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Asie du Sud-Est - Cambodge

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POUR APPROFONDIR - Lettre pastorale de l'évêque de Phnom Penh : « Et le Verbe s’est fait chair ‘ici’ »

POUR APPROFONDIR - Lettre pastorale de l'évêque de Phnom Penh : « Et le Verbe s’est fait chair ‘ici’ »

16/01/2014

C’est dans un contexte social difficile que cette Lettre pastorale du vicaire apostolique de Phnom Penh, Mgr Schmitthaeusler, a été diffusée parmi les catholiques du Cambodge. En ce début d’année 2014, le pays a les yeux fixés sur le conflit ouvrier, réprimé dans le sang, mais aussi sur les difficultés économiques, politiques et sociales qui persistent à l’aube de cette nouvelle année.

« Le slogan de l’opposition au Cambodge est ‘de faire advenir le changement' ; ce que je veux faire passer comme message au nom de l’Eglise, c’est que ce changement doit se faire d’abord en chacun de nous », explique à Eglises d’Asie le responsable de l’Eglise catholique au Cambodge. « C’est un changement personnel qui consiste à s’engager soi-même sur un chemin de justice et de paix ; nous sommes une petite communauté, quelques gouttes d’eau dans la mer, mais chacun, avec ses propres convictions et à la lumière de l’Evangile, doit faire le choix de la fraternité et de la paix ».

Cette Lettre a été publiée dans le cadre de l'ouverture de l'Année de la Charité dans le vicariat de Phnom Penh et de la bénédiction du nouveau centre pastoral diocésain.

 

Notre pèlerinage en Terre Sainte en août dernier, nous avait conduit au lieu même où la Vierge Marie a reçu l’annonce de l’Ange Gabriel. En lisant sur le mur de la maison de Marie « le Verbe s’est fait chair ‘ici’ », il y a eu beaucoup d’émotion dans notre groupe. Et beaucoup de joie lorsque quelques heures plus tard, nous avons célébré l’Eucharistie dans la basilique de la Nativité à Bethleem.
Aujourd’hui le Verbe se fait Chair, ici, dans notre cœur au Cambodge.

En ces jours d’Avent, nous nous sommes associés profondément au mystère de l’Incarnation. Avec Marie, nous avons préparé nos cœurs pour accueillir Dieu lui même. Noël, Dieu-Homme, vient habiter le secret de notre cœur en Jésus. Grande Joie. Grande Paix.

Action de grâce

Cette année de la Foi que nous avons achevée avec l’ordination de nos frères diacres au service de l’Eglise et du Monde, nous invite à rendre grâce pour toutes les merveilles dont le Seigneur a comblé notre cœur.

- Synode sur la Nouvelle Evangélisation,
- Réflexion sur l’Eglise,
- notre nouveau Pape François,
- les reliques de Sainte Thérèse,
- les 200 baptêmes, les 400 confirmations,
- le synode des jeunes – nos ‘mini JMJ’,
- le pèlerinage en Terre Sainte, à Taom,
- les camps scouts et le camp des vocations,
- les nuits de prières,

Et surtout la joie de servir de chacun, les multiples rencontres, ce que chacun a vécu dans sa paroisse, dans sa communauté, toutes nos expériences de Dieu. Avec Marie, méditons dans notre coeur tous ces cadeaux que Dieu nous a faits pendant une année.

L’ordination diaconale nous a rappelé que l’Incarnation de Dieu était vie donnée pour les autres, entièrement. Le service de l’autre en est le plus grand signe.

2014-2016 - ANNEES DE LA CHARITE : « Qui est mon prochain ? »

Cette question posée à Jésus devient la question que nous devons poser à Jésus. Les trois années à venir vont nous aider à y répondre simplement et en vérité, et nous permettront de poursuivre notre réflexion sur l’Eglise que nous voulons construire. Je formule d’ores et déjà quelques souhaits qui pourront nous guider dans ces années à venir :

Que notre Eglise soit Communion
« Pour qu’ils soient un comme nous sommes un… » (Jn 17,22)
Il y a deux mille ans, Jésus a annoncé le Royaume de Dieu. Nous sommes héritiers de ce Royaume qui appelle l’humanité à se réconcilier, à vivre ensemble dans la fraternité et la paix.
Notre Eglise au Cambodge est riche de diversités culturelles et sociales. Plus que jamais, nous sommes appelés à vivre en frères et sœurs, à accueillir nos différences, à vivre dans notre chair l’expérience de l’Eglise Corps du Christ, Communion avec Dieu et en Dieu, où chacun a sa place et chacun regarde l’autre comme un frère et une soeur à aimer en vérité et en acte.
L’Eglise n’est pas communautariste, l'Eglise est communion.
Ces années de la Charité devront nous aider à poser des signes concrets de communion dans chacune de nos communautés.

