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Asie du Nord-Est - Japon

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17 mars 1865 - à la découverte des « chrétiens cachés » du Japon

17 mars 1865 - à la découverte des « chrétiens cachés » du Japon

14/04/2015 - par Bernard Jacquel

Du 14 au 17 mars dernier, l’archidiocèse de Nagasaki et l’Eglise catholique du Japon ont commémoré le 150ème anniversaire de la découverte des « chrétiens cachés ». Ces derniers étaient venus, le 17 mars 1865, se faire reconnaître par le P. Petitjean, de la Société des Missions Etrangères de Paris, installé depuis peu ...

... à Nagasaki, dans un Japon qui entamait son ouverture au monde extérieur après un repli sur lui-même de 250 ans. Ils étaient les descendants des survivants des terribles persécutions antichrétiennes déclenchées à la fin du XVIème siècle, moins d’un demi-siècle après l’évangélisation du Japon commencée par saint François-Xavier et ses compagnons jésuites en 1549. C’est cette « découverte » des chrétiens cachés par le P. Petitjean qui nous est donnée à voir dans le texte ci-dessous, à partir de l’étude d’une gravure imprimée au Japon mais inédite en France. Cette étude est parue dans la Revue MEP d’avril 2015 (n° 504, pp. 44-52) ; elle a été rédigée par le P. Bernard Jacquel, MEP, missionnaire au Japon et actuel directeur de la publication d’Eglises d’Asie.

 

Donné à voir

Une image (voir ci-dessous), communiquée par Mgr Takami (1), montre la rencontre le vendredi 17 mars 1865, dans l’église toute neuve de Oura, d’un groupe de chrétiens clandestins de la vallée de Urakami (aujourd’hui partie de l’agglomération de Nagasaki) et du missionnaire Bernard Petitjean (1829-1884).

japon - chrétiens cachés.jpg

Cette gravure n’apparaît qu’en 1925, dans la réédition d’un livre du P. Aimé Villion : Histoire des martyrs du Japon (non publié en français). Elle illustre, une soixantaine d’années après l’évènement, le récit qu’on en fait : un récit répété, fixé dans sa forme depuis longtemps, connu de toute la chrétienté japonaise et au-delà. Et quand cette gravure est publiée, l’église dont on voit ici l’intérieur a été remaniée depuis plus de cinquante ans déjà. Elle avait été conçue et réalisée entre le 14 février 1863 et le 29 décembre 1864

En janvier 1863 arrive à Nagasaki le missionnaire Louis Furet, MEP (1816-1900). Il faut trouver rapidement un endroit pour loger les missionnaires et bâtir une église. Cette dernière sera un bâtiment modeste – trois nefs, trois tours octogonales (deux petites et une plus grande) dominant la façade – édifié à partir de plans préconçus qui circulent jusque dans les Missions catholiques les plus lointaines au moment de leur essor dès le milieu du XIXème siècle. Grâce à ces plans et moyennant quelques adaptations à la nature du sol, au climat, aux ressources, au savoir-faire des artisans locaux, la construction peut s’envisager à moindres frais, et s’exécuter rapidement. Furet avait jeté son dévolu sur un terrain en surplomb de la concession internationale et du port, il avait lancé une souscription parmi les résidents étrangers, trouvé des mécènes – dont Eugénie, l’impératrice des Français. Au printemps le gouverneur de Nagasaki ayant accordé la permission de construire, les travaux commencent. Ils seront conduits de bout en bout par un maître-charpentier dont on a retenu le nom : Koyama Hidenoshin, qui, la même année, bâtissait la résidence Glover (du nom d’un marchant écossais), le premier bâtiment de style occidental à Nagasaki (il se visite aujourd’hui encore).

En ce temps-là, pratiquement tout le bâti des villes japonaises, du temple à la plus modeste des maisons est réalisé en bois, par assemblage : des pièces de différents gabarits préalablement travaillées sont apportées sur le terrain à bâtir pour s’ajuster les unes au autres, s’imbriquer, se superposer. On voit donc rapidement se dresser – c’est magique ! – un perchis de montants, d’entretoises, de poutres, et, pour l’église, de colonnes formées de fûts entiers : un ensemble souple, stable, résistant ; l’église se construit comme une arche : un grand coffre couvert d’un beau toit. Puis on aborde le parement des murs : un torchis, terre mêlée de paille, appliqué sur un treillis de lames de bambous entre les montants... le tout sera recouvert d’un bel enduit.

