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Asie du Sud-Est - Birmanie / Myanmar

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Conflit dans l’Etat kachin : l’appel à la paix et au fédéralisme de l’évêque de Myitkyina

Conflit dans l’Etat kachin : l’appel à la paix et au fédéralisme de l’évêque de Myitkyina

18/02/2013

Sous pression de la Chine et de la communauté internationale, le gouvernement birman a réengagé les négociations avec la Kachin Independence Organisation (KIO), sans que, pour l’heure, ne se dessine une issue à la guerre qui se déroule depuis maintenant vingt mois dans l’Etat Kachin. C’est dans ce contexte que l’évêque catholique du diocèse de Myitkyina, capitale de l’Etat Kachin, a choisi de s’exprimer pour appeler en des termes très fermes à la paix et à la mise en place d’un véritable fédéralisme en Birmanie.

Publié le 8 février dernier, le communiqué que Mgr Francis Daw Tang, 66 ans, signe au nom du diocèse dont il a la charge s’inscrit à la suite du message publié le 17 janvier dernier par les dirigeants des Eglises chrétiennes, catholique et protestantes, de Birmanie. Le message du 17 janvier, mesuré dans sa formulation, appelait à « la construction de la nation », les différentes composantes de celle-ci étant capables de s’entendre « pour la paix ».

Dans son message du 8 février, Mgr Francis adopte un ton plus ferme, soulignant les dégâts considérables causés à l’Etat Kachin et à sa population par les combats de ces derniers mois. Expliquant que l’Eglise qu’il sert n’est pas un acteur du jeu politique, l’évêque appelle chacun « à revenir à la table des négociations car la paix est possible ». La paix est « la seule issue, sachant que cinq décennies de guerre n’ont rien produit d’autre que de la haine et des souffrances supplémentaires ».

Les négociations ne seront efficaces que si elles ont pour objet les racines du conflit dont « la préférence témoignée à l’égard d’une race, d’une religion et d’une langue, qui a infecté une blessure ouverte au cœur de l’identité culturelle de nombreuses communautés et qui ne pourra être refermée que par la mise en place d’un vrai fédéralisme, une participation effective aux prises de décision et un partage des ressources ».

A propos de l’impact immédiat de ces vingt derniers mois de guerre, Mgr Francis écrit : « En tant qu’Eglise, nous marchons aux côtés des personnes déplacées, nous voyons leurs vies détruites par la guerre, leurs familles mises à mal par une vie de détresse dans les camps pour déplacés. » Il poursuit en expliquant que ses collègues dans l’épiscopat et lui-même « sont profondément inquiets après l’escalade des combats de ces dernières semaines, l’usage d’armes lourdes, le recours à des bombardements aériens, le flou grandissant séparant les zones de conflit des zones civiles, les attaques menées durant les jours de fêtes (chrétiennes), les tactiques de combat qui poussent des milliers de personnes à fuir, exposant femmes et enfants aux maladies et au rigueur de l’hiver ».

Au sujet d’un règlement définitif du conflit, Mgr Francis souhaite que chacun revienne « au consensus élaboré à Panglong de manière à accepter le principe de ‘l’unité dans la diversité’ », référence à l’accord conclu en 1947, quelques mois avant l’indépendance de 1948, par le général Aung San et les dirigeants de plusieurs organisations représentant les minorités ethniques, dont les Kachins (1).

Evêque d’un diocèse catholique situé au cœur d’une région dont la population est en grande partie de confession baptiste et où les catholiques forment une minorité d’environ 5 % de la population, Mgr Francis ne s’était jamais montré aussi clair dans l’exposition des causes du conflit, expliquant que pour les Kachins, en majorité chrétiens, la domination ethnique des Birmans s’accompagne d’une volonté de voir s’étendre la religion bouddhique et d’imposer la langue birmane. Seule une vraie dévolution fédérale du pouvoir politique, poursuit l’évêque, permettra aux Kachins d’organiser leur administration ainsi qu’ils l’entendent, loin des institutions actuellement en place qui n’ont de fédérales que le nom.

Mgr Francis expliquait il y a quelques mois à Eglises d’Asie que la ministre de l’Education dans l’Etat Kachin, qui était une Kachin elle-même, n’avait pas même le pouvoir de nommer un simple instituteur dans une école de la région ; la réalité du pouvoir demeurait entre les mains de Naypyidaw. Quant aux atteintes à la liberté de culte des chrétiens, si Mgr Francis n’y fait pas allusion directement, la Kachin Baptist Convention a récemment publié des chiffres : selon elle, depuis la reprise des hostilités en juin 2011, 66 lieux de culte chrétiens ont été détruits ou incendiés du fait des combats.

La prise de position de Mgr Francis s’inscrit dans un contexte marqué par une intensification des pressions internationales sur Naypyidaw pour que cessent les hostilités dans l’Etat Kachin. Inquiète de voir les combats se rapprocher de Laiza, quartier général de la KIA (Kachin Independence Army), ville située sur sa frontière avec la Birmanie, la Chine a réussi à imposer un couvre-feu temporaire à la KIA et à l’armée gouvernementale. Des pourparlers menés sous son égide ont été tenus à Ruili, en territoire chinois, le 4 février. Ils seront poursuivis le 20 février à Chiang Mai, en Thaïlande. Sous médiation japonaise, ces contacts verront une délégation birmane, menée par le ministre Aung Min, négocier avec l’UNFC (United Nationalities Federal Council), organisme réunissant différentes organisations des minorités ethniques.

Par ailleurs, sur le terrain, les Nations Unies ont obtenu qu’un convoi atteigne Hapkant, localité située près des mines de jade en pays kachin, où quelque 5 000 personnes déplacées étaient sans secours depuis plusieurs mois. Enfin, le 16 février, quittant la Birmanie après une visite de cinq jours, Tomas Ojea Quintana, envoyé de l’ONU pour les droits de l’homme en Birmanie, a dénoncé les violations des droits de l’homme qui continuaient malgré la mise en place d’un régime civil. « Je m’inquiète de la pratique persistante des arrestations arbitraires et de la torture durant les interrogatoires menés par l’armée (birmane) lorsque celle-ci interpelle des Kachins soupçonnés d’appartenir à la KIA », a-t-il notamment déclaré.
 

Notes

(1) L’accord de Panglong renvoie à la base fédérale sur laquelle avait été rédigée la première Constitution du pays. Lors de la seconde guerre mondiale, certaines minorités avaient choisi de s’aligner sur le Japon (Birmans, Arakanais bouddhistes notamment), d’autres restant fidèles aux troupes alliées (Karens, Kachins et populations musulmanes). Le général Aung San, héros de la libération du pays (à la fois des colons britanniques et des envahisseurs japonais) et père d’Aung San Suu Kyi, leader de l’actuelle opposition démocratique, avait donc mené des négociations avec la plupart des chefs de groupes ethniques afin de réunifier cette mosaïque de peuples sous une même fédération. Le 12 février 1947, il signait avec 21 représentants de minorités ethniques (dont les Shans, Chins et Kachins, les Karens ayant refusé de traiter), l’accord de Panglong, au terme duquel la majorité des groupes ethniques acceptait de se réunir en une « Union de Birmanie », sous un régime de type fédéral, avec un gouvernement central mais une forte autonomie pour chacun des sept Etats (des minorités ethniques) et des sept Divisions (à majorité birmane).