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Asie du Sud-Est - Cambodge

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Les Khmers rouges veulent garder le contrôle de "leurs" réfugiés [ Bulletin EDA n° 120 ]

01/11/1991

Les dirigeants khmers rouges se préparent à rapatrier, sans l'accord de l'ONU, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés vivant dans les camps qu'ils contrôlent à la frontière thaïlandaise, vers les territoires sous leur influence à l'intérieur du pays. Cette initiative des Khmers rouges est en violation directe des accords de paix signés à Paris à la fin du mois d'octobre 1991 par toutes les factions cambodgiennes. Elle indique sans doute la volonté des Khmers rouges d'installer autant de réfugiés que possible dans les parties du pays qu'ils contrôlent pour obtenir un nombre suffisant de voix aux élections qui seront éventuellement organisées dans l'avenir.

Selon certains observateurs, ce pourrait être le début d'une confrontation majeure entre les Khmers rouges et les Nations Unies. Celles-ci commencent seulement à organiser le rapatriement des 330 000 réfugiés civils de la frontière (1). Le seul processus d'enregistrement des souhaits de chacun des réfugiés ne sera pas terminé avant le début de l'année 1992, et l'on semble s'acheminer vers une opération de rapatriement qui commencerait effectivement en mars.

L'exemple le plus flagrant de la volonté d'ingérence des Khmers rouges est celui du camp de réfugiés du site 8: les "polpotistes" y ont en effet arrêté les 20 dirigeants civils du camp parce qu'ils s'étaient prononcés en faveur du plan des Nations Unies permettant à chacun des réfugiés de choisir la zone du Cambodge où il aimerait s'installer. Tous les efforts de la Croix-Rouge pour rendre visite aux dirigeants détenus ont été vains. De nouveaux leaders ont été nommés et des soldats khmers rouges viennent, la nuit, conseiller aux civils de se préparer à s'installer dans les zones qu'ils contrôlent à l'intérieur du pays. Plus d'un millier de civils du site 8 ont demandé la protection de la Croix-Rouge et des Nations Unies pour ne pas être rapatriés de force. Par ailleurs, une enquête conduite dans le camp du site K, contrôlé par les Khmers rouges, a révélé que 25% seulement des pensionnaires du camp avaient connaissance du plan de rapatriement des Nations Unies. Selon certaines sources, la population de ce camp a diminué de 30% depuis le mois de mai 1991.

Les Nations Unies ont condamné fermement l'initiative des "polpotistes" et demandé au gouvernement thaïlandais de faire intervenir l'armée pour empêcher tout rapatriement forcé qui se déroulerait hors du contrôle international. Mais les militaires thaïlandais ne semblent pas se préoccuper outre mesure de la question. Certains officiers sont même soupçonnés de connivence avec les Khmers rouges.

Selon certaines sources, les factions du prince Sihanouk et de M. Son Sann se préoccupent tout autant que les Khmers rouges, et pour les mêmes raisons, de peupler les territoires de l'intérieur qu'ils contrôlent. C'est ainsi que, selon certaines estimations, 8 à 10% des réfugiés de la frontière seraient déjà rentrés dans le pays en dehors de tout contrôle international.

Notes

(1) EDA 116<br />