Que notre Eglise s’incarne
« Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde ». (Jn 17,18)
Jésus a passé trente années à Nazareth… La Bonne Nouvelle de Jésus a été annoncée pour la première fois en 1555 au Cambodge… Une longue histoire… Un long temps de maturation, marqué par les vicissitudes de l’histoire.
Notre incarnation n’est pas terminée. Notre société change, les moeurs se modifient, le modèle familial qu’on connu les générations avant Pol Pot est bouleversé. Le XXIe siècle est présent dans tous les secteurs sociaux et économiques. Le monde ouvrier émerge à grands pas, les riches s’enrichissent, les pauvres stagnent, une classe moyenne se développe rapidement. Le message de libération de Jésus doit s’incarner dans cette société.
Il est du devoir de chacun de se laisser interpeller pour que notre foi imprègne notre vie et nos décisions quotidiennes.

Il est en de même pour les agents pastoraux qui désirent travailler au Cambodge. Personne ne peut faire l’impasse sur l’étude de la langue et de la compréhension du Cambodge à travers sa culture, son histoire, ses hommes et ses femmes.
Le Cambodge qui entre à une vitesse vertigineuse dans ce monde globalisé, reste encore un pays profondément rural, imprégné de traditions et de rites qui font le cœur de chaque Cambodgien, même une fois installé en ville et connecté à tous les réseaux sociaux.
Comprendre le cœur, changer notre regard, rentrer dans le secret d'un peuple prend du temps.... Je demande à chaque congrégation religieuse, chaque institut de vie consacrée d’inscrire des années d’apprentissage de la langue comme obligatoires pour travailler ici.

L'ASEAN 2015 approche. Comme la société toute entière, l'Eglise doit se tenir prête à entrer dans cette nouvelle ère pluraliste qui petit à petit va émerger. Ouvrons notre cœur pour l’accueillir tous azimuts, mais pas au mépris de la culture et de l'âme khmères.

L'Eglise vit au rythme de l'Eglise universelle et de l'Eglise locale. Nous devons nous tenir éveillés plus que jamais pour que l'articulation entre chacune des composantes de notre Eglise se fasse dans l'harmonie et le respect, et qu'une véritable Eglise incarnée, signe de communion, s'enracine au plus profond de « notre terre et de nos eaux ».

Que notre Eglise s’engage
« Moi, Le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice. Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison » (Isaïe 42,7).
Une nouvelle société est entrain de naître sous nos yeux depuis quelques mois. De grands changements plus au moins rapides se profilent. Quelle forme prendront-ils ?
Notre Église est modeste. Notre voix est discrète.
La constitution respecte la liberté religieuse, aussi au nom de notre foi, nous devons plus que jamais nous tourner résolument vers les petits que notre société écrase si facilement à coup de bulldozer et d'expulsions.
Dieu est du côté de la veuve, de l'orphelin et de l'étranger. Chacun doit prendre ses responsabilités en tant que baptisé pour dénoncer courageusement toutes les situations d’injustice et de corruption qui sont toujours au profit des forts et au détriments des faibles.

J'appelle à une véritable conversion des cœurs de chacun d'entre nous. Une société nouvelle où justice et égalité seront respectées, émergera si chacun se prend en main pour le bien commun. Notre responsabilité de chrétien est engagée. Avec nos petits moyens mais avec le cœur neuf, chacun de nous peut être acteur de ce changement.

Ces trois années de prière et de réflexion autour de la charité doivent être aussi un temps d'action pour que notre foi agisse par la charité dans tous les secteurs de notre société et à tous les niveaux où chacun est présent individuellement ou en tant qu'institution. Chacun a ses convictions politiques personnelles mais nos choix et nos décisions doivent se faire à la lumière de l'Evangile.