Bernard Petitjean et le petit Père Joseph Laucaigne sont arrivés l’un après l’autre à Nagasaki en 1864, Furet, lui, s’en va. Et l’église se termine. Elle se voyait de loin : une véritable attraction ! Les Japonais montaient la voir en groupes ; des gamins crayonnaient sa silhouette sur le sol. Mais s’agissait-il seulement d’attirer des badauds ?

Les missionnaires s’attendaient à d’autres visiteurs. Déjà, ils avaient identifié les lieux des persécutions de 1587 et de 1614 (2) et même l’emplacement de trois églises disparues. Ils se demandaient si les chrétiens persécutés du XVIIème siècle avaient une descendance. L’interdiction du christianisme restait en vigueur : on pouvait lire ici et là des inscriptions menaçantes pour le rappeler. A qui pouvaient-elles s’adresser ? La construction de l’église de Oura n’était pas étrangère à cette préoccupation de donner un signe à ceux-là.

L’église était terminée en décembre 1864 et les visites des Japonais – sans doute avertis par la police – cessèrent du jour au lendemain. L’inauguration, le 19 janvier 1865, se déroule en fanfare, l’église est remplie d’étrangers, d’uniformes variés, on salue l’évènement à coups de canon dans le port. Mais pas d’affluence japonaise : les officiels invités s’étaient fait représenter par des sous-ordres (3). La cérémonie fut digne, mais les missionnaires étaient déçus...

Elle n’était pas très grande, cette église et huit ans plus tard on la modifia ; elle fut alors absorbée dans une construction plus grande, celle qu’on peut voir aujourd’hui. Mais revenons au sujet de notre gravure.

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A mi-pente, sur la gauche de la photo, l'église de Oura, bâtie en 1863-1864. (photo Archives MEP)

Le 17 mars 1865, un peu après midi, un petit groupe de paysans se tient près des portes fermées de l’église. Petitjean les a remarqués : leur discrétion, leur retenue, ils ne ressemblent pas aux badauds ordinaires ; le missionnaire s’empresse de les rejoindre, les précède sans rien dire, ouvre la porte de l’église, entre et laisse ouvert derrière lui ; il se dirige vers l’autel ; il s’agenouille le cœur battant : ce sont peut-être les gens qu’on espère ? Il prie le Ciel de trouver les mots qui conviendront pour leur parler... Ils se tiennent dans son dos. Des femmes viennent s’agenouiller à côté de lui, l’une d’entre elle lui glisse : « Notre cœur à nous tous ici est le même que le vôtre. »

La gravure au trait des années 1920 tente de préciser le cadre de la rencontre. On voit la voûte peinte, étoilée ; les murs en imitation de pierre de taille selon un ancien procédé décoratif occidental : l’église est la représentation de la Ville sainte que recouvre le Ciel... Voici le maître-autel, le tabernacle, le retable, voici les autels latéraux. Le tout est néogothique. La double porte de la grille du chœur : son motif est peut-être l’une des seules allusions au répertoire décoratif japonais.

Comparable à celui de bien des édifices catholiques de France édifiés à la même époque, l’intérieur de l’église de Oura affiche une conformité aux mêmes modèles : est-ce une garantie de catholicité ? Le gothique – et ses avatars à travers les siècles – serait-il une expression universelle et insurpassable de l’architecture chrétienne ? Nos missionnaires, grands colporteurs d’images, avant d’avoir pu aborder ceux qu’ils espéraient rencontrer, avaient édifié avec les seuls moyens dont ils disposaient et comme signal, ce monument bizarre et spectaculaire, aussi insolite dans le paysage qu’une pagode peut l’être (fût-elle transformée en cinéma) à l’autre bout de la rue de Babylone à Paris !

L’une des originalités que la gravure nous montre, c’est, dans l’église, ce premier plan dégagé, dépourvu de sièges : il est recouvert de nattes épaisses souples en paille claire dont la lumière remonte sous les pas. Elles mesurent un peu moins d’un mètre sur deux et s’ajustent les une aux autres : les tatamis. Ils signalent un usage et une forme d’hospitalité avec ses règles : après avoir passé la porte, on se déchausse, on gravit une pierre de seuil qui forme un degré, enfin on monte dans l’église... vous vous êtes retourné sur vous-même et vous avez replacé la pointe de vos chaussures en direction de la sortie, à moins que quelqu’un ne se soit empressé de le faire pour vous.

