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Asie du Sud-Est - Birmanie / Myanmar

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Le cardinal Bo dénonce la brutalité de l’armée birmane au Kachin

Le cardinal Bo dénonce la brutalité de l’armée birmane au Kachin

06/09/2018

Lors du Forum pour la paix qui a débuté à Séoul, le 1er septembre, dans l’Université catholique de Corée, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, s’est adressé aux experts rassemblés dans la péninsule coréenne pour évoquer de nombreuses situations de crise dans son pays. Tout en évoquant la détresse des Rohingyas, il a également dénoncé les conflits ethniques qui se poursuivent dans le nord de la Birmanie et les nombreux autres sujets de conflits violents comme la liberté religieuse ou la traite des personnes. Pour le cardinal, malgré les réformes de ces huit dernières années et une fragile transition démocratique, l’influence de l’armée est toujours là. Le cardinal Bo soutient, en péninsule coréenne comme en Birmanie, une paix durable et véritable.

L’armée birmane continue de persécuter l’ethnie Kachin, majoritairement chrétienne et en proie aux conflits qui se poursuivent dans cette région du pays, ainsi que les Rohingyas musulmans, affirme le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun. En prenant la parole au Forum pour la paix qui s’est tenu en Corée du Sud, le cardinal Bo a évoqué la souffrance qu’ont subie les Rohingyas et qui a retenu l’attention du monde entier. Il a décrit leur détresse comme « une blessure terrible pour la conscience de mon pays ». Cependant, a-t-il ajouté, d’autres groupes visés sont oubliés, alors que les conflits ethniques font rage dans le nord de la Birmanie, où des milliers de membres des minorités ont été blessés, tués ou déplacés. « Des villages ont été bombardés ou incendiés, des femmes violées, des églises détruites, des villageois transformés en démineurs et boucliers humains », a déclaré le cardinal Bo le 1er septembre, devant les experts réunis lors du Forum pour la paix 2018, organisé dans l’Université catholique de Corée.
Dans son discours, le cardinal Bo a évoqué les frappes aériennes de février dans l’État Kachin ainsi qu’une attaque militaire importante en avril, qui ont entraîné la fuite de plus de 7 000 personnes. Il a ajouté que plusieurs « guerres » se poursuivaient en Birmanie contre les minorités qui demandent la liberté religieuse, menées par des forces qui prêchent la haine et l’intolérance religieuse. Le cardinal a également déploré une série de conflits violents liés à des litiges fonciers ou à d’autres problématiques comme la traite des personnes, la dégradation de l’environnement, la toxicomanie chez les jeunes, la pauvreté ou encore le manque de protection des droits fondamentaux. « Ces ‘guerres’ se poursuivent malgré les réformes de ces huit dernières années, et malgré la transition d’une dictature militaire à une démocratie fragile », regrette le cardinal de 69 ans.

L’armée toujours au pouvoir

Les combats ont éclaté à de nombreuses reprises dans l’État Kachin majoritairement chrétien, depuis l’indépendance du pays en 1948. La situation a empiré en 2011 quand près de 100 000 personnes ont dû fuir les combats. La majorité des 1,7 million d’habitants de l’État Kachin sont chrétiens, dont 116 000 catholiques. Le cardinal Bo affirme que l’armée est toujours au pouvoir dans le pays, en particulier concernant trois ministères sur lesquels le gouvernement civil n’a que peu voire aucun contrôle. Cette situation, ajoutée au nationalisme et au militantisme bouddhiste, forme un cocktail de haine et de répression qui refuse aux minorités ethniques et religieuses la « paix et la dignité humaine » qu’elles méritent, dénonce le cardinal. L’archevêque est connu pour sa campagne acharnée pour la réconciliation de la Birmanie, où les négociations de paix entre l’armée et les rebelles indépendantistes se poursuivent et où la crise des réfugiés Rohingyas n’est toujours pas résolue.
Le cardinal Bo a défendu la conseillère d’État Aung San Suu Kyi dans ses efforts pour instaurer la démocratie aux côtés des militaires, malgré les appels qui demandent que le prix Nobel lui soit retiré à cause de son silence sur les Rohingyas. La Birmanie fait face aux vives critiques de la communauté internationale suite au rapport des Nations Unies qui dénonce les graves violations des Droits de l’Homme par l’armée dans l’État de Rakhine.

Dans l’espoir d’une paix durable

Le cardinal Bo a également soutenu l’instauration d’une paix durable dans la péninsule coréenne, suite aux réunions au sommet entre les dirigeants des deux Corées et des États-Unis, sans oublier le président chinois, allié principal de Pyongyang. L’archevêque a ajouté que le rêve d’une dénucléarisation devenait possible dans la péninsule et il a soutenu la poursuite du dialogue. Toutefois, a-t-il rappelé, une paix véritable ne peut être réalisée si les Droits de l’Homme et les libertés fondamentales des Nord-Coréens continuent d’être piétinés. Les Nations Unies ont décrit les politiques répressives de Kim Jung-un comme des crimes contre l’humanité. En Corée du Nord, plus de 100 000 personnes sont emprisonnées dans des camps et sont sujettes à la torture et aux travaux forcés, dans un environnement totalement privé de liberté religieuse.
« La paix naît du concept de dignité humaine », a repris le cardinal. « Chaque être humain, y compris ceux qui nous haïssent, est fait à l’image de Dieu. La haine se transmet par des récits de haine. Mais nous pouvons aussi apprendre à chaque âme humaine à aimer. » L’archevêque de Rangoun a affirmé que même si les situations respectives de la Birmanie et de la Corée ne sont pas exactement similaires, l’objectif principal est le même. Le but des deux régions est « d’instaurer une paix durable, véritable », a-t-il souligné, ajoutant que « la dignité humaine doit être défendue et l’injustice et l’impunité dénoncées ».

(Avec Ucanews, Mandalay)

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