Jésus s'est battu pour que la vie gagne. Au nom de l'amour et de la miséricorde de Dieu pour chaque homme, au nom de la fraternité que nous voulons construire à travers le monde car nous avons un seul et même Père, j'appelle plus que jamais notre Eglise a faire le choix de la vie et de la paix.

Que notre Eglise proclame la Bonne Nouvelle et prie
« Afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète»… (Jn 17,13)
Cette Joie parfaite que Jésus a déposée en nous, nous ne pouvons pas la garder pour nous mêmes. Durant la nuit de Noël, certaines communautés à travers le Vicariat ont rassemblé des centaines voire des milliers de personnes pour partager cette immense Joie : un Sauveur nous est né et vient éclairer les ténèbres de nos vies !

Cette espérance, nous devons la partager tout au long de l’année avec le sommet à Pâques où Jésus vainc la mort pour toujours.

Ouvrons grand les portes de nos cœurs pendant ces années de la Charité pour que la Bonne Nouvelle soit entendue partout, dans les campagnes, dans nos villes où notre présence reste encore très modeste. L’amour de Jésus est contagieux. Que cette contagion enflamme nos communautés pour être signes enthousiastes et joyeux de la vie que nous avons reçue en abondance.

Tant de cœurs ont soifs. Tant de cœurs pleurent. Sortons, crions de joie. Invitons. Partageons. Accueillons avec chaleur. C’est l’Eglise que Jésus appelle de tout son cœur et de toute sa miséricorde.

Mais pour cela, restons avec Jésus, notre Maître. Dans un cœur à cœur permanent. Le Magnificat de Marie est l’expression de sa relation intime et constante avec Dieu. Que ces trois années soient vraiment l’occasion de vivre dans « l’atmosphère » de Dieu, que la prière soit la respiration de notre vie : avec Lui, pour Lui, en Lui toujours et chaque jour.


Clins d’œil : l’Eglise de Dieu, au service des petits

Je voudrais simplement partager avec vous quelques cadeaux reçus durant ce mois de décembre.
Avec les sœurs Missionnaires de la Charité, des centaines de familles pauvres se sont rassemblées dans la fraicheur de ce temps de Noël pour se laisser réchauffer le cœur par la présentation de la Nativité par les enfants et le partage de cadeaux. Oui, comme il est bon de savoir que l’on a des frères et des soeurs à aimer et qui nous aiment.

Avec nos frères handicapés du Village de la Paix au bord de la mer, 50 enfants handicapés très lourds avec leur parents ont découvert la mer. Une expérience d’humanité et de fraternité pour tous, les enfants et les accompagnateurs. Une rencontre au cœur de la dignité et de la valeur inestimable de la vie.

Avec nos petits sourds-muets à l’évêché, et ce commentaire de leur « grand frère » qui s’occupe d’eux avec dévouement ; ils ne peuvent pas parler mais leur cœur explose de merci et de joie.

Avec les enfants malades à l'hôpital de Takeo et les deux petits bouts de vie de quelques centaines de grammes dans la nouvelle couveuse de l’hôpital Bambino Gesu… la vie est le plus beau don que nous ayons reçu…

Avec les prisonniers de Sihanoukville et de Takeo, et nos frères bouddhistes, musulmans et protestants. Un grand signe de fraternité et de paix avec un message d’Esperance partagée par les différentes religions : chacun a la possibilité de devenir un homme nouveau. Chacun, quoiqu’il ait fait, est un frère à aimer.

Chacun a reçu durant cette année d'innombrables cadeaux qui donnent à la vie toute sa profondeur et son épaisseur car signes de l'amour et de la tendresse de Dieu. Personnellement et communautairement, soyons debout sur les fronts de la Charité car l'Amour du Christ nous presse.

Qui est mon prochain ?

Frères et Sœurs, ces années de la Charité sont un appel pressant. Avec Notre Dame du Mékong, continuons de tout notre coeur à aimer, à pardonner et à servir pour que chacun puisse grandir en humanité et poser sa petite pierre dans la construction d’un monde nouveau de Justice et de Vérité.

PAIX AU CAMBODGE.
PAIX SUR LA TERRE.
Que Dieu vous bénisse et vous garde

Epiphanie 2014

Olivier Schmitthaeusler
Vicaire Apostolique de Phnom Penh