La gravure est-elle fidèle ? Les Occidentaux, officiels, militaires et les dames à crinolines le jour de l’inauguration, ont-ils dû quitter leurs souliers, leurs brodequins, leurs escarpins avant de monter dans l’église ? Des tatamis garnissaient-il le sol de la rencontre du 17 mars ou bien n’ont-ils été inventés que plus tard ?

D’après Petitjean, les visiteurs du 17 mars étaient quatorze ou quinze, hommes, femmes et enfants. L’image les répartit en trois groupes : ils sont sept, les plus nombreux, assis sur leurs talons devant l’autel de la Vierge et la statue : le dessinateur les a représentés en « reconnaissants » plutôt qu’en priants : « Oui, c’est bien ça : voici Maria-sama, et voici son divin fils ! » Ils pensent à Noël en voyant la Mère et l’Enfant ; ils ont conservé l’usage du calendrier chrétien et observent le cycle des fêtes qu’ils célèbrent chez eux en secret. Mais, pour ces chrétiens privés de l’Eucharistie depuis des générations, la stature du Christ était ramenée aux proportions d’un petit confié à sa mère ; leur dévotion à Marie gardienne d’un Enfant et de leur espérance était vivace.

Le groupe le plus maigre est en face du maître-autel, le centre de l’église, mais pour ces nouveaux venus, c’est le lieu le plus difficile à identifier : ils en ignorent l’usage. Le retour des chrétiens aux sacrements dont ils avaient été privés s’effectuera progressivement : c’est à Noël de 1866 seulement que quelques dizaines d’entre eux feront leur première communion. Entretemps, Bernard Petijean est devenu leur évêque (en octobre).

Un troisième groupe, de quatre personnes, au premier plan de l’image, sur les deux feuillets qui la composent est entré en discussion avec le missionnaire. L’une des femmes qu’on voit se tourne un peu et fait un geste peut-être pour désigner ceux qui sont derrière elle : « Notre cœur à nous tous ici... »

Le missionnaire se tient au bord gauche de l’image, témoin à la fois présent et qui s’effacerait... La relecture par l’image de la rencontre du 17 mars montre en effet des gens en train de prendre possession d’un espace qui leur revient ; le témoin, intermédiaire indispensable et de premier plan, s’est donc écarté pour permettre cette installation des Japonais chez eux, dans leur église...

Le vêtement du prêtre traîne sur les tatamis ! Il est plus proche du drapé de la Vierge que d’une soutane permettant de se déplacer normalement : Petitjean est ainsi revêtu d’une dignité adaptée au lieu de cet instant privilégié...

A propos de tenues encore : les kimonos et les coiffures soignés des femmes peuvent-ils avoir été ceux des acteurs réels de l’évènement ? C’étaient des paysans. La représentation de leur physionomie non plus ne prétend pas à la ressemblance : leurs traits sont oubliés, mais pas leur dignité de devanciers. Pour la figure du missionnaire, est-elle est plus proche du modèle ? La photographie a certes conservé les traits de Petijean... Mais avec une soutane et une barbe, voilà le portrait dressé !

Les visiteurs du 17 mars 1865 avaient initié un mouvement de reconnaissance qui allait se poursuivre à un rythme soutenu jusqu’en juin : d’autres chrétiens de la campagne environnante et d’îles au large de Nagasaki s’étaient présentés pour voir l’église et les missionnaires : « Il en est parmi eux qui font 20 et 30 lieues (80... 120km) en bateau, à pied. » Certains jours, Petijean et Laucaigne sont dépassés ; les gens les envahissent jusque dans la maison, ils insistent pour que les missionnaires retiennent leurs noms, ils demandent des croix et des médailles et font promettre qu’on leur rendra bientôt leur visite... « Ils se laissent aller à une confiance qui contraste avec la retenue ordinaire des Japonais... » C’est là une grande découverte de l’âme japonaise par les missionnaires que cette confiance et ce cœur « pareil au leur » !

