de l’Opposition étaient également présents à la cérémonie. Le 11 juillet, un long cortège formé surtout de fonctionnaires accompagne les cendres du roi à travers les grands axes de la capitale. Le samedi 12 juillet au matin, après les 101 coups de canons rituels, les cendres du roi sont déposées, selon ses dernières volontés, auprès de sa fille Kanthéa Bopha, dans un stupa à l’intérieur de l’enceinte du Palais royal (CD du 12.07.14).

* En dépit des gigantesques travaux de drainage menés par la JICA (Agence de Coopération Internationale Japonaise), pour un coût de 350 millions de dollars, les grandes artères de Phnom Penh continuent à être inondées par temps d’orage : la municipalité accuse les habitants de laisser leurs ordures obstruer les canaux, ou de fermer les bouches d’évacuation des eaux pour éviter les mauvaises odeurs (CD du 23.7.14).

* Du 10 au 13 juin, la municipalité de Phnom Penh décide de nettoyer la capitale des enfants des rues, des vagabonds sans domicile fixe, des mendiants, des vendeurs de colliers de jasmin à la sauvette, des prostitués(-ées), etc. Après quelques jours, la municipalité accepte de travailler avec des associations spécialisées pour trouver des solutions durables, notamment dans l’accueil d’enfants des rues : Friends International et Pour un Sourire d’Enfants (CD du 12.06.14).

* Le 7 juillet plus de 100 des 1 225 employés de l’entreprise de ramassage des ordures Cintri se mettent en grève pour la seconde fois. Ils demandent la démission du chef de dépôt et le retrait de la police militaire qui est stationnée devant leur dépôt depuis la grève de février, et divers avantages qui s’élèvent à 35 dollars par mois. La municipalité réquisitionne ses gardes de sécurité, pour nettoyer les ordures avant la cérémonie en l’honneur du roi Sihanouk du 11 juillet. 80 % des chauffeurs de Cintri sont d’ailleurs retournés au travail après obtention de leurs deux principales réclamations, ainsi que 5 à 10 dollars d’augmentation à partir du mois d’août selon la catégorie de travailleurs. La municipalité forme 30 de ses gardes à la conduite des camions-bennes pour faire face en cas de nouvelle grève (CD du 10. 07.14).