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Asie du Sud-Est - Birmanie / Myanmar

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Dans le recensement en cours de réalisation, les Rohingyas ne figurent pas parmi les groupes ethniques officiellement reconnus

Dans le recensement en cours de réalisation, les Rohingyas ne figurent pas parmi les groupes ethniques officiellement reconnus

14/03/2014

Démentant des rumeurs ayant cours sur Internet selon lesquelles les Rohingyas auraient la possibilité de cocher une case « Rohingya » afin de renseigner leur appartenance ethnique lors du recensement de la population du pays, le directeur général du Bureau de la population au sein du ministère ...

... de l’Immigration et de la Population a officiellement annoncé, le 13 mars dernier, que cette information était fausse.

Myint Kyaing a rappelé que la liste établie par le gouvernement des 135 ethnies présentes dans le pays ne comprenait pas les Rohingyas (1) mais que ces derniers auront néanmoins la possibilité de s’identifier lors des opérations de recensement. « Nous n’avons pas d’identifiant [sur les formulaires de recensement] pour l’ethnie Rohingya dans notre pays », a déclaré le haut fonctionnaire. Mais, sous le « code 914 », une case « Autre » à la rubrique de l’appartenance ethnique figure dans les formulaires du recensement ; elle est suivie d’un espace laissé en blanc que chacun peut remplir pour indiquer le nom du groupe ethnique sous lequel il ou elle souhaite être recensé, a-t-il précisé.

Le comptage de la population de l’Union du Myanmar est une opération sensible. Le dernier recensement en date remonte à 1983, à une époque où les militaires étaient au pouvoir, et ses résultats sont soupçonnés d’avoir été partiellement « retouchés » par les dirigeants de l’époque. Plus de trente ans plus tard, la nécessité de disposer de données fiables sur la population du pays est grande et le gouvernement actuellement en place, qui mène depuis deux ans d’importantes réformes, agit sous le regard de la communauté internationale.

Les opérations de recensement ont déjà commencé dans quelques régions reculées et difficiles d’accès (comme le nord du pays Kachin, dans la région de Putao où les enquêteurs doivent passer dans les foyers avant le début de la fonte des neiges qui rendra les chemins quasi impraticables), mais il est prévu que le principal du recensement soit mené entre le 30 mars et le 10 avril prochains. Quelque 100 000 agents recenseurs – choisis parmi les professeurs des écoles – parcourront alors le pays pour compter chacun de ses habitants et collecter leurs réponses aux 41 questions que compte le formulaire de recensement.

D’un coût de 75 millions de dollars US, en partie financé et supervisé par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le recensement reste toutefois fermement entre les mains du gouvernement. Telle est du moins la volonté affichée des autorités gouvernementales. Myint Kyaing a précisé le 13 mars à Radio Free Asia (émissions en birman) que « le FNUAP n’apportait qu’une aide technique », ajoutant que « [le gouvernement] ne laisserait pas le FNUAP s’immiscer dans la politique derrière le recensement. »

« Si les gens veulent modifier le groupe ethnique sous lequel ils sont enregistrés ou s’ils sont mis dans un groupe ethnique qui ne leur convient pas, nous organiserons une conférence avec des historiens et des universitaires pour apporter les corrections nécessaires, mais cela ne pourra se faire qu’après le recensement », a déclaré le haut fonctionnaire, faisant sans doute allusion à la revendication avancée par les représentants de la communauté rohingya selon laquelle un minimum de 800 000 Rohingyas devraient se voir reconnu la citoyenneté du Myanmar.

Les Rohingyas, dont le nombre exact dans l’Etat Rakhine est inconnu mais qui seraient autour des deux millions de personnes, sont en effet considérés comme des étrangers en Birmanie depuis la loi de 1982 sur la citoyenneté. Objets de discriminations extrêmement brutales, ils passent pour être des « Bengalis », terme péjoratif de la part de ceux qui l’emploient en Birmanie et qui les renvoient au statut d’immigrant illégal venus du Bangladesh voisin.

La pression des Nations Unies sur Nyapyidaw au sujet du sort réservé aux Rohingyas ne se relâche cependant pas. Lundi 17 mars à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial pour les droits de l’homme au Myanmar, présentera ses recommandations et celles-ci promettent d’être sévères. Son rapport, publié ce 14 mars, sur le site du Conseil des droits de l’homme, stigmatise « l’incapacité du gouvernement à conduire des enquêtes crédibles et indépendantes pour répondre aux accusations de violations systématiques et répétées des droits de l’homme dans l’Etat Rakhine », violations « qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité ».

Le rapporteur, qui achève une mission de six ans et dont le successeur est une Sud-Coréenne spécialiste du droit des enfants, appelle, entre autres choses, à une enquête « crédible » pour faire la lumière sur ce qui s’est passé les 13 et 14 janvier derniers à Du Chee Yar Tan, localité de l’Etat Rakhine proche de la frontière avec le Bangladesh où une quarantaine de Rohingyas ont été tués.

Dans ce contexte tendu, des voix s’élèvent pour appeler à découpler le recensement des inévitables questions ethniques et religieuses qu’il soulève (2). Le mois dernier, l’International Crisis Group a demandé que le recensement soit mené à bien étant donné l’urgence à disposer de données fiables pour réorganiser des secteurs tels que la santé et l’éducation, mais que l’examen de questions « qui s’avèrent être inutilement facteurs de division », telles que celles relatives aux appartenances ethnique et religieuse ou liées à la citoyenneté, soit repoussé « à une période plus appropriée ». A l’évidence, le contexte, à l’approche des élections générales de 2015, ne constitue pas une période appropriée, estime l’organisation internationale basée à Bruxelles.

(eda/ra)

Notes

(1) La liste des 135 groupes ethniques est en soi largement critiquée par les ethnologues ainsi que par nombre d’acteurs de la scène politique en Birmanie. Etablie dans les années 1980 alors que le pays était contrôlé par la junte militaire, elle crée des subdivisions étonnamment diverses : ainsi pour les Chins, groupe ethnique relativement peu nombreux, on ne compte pas moins de 53 catégories, certaines d’entre elles recouvrant seulement un village ou un clan, sans aucune justification ethnolinguistique. Ailleurs, d’autres groupes, pourtant distincts sur un plan ethnique ou linguistique, sont fusionnés sous une seule appartenance. C’est le cas pour les Palaung, les Lahu et les Intha dans l’Etat Shan, qui se trouvent forcés de s’enregistrer sous la seule appartenance Shan.
Une telle catégorisation est d’autant plus critiquée, notamment par différentes organisations politiques représentant les minorités ethniques de Birmanie, qu’elle a des conséquences politiques directes : le découpage électoral et le poids des diverses circonscriptions électorales sont fonction des réalités démographiques telles qu’elles ressortiront du recensement.
Enfin, le recensement ne reconnaît pas aux habitants du pays la possibilité d’indiquer une appartenance ethnique plurielle ou mixte. Le formulaire contraint chacun à ne se déclarer que sous une seule appartenance ethnique.
(2) Outre la question des Rohingyas, le recensement touche à la place et au poids que les minorités ethniques tiennent en Birmanie. Là où des combats ont encore lieu, notamment dans l’Etat Kachin, des doutes existent quant à la fiabilité que les opérations de recensement pourront revêtir. Ailleurs, certaines minorités font valoir la nécessité de prendre en compte tous ceux des leurs qui ont été contraints de quitter leur pays au cours des quinze ou vingt dernières années du fait des combats passés, qui ont aujourd’hui regagné leur région d’origine mais qui ne disposent d’aucun papier d’identité.