Le 15 mai, une embarcation pleine de chrétiens arrive d’une île proche. Les missionnaires les renvoient bien vite : « Nous ne retenons que le catéchiste et le chef. » Les missionnaires constatent une fois de plus auprès d’eux que la formule employée pour baptiser ne diffère pas de la leur... Ces deux hommes font, de leur côté, leurs propres vérifications au sujet des missionnaires : ils demandent à apprendre le nom du Grand Chef du Royaume de Rome – que Petijean leur nomme, Pie IX, et qui sera heureux d’apprendre, leur dit-il, les bonnes nouvelles qu’ils apportent... Une question ce jour-là est posée au missionnaire avec des excuses : « Vous n’avez-pas d’enfants ? » Quand les missionnaires déclarent qu’ils sont célibataires, ils s’inclinent front contre terre : « Ils sont vierges ! Merci ! Merci ! »

La prudence commandait aux deux prêtres la plus grande discrétion : l’interdiction du christianisme sous peine de mort demeurant en vigueur, les chrétiens s’exposaient à des représailles. Petitjean avait entendu parler de persécutions récentes. En 1856, quatre-vingts chrétiens avaient été arrêtés, une trentaine d’entre eux retenus en prison. Dix y avaient laissé la vie ; les autres avaient été relâchés l’année suivante, mais huit étaient morts peu de temps après, suite aux mauvais traitements qu’ils avaient subis.

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Nagasaki. Lieu du supplice des Vingt-Six Martyrs japonais (A),ancienne église servant aujourd’hui de pagode (B), lieu des exécutions où le Bienheureux Carlo Spinola, jésuite italien, fut brulé vif avec ses compagnons (C), pic de Compira (D), Deshima, quartier des Hollandais (E). (photo Archives MEP)

Une indiscrétion en 1866 révèle, sans commentaire, dans un journal de la concession la découverte des chrétiens. On apprend un jour l’arraisonnement d’une barque chargée de villageois qui, de leur île, viennent à Nagasaki voir l’église : on les emprisonne pour leur faire préciser où ils habitent.

Un autre jour, c’est un officier de police qui convoque un chef de village et le somme d’empêcher les gens d’aller « à la bonzerie européenne » ou bien « ils s’exposeront à de grands malheurs ». Dans plusieurs villages, des chrétiens refusent pour leurs morts les funérailles bouddhistes auxquelles ils étaient contraints jusque-là : ils attirent l’attention sur leur communauté et doivent s’expliquer devant les autorités.

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1867, une soixantaine de chrétiens sont arrêtés. C’est le début d’une reprise de la persécution : emprisonnement, mauvais traitements suivis de l’exil, spoliation des biens des exilés. La persécution ne prendra fin que le 31 mars 1873 avec l’édit de tolérance... Certains des exilés – pas tous – reviendront à Nagasaki.

 

P. Bernard Jacquel, mars 2015.
 

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L'église des Vingt-Six Martyrs à Oura, telle qu'elle apparaissait à sa construction, en 1963-1864.                (photo Archives MEP)

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L'église de Oura, à Nagasaki, telle qu'elle apparaît aujourd'hui.

 

Galerie de portraits

 

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Louis FURET (1816-1900) (photo Archives MEP)

Il partit le 19 avril 1853 pour le Japon. Il débuta en 1855 à Naha, dans les îles Riu-kiu, et peu après tenta en vain d’aller à Nagasaki et à Hakodaté. Un second voyage en 1856 n’ayant pas été plus heureux, il retourna à Naha. Enfin, en 1862, il put se fixer à Yokohama et, en 1863, à Nagasaki. En 1869, il quitte le Japon et rejoint son diocèse de Laval où il mourut en 1900.
 

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Bernard PETITJEAN (1829-1884) (photo Archives MEP)

Il partit pour le Japon en 1860. Il séjourna deux ans aux îles Riu-kiu. En 1863, il arriva à Yokohama, puis l’année suivante rejoignit Furet à Nagasaki. Le gouverneur de la ville lui demande d’enseigner le français à l’école des interprètes et ses honoraires ont servi à la construction de l’église des Vingt-Six Martyrs. Ce fut dans cette église que, le 17 mars suivant, il rencontra des descendants d’anciens chrétiens qui se firent reconnaître. Il se mit aussitôt à l’œuvre, associé à Laucaigne, pour retrouver leurs principaux groupements. Dès le 8 juin, il en connaissait 25, et avait pu contacter sept baptiseurs de ces communautés clandestines. Le pape Pie IX, informé de ces retrouvailles, le nomma en 1866 évêque, vicaire apostolique du Japon.
 

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Prudence GIRARD (1821-1867) (photo Archives