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Asie du Sud-Est - Birmanie / Myanmar

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Face aux violences antimusulmanes, l’archevêque de Rangoun appelle à « envoyer un signal fort à ceux qui sèment la dysharmonie »

Face aux violences antimusulmanes, l’archevêque de Rangoun appelle à « envoyer un signal fort à ceux qui sèment la dysharmonie »

07/10/2013

Alors que les violences antimusulmanes en Arakan ont à nouveau pris un tour meurtrier la semaine dernière et que durant le week-end des incidents impliquant des bouddhistes s’en prenant à des musulmans ont éclaté à une centaine de kilomètres de la capitale, des responsables religieux, ...

... dont l’archevêque catholique de Rangoun, ont appelé à l’édification d’une Birmanie bâtie « sur la justice, la paix et la fraternité ».

Mardi 2 octobre dernier, une organisation américaine de dialogue entre les religions et le monde politique, l’Institute of Global Engagement, et la Sitagu World Buddhist Academy, émanation du Vénérable Ashin Nyanissara, moine birman connu pour son engagement social ainsi que pour ses talents de prédicateur, organisait une « Conférence académique sur la sécurité, la paix et la coexistence ». Des représentants des cinq principales religions présentes en Birmanie (bouddhisme, catholicisme, protestantisme, islam et hindouisme) y étaient conviés afin de réfléchir à une meilleure coexistence entre les communautés religieuses dans un pays marqué, ces deux dernières années, par la répétition d’actes de violences antimusulmanes, souvent meurtriers, menés par des bouddhistes.

Invité au titre de l’Eglise catholique, Mgr Charles Bo, archevêque de Rangoun, a affirmé que, dans « le nouveau Myanmar » qui était en train d’être forgé depuis que la junte a cédé le pouvoir, début 2011, à un gouvernement d’ex-généraux ayant quitté l’uniforme militaire, « les discours de haine n’avaient pas de place ». Pour éviter que la Birmanie ne devienne « une nation aux conflits internes chroniques », il est nécessaire que tous les habitants du pays « célèbrent [leur] unité dans la diversité, [celle de] sept grands peuples et [de] 135 ensembles secondaires », a expliqué l’évêque, lui-même d’origine kachin, en référence aux sept groupes ethniques principaux et aux 135 sous-groupes répertoriés par les autorités gouvernementales.

« La rencontre entre les fils et les filles de notre grande nation doit être une rencontre ardente pour la paix et l’harmonie. Il est nécessaire d’envoyer un signal fort à ceux qui sèment la disharmonie. Que notre voix soit forte, articulée et diffusée partout. La paix coule comme un fleuve. Faites en sorte que les grands rêves de la Birmanie de demain soient construits sur la justice, la paix et la fraternité », a conclu Mgr Charles Bo, dans un appel très similaire à celui qu’il avait déjà adressé à ses concitoyens en mai dernier, après qu’une nouvelle flambée de violences antimusulmanes eut éclaté.

Depuis les violences meurtrières qui ont eu lieu en juin 2012 prenant pour cible la minorité musulmane des Rohingyas, peuple de la partie nord de l’Etat de l’Arakan auquel est refusé la citoyenneté birmane, les incidents se sont multipliés. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la communauté musulmane, diverse dans ses appartenances ethniques et son implantation géographique, qui est très régulièrement la cible d’attaques de la part d’extrémistes bouddhistes. Le 5 octobre, cela a été le cas à Kyaunggon, ville du delta de l’Irrawaddy située à 120 kilomètres à l’ouest de Rangoun : une rumeur selon laquelle une bouddhiste âgée de 14 ans aurait été violée par un musulman a entraîné une foule à mettre le feu à plusieurs habitations appartenant à des musulmans.

Quelques jours auparavant, au moment même où Mgr Charles Bo s’exprimait à Rangoun, ce sont d’autres événements qui retenaient l’attention des médias locaux et internationaux. Dans l’Etat de l’Arakan, à Thandwe et ses environs, la tension était vive après une banale altercation entre un commerçant musulman, appartenant à l’ethnie kaman, distincte de celle des Rohingyas, et un chauffeur de rickshaw bouddhiste. Celle-ci avait dégénéré en émeutes sanglantes le 1er octobre alors même que le président Thein Sein menait dans l’Etat Rakhine (Arakan) sa première visite officielle. Quelques heures avant que son hélicoptère atterrisse à Thandwe, des bouddhistes s’en prenaient à des villages peuplés de musulmans et tuaient cinq d’entre eux, dont deux vieillards trop faibles pour prendre la fuite. Une dizaine de musulmans étaient blessés, de nombreuses habitations leur appartenant incendiées et trois mosquées ou lieux de prière musulmans détruits. Selon différents témoignages recueillis par les agences de presse et les sites d’information sur la Birmanie, les habitations qui arboraient un drapeau ou un sigle attestant de la religion bouddhique de leurs occupants avaient été épargnées par les émeutiers, et, comme cela avait déjà été rapporté en d’autres occasions, les forces de police, avant de rétablir un semblant de calme, avaient dans un premier temps, laissé faire les violences.

Rapidement, des interpellations avaient toutefois eu lieu. Quarante-quatre personnes avaient été interrogées par la police. Elles appartenaient notamment au RNDP (Rakhine National Development Party), le parti dominant dans l’Etat de l’Arakan à l’idéologie nettement antimusulmane.

Sur place, le président Thein Sein s’est déclaré nourrir « des soupçons quant aux motivations » de ceux qui avaient transformé une banale altercation en « heurts raciaux et religieux » ; il a aussi estimé que les émeutiers semblaient « extérieurs » aux villages visés. « La participation de tous est nécessaire pour trouver et arrêter ceux qui sont impliqués dans cet incident ainsi que ceux qui, de derrière la scène, incitent au conflit », a-t-il affirmé sans plus de précision.

(eda/ra)