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Asie du Nord-Est - Taiwan

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Le XVe Forum asiatique pour la liturgie tente de résoudre les problèmes posés par l’inculturation des rites funéraires catholiques

Le XVe Forum asiatique pour la liturgie tente de résoudre les problèmes posés par l’inculturation des rites funéraires catholiques

21/10/2011

Le congrès qui se déroule actuellement à Taipei, à Taiwan, s’est donné une mission difficile pour sa quinzième édition. Du 17 au 21 octobre, sous le patronage de la Commission liturgique de la Conférence épiscopale régionale de Taiwan, plus d’une soixantaine de spécialistes de la liturgie – évêques, prêtres, religieuses et laïcs – venus de Hongkong, d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines, de Singapour, ...

 

... de Taiwan et de Thaïlande, se penchent sur la question complexe des imbrications entre rites funéraires et inculturation.

Le premier Forum asiatique pour la liturgie a eu lieu en 1996, aux Philippines, un an après le congrès organisé par la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) en avril 1995 sur le thème de la diversité des liturgies asiatiques. Réunis autour de cette question, les représentants du Bangladesh, de l’Inde, de l’Indonésie, du Japon, de la Malaisie, du Pakistan, des Philippines, du Sri Lanka et de la Thaïlande avaient proposé de créer un « Forum asiatique pour la liturgie » qui se réunirait annuellement. Si l’idée était récurrente au sein de la FABC depuis 1988, le congrès de 1995 a pu donner corps à la proposition, même si toutes les Eglises d’Asie n’y ont pas adhéré. Ce fut le cas de l’Inde par exemple, dont la Conférence épiscopale avait préféré développer sa propre réflexion sur l’inculturation ou plutôt « l’indianisation » du catholicisme, dans le domaine liturgique (1). Mgr Mathias, ancien président de la Conférence épiscopale indienne, avait observé à l’époque que l’Eglise en Inde devait « maintenant passer à l’inter-culturation ». Il ajoutait : « Il n’est pas possible de plier ni de supprimer une culture. Les cultures qui sont repliées sur elles-mêmes meurent, tandis que celles qui possèdent des antennes leur permettant de sentir le changement, trouvent en elles une faculté d’ouverture qui leur permet d’accueillir les autres cultures. Ce sont de telles ouvertures que nous devons rechercher dans les cultures hindoue, musulmane, bouddhiste ou aborigène, des ouvertures qui nous permettront d’entrer, puis de nous faire assimiler par ces cultures. C’est à cela que le Saint-Père faisait allusion lorsqu’il parlait d’évangéliser les cultures » (2).

Dans le domaine des rituels funéraires, les questions que pose l’inculturation sont particulièrement complexes. En première ligne des préoccupations récurrentes des chrétiens en Asie, se trouve la question du choix de l’inhumation ou de la crémation.

Les conclusions des congressistes sont particulièrement attendues après le débat qui avait divisé les théologiens lors de la publication le mois dernier des travaux préparatoires au Forum de la commission liturgique de Taiwan. S’appuyant sur les publications de la Conférence épiscopale des Etats-Unis et surtout le Directoire sur la piété populaire et la liturgie, publié par le Vatican en 2001, la commission taïwanaise a réaffirmé que la dispersion des cendres des défunts dans la mer et sur la terre « n’était pas conforme au rite des funérailles catholiques » (3).

La commission rappelait cependant que l’Eglise autorisait la crémation, en particulier lorsque l’inhumation n’était pas possible. Les raisons en sont multiples, allant de l’indisponibilité des terres pouvant servir de cimetières à l’obligation de suivre les rituels d’une religion dominante pratiquant la crémation, des cas de figure très fréquents en Asie (4). Mais, précisaient les liturgistes, si la crémation en elle-même était tolérée par l’Eglise, ce n’était pas le cas de la dispersion des cendres qui allait à l’encontre de la foi chrétienne. Cette pratique, poursuivaient-ils, entrait en conflit avec l’enseignement de l’Eglise sur la résurrection des corps et posait également des problèmes d’hygiène publique en raison du risque de propagation de maladies infectieuses par les restes des corps calcinés.

Le P. Charles Pan, secrétaire exécutif de la Commission liturgique des évêques de Taiwan, avait conclu que la question des rites funéraires ne pouvait être abordée qu’en termes d’inculturation, citant notamment les travaux en cours d’un groupe de chercheurs dont il faisait partie qui prévoyait de publier d’ici la fin de l’année un ouvrage financé par le gouvernement, abordant les rites funéraires à Taiwan selon les différentes coutumes locales.

Notes

(1) Les théologiens catholiques indiens ont mis en place leurs propres « laboratoires » sur la question, dont le célèbre Centre national biblique, catéchétique et liturgique (NBCLC) de Bangalore fondé en 1967 par la Conférence des évêques de l’Inde « afin d’enraciner la foi chrétienne dans la culture indienne ». Cf « Le christianisme en Inde se veut davantage romain », Claire Lesegretain, La Croix, 23 mai 2011.
(2) Voir EDA 198, dépêche du 1er mai 1995 : http://eglasie.mepasie.org/divers-horizons/une-conference-internationale-demande-la-formation
(3) « La piété populaire s’est éloignée des pratiques de momification, d’embaumement ou d’incinération du corps, car elles induisent l’idée que la mort provoque la destruction totale de l’être humain; elle a donc retenu l’inhumation comme modèle de sépulture pour le fidèle. En effet, celle-ci évoque, d’une part, la terre d’où l’homme est tiré (Cf. Gn 2, 6) et à laquelle il doit retourner (Cf. Gn 3, 19; Si 17, 1) et, d’autre part, elle se réfère à la sépulture de Jésus, grain de blé tombé en terre, qui a porté beaucoup de fruits » (Cf. Jn 12, 24).
« Toutefois, à notre époque, la pratique de l’incinération se répand pour des raisons liées aux transformations des conditions de vie et d’environnement. A ce propos la législation ecclésiastique dispose que « à ceux qui ont choisi l’incinération de leur corps, on accordera les funérailles chrétiennes, sauf s’il est évident qu’ils ont fait ce choix pour des motifs contraires à la foi chrétienne ». Les fidèles qui ont fait ce choix sont expressément invités à ne pas conserver les urnes des défunts de leurs familles dans leurs maisons, mais à leur donner une sépulture décente, jusqu’à ce que Dieu fasse resurgir ceux qui reposent dans la terre et que la mer rende les morts qu’elle contient (Cf. Ap 20, 13). » Extraits du
Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 2001.
(4) Concernant les difficultés récentes des chrétiens concernant l’inhumation de leurs morts , voir dépêche EDA du 27 mai 2011, EDA 549, 548, 545, pour le Népal et EDA 524, 534 pour le Bhoutan.