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Asie du Sud-Est - Birmanie / Myanmar

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Les évêques du nord du pays soutiennent la politique de résolution des conflits d’Aung San Suu Kyi

Les évêques du nord du pays soutiennent la politique de résolution des conflits d’Aung San Suu Kyi

03/02/2017

Le mois dernier, quatre évêques catholiques birmans, dont trois représentent les diocèses les plus septentrionaux du pays, se sont entretenus avec la conseillère d’Etat au sujet des conflits ethniques dans leurs régions. Malgré l’intensification des affrontements depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi il y a dix mois, les prélats ...

... défendent sa politique. Ils lui ont renouvelé leur confiance.

Quarante-cinq minutes durant, ils ont échangé avec Aung San Suu Kyi. Le 15 janvier dernier, Mgr Francis Daw Tang, évêque de Myitkyina, Mgr Philip Lasap Za Hawng, de Lashio, Mgr Paul Zinghtung Grawng, de Mandalay, et Mgr Raymond Sumlut Gam, de Banmaw, ont été reçus, à leur demande, par la conseillère d’Etat à sa résidence de Naypyidaw, la capitale politique de la Birmanie. « Nous l’avons informée de la situation dans l’Etat kachin depuis la reprise d’intenses combats en novembre dernier, confie à Eglises d’Asie l’évêque de Banmaw. Il y a eu des bombardements et des tirs d’artillerie lourde. Et les civils fuient. » Le 20 novembre dernier, quatre groupes rebelles du nord du pays, dont l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA), ont lancé une offensive conjointe contre des positions de l’armée et de la police birmane. Les militaires ont riposté. Ces violents affrontements ont obligé des milliers de civils à fuir. Certains ont cherché à se réfugier en Chine mais ils n’ont pas pu traverser la frontière.

Négocier un accord de cessez-le-feu national

« Elle a demandé à ce que nous créions un espace pour négocier la paix et à ce que nous priions pour le processus de paix », rapporte encore Mgr Raymond Sumlut Gam. Aux affaires depuis le 1er avril 2016, Aung San Suu Kyi a promis de faire de la résolution des conflits ethniques sa première priorité. Mais le précédent gouvernement des anciens militaires lui a légué un dossier fort épineux. En octobre 2015, il a signé un accord de cessez-le-feu dit national, mais en réalité partiel, avec huit groupes ethniques. D’autres ont été exclus du processus ou n’ont pas souhaité s’y joindre. Depuis, les insurrections de Birmanie ne font plus bloc face à l’armée birmane. Certaines s’affrontent entre elles, particulièrement dans l’Etat shan. Habituellement silencieuse sur sa stratégie quand elle parle à la presse, Aung San Suu Kyi a été davantage expressive face aux responsables de l’Eglise catholique le 15 janvier dernier. « Elle souhaite que tous les groupes ethniques rejoignent le processus de négociations, explique Mgr Raymond Sumlut Gam. Elle nous a dit qu’ils devaient signer l’accord de cessez-le-feu national. Elle a ajouté que, s’ils ne le faisaient pas, le gouvernement ne pourrait rien faire. »

La signature de l’accord de cessez-le-feu national est une pierre d’achoppement importante entre les groupes ethniques rebelles d’un côté, et le gouvernement d’Aung San Suu Kyi de l’autre. Dans une interview donnée mi-janvier au site Internet The Irrawaddy, le général Gun Maw, un des dirigeants de l’insurrection kachin, semblait fermer la porte aux futurs pourparlers : « Il nous [est] impossible de participer aux discussions de paix parce que le commandant en chef lui-même parle de nous comme de terroristes. » Cependant, il n’excluait pas, sur le principe, de signer l’accord de cessez-le-feu. Il y mettait toutefois une condition : « Nous demandons à ce que le gouvernement décrète un cessez-le-feu unilatéral dans les 24 heures après la signature de l’accord par tous les membres. »

« Nous ne sommes pas dans une véritable démocratie »

Ce mois-ci, Aung San Suu Kyi doit relancer le processus de paix et organiser la seconde session de la « Conférence sur la paix du XXIe siècle », baptisée « Conférence de Panglong ». La première s’était tenue en août dernier. Vingt-quatre heures seulement après son ouverture, un groupe ethnique armé avait déjà claqué la porte. Le général Gun Maw avait critiqué ce sommet, le qualifiant après coup de « grande réunion pour simplement échanger des idées ». Malgré ces reproches, un responsable de l’Eglise catholique qui ne souhaite pas être cité ici assure que l’insurrection kachin a déjà prévu de participer à cette seconde session de la Conférence de Panglong. La KIA y enverrait plusieurs dizaines de délégués. Des membres de l’Eglise conseillent d’ailleurs les dirigeants de la rébellion sur le choix de ces représentants.

Les évêques du nord de la Birmanie soutiennent en outre la stratégie d’Aung San Suu Kyi pour apporter la paix. « Je lui fais confiance, assure Mgr Paul Zinghtung Grawng, l’archevêque de Mandalay interrogé par Eglises d’Asie. Elle a toute la volonté nécessaire. Mais elle a un problème. Nous ne sommes pas dans une véritable démocratie et elle n’est pas seule. » En d’autres termes, elle doit composer avec l’armée qui n’a pas forcément les mêmes objectifs. « A cause de la Constitution de 2008 et du rôle dominant de l’armée, elle ne peut pas faire grand-chose pour le moment », renchérit Mgr Francis Daw Tang, l’évêque de Myitkyina.

Confiance des évêques catholiques

Les Nations Unies ont accusé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi d’avoir bloqué l’aide humanitaire dans l’Etat de l’Arakan où 65 000 Rohingyas ont fui les opérations militaires depuis octobre. En visite en Birmanie le mois dernier, l’envoyée spéciale des Nations Unies pour les droits de l’homme, Yanghee Lee, a regretté que le gouvernement lui interdise l’accès à Laiza, le siège de la KIA, et Hpakant, la ville minière de l’Etat kachin. Malgré ces restrictions, les évêques du nord défendent les choix d’Aung San Suu Kyi. « Nous pouvons nous déplacer ici et là dans l’Etat kachin, reprend Mgr Raymond Sumlut Gam. Il n’y a que les militaires qui sont présents aux points de passage et qui bloquent l’accès de l’aide humanitaire aux zones non gouvernementales. Les représentants du gouvernement, qui sont dans les villes, ne nous arrêtent pas. »

La conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi n’a pas commenté publiquement l’offensive de novembre ni ses dramatiques conséquences pour les populations shan et kachin. Elle n’a pas réagi à l’enlèvement de deux pasteurs baptistes de Mong Ko, dans le nord de l’Etat shan. Ils ont disparu pendant plusieurs jours avant que l’armée reconnaisse les avoir arrêtés. Ce silence de la conseillère d’Etat ne choque pas les évêques du nord. « Elle doit avoir ses propres raisons, conjecture Mgr Raymond Sumlut Gam. Elle dit souvent qu’elle ne souhaite pas commenter des sujets qu’elle ne connaît pas en détails. Elle est prudente lorsqu’elle s’exprime. » Représentant de l’Eglise baptiste dans l’Etat kachin, le Rév. Hkalam Samson est davantage critique que les prélats catholiques. Il reproche à Aung San Suu Kyi de n’avoir jamais rendu visite aux déplacés de l’Etat kachin depuis la reprise du conflit entre la KIA et l’armée birmane en 2011.

(eda/rf)