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Asie du Nord-Est - Taiwan

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Dans un document adressé aux catholiques taiwanais, l'archevêque de Taipei aborde la question de l'avenir des liens entre le Saint-Siège et Taiwan [ Bulletin EDA n° 441 ]

16/05/2006

C'est une première : le 9 avril dernier, l'archevêque de Taipei, Mgr Joseph Cheng Tsai-fa, qui assume également la présidence de la Conférence régionale des évêques de Chine à Taiwan, dénomination de la conférence épiscopale taiwanaise, a directement abordé la question de l'avenir des liens entre le Saint-Siège et Taiwan. Pour cela, Mgr Joseph Cheng s'est adressé aux catholiques de Taiwan dans une lettre ouverte publiée par l'hebdomadaire de l'archidiocèse de Taipei et, dès le lendemain, 10 avril, la lettre a été reproduite sur le site Internet de la conférence épiscopale. Le chef du collège épiscopal taiwanais a tenu à rassurer les catholiques de Taiwan en leur disant qu'une éventuelle normalisation des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Pékin ne signifiera pas la fin des relations entre le Saint-Siège et Taiwan.

La publication de la lettre de Mgr Joseph Cheng a eu lieu dans un contexte marqué par des rumeurs sur une prochaine normalisation des relations entre Pékin et le Vatican. Elle est aussi intervenue avant les ordinations problématiques de deux évêques en Chine continentale, le 30 avril et le 3 mai derniers (1). Intitulée "Position et point de vue de l'Eglise catholique (de Taiwan) quant à l'établissement de relations diplomatiques entre Pékin et le Saint-Siège la lettre commence par faire référence à l'agitation médiatique de ces derniers mois, quant à une normalisation des relations sino-vaticanes. Selon Mgr Cheng, ces informations ont semé une certaine confusion dans l'esprit de nombre de catholiques à Taiwan, qui mérite d'être apaisée.

Ces dernières semaines, les médias taiwanais se sont largement fait l'écho des remarques de Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Vatican pour les relations avec les Etats, au sujet des relations avec Pékin les temps sont mûrs avait-il notamment déclaré) (2). Selon eux, le futur transfert de la nonciature de Taipei à Pékin devait être interprété comme un geste de nature "politique". Pour l'archevêque de Taipei, ce n'est pas le cas. Si le Saint-Siège est amené à prendre une telle décision, ce ne sera pas pour des motifs politiques, mais pour des raisons "pastorales". "Le pape souhaite ardemment honorer les catholiques qui sont en Chine continentale. Il espère que nouer des relations diplomatiques (avec Pékin) pourra être un moyen de favoriser la liberté religieuse là-bas, et libérer les catholiques (du continent) d'une souffrance écrit l'archevêque, qui ajoute qu'au cas où la normalisation avec Pékin se réalise, le Saint-Siège n'agit pas parce que les catholiques à Taiwan sont moins nombreux que les catholiques sur le continent : 300 000 face à quelque dix millions.

Sur l'avenir des relations entre Taiwan et le Saint-Siège, Mgr Cheng note que le retour de la nonciature à Pékin signifierait uniquement que les relations entre la Chine et le Saint-Siège reviennent à la situation qui était celle d'"avant 1952, date à laquelle la nonciature s'est installée à Taipei, du fait de la politique de la Chine communiste". L'expulsion de Chine populaire du nonce a eu lieu en 1951, deux années après la prise du pouvoir par les communistes, et l'installation du nonce à Taipei s'est faite l'année suivante, en 1952.

En cas de normalisation des relations sino-vaticanes, ajoute encore Mgr Cheng, le Vatican peut tout à fait mettre en place un consulat ou un bureau de représentation à Taipei et son représentant suivra les affaires de l'Eglise à Taiwan comme auparavant. "Le Saint-Siège ne représente pas uniquement un Etat, mais aussi l'Eglise catholique. Comment peut-on dire que le Vatican romprait ses relations diplomatiques avec Taiwan ? interroge Mgr Cheng.

Dans une interview donnée à des journalistes après la parution de cette lettre, Mgr Cheng a précisé que son intention était de clarifier le problème des relations diplomatiques, étant donné que, selon lui, une grande majorité des catholiques à Taiwan comprennent les intentions du pape sur ce dossier et que seul un petit nombre n'accepte pas les changements à venir. "Il est clair que nous ne pouvons pas nous montrer égoïstes et demander au pape de ne se soucier que de Taiwan a-t-il précisé, ajoutant que les évêques de Taiwan discuteront du sujet et publieront un document une fois que les relations entre le Saint-Siège et Taiwan auront évolué. Il a aussi ajouté que cela faisait "des décennies" que les catholiques à Taiwan entendaient parler d'une possible normalisation des relations sino-vaticanes.

Selon Sour Beatrice Leung Kit-fun, professeur de relations internationales à l'université des ursulines à Kaohsiung, le transfert de la nonciature à Pékin, au nom de la théorie de la "Chine unique", pourrait être l'occasion de créer, à Taipei, d'un centre de coopération entre le Vatican et Taiwan pour la culture et les ouvres charitables. Un tel centre pourrait être confié à un diplomate du Vatican d'un rang plus élevé que l'actuel chargé d'affaires de "la nonciature en Chine dénomination officielle de la représentation diplomatique du Saint-Siège à Taipei.

Notes

(1)Voir à ce sujet les dépêches de la rubrique 'Chine' du présent Bulletin<br />(2)Voir EDA 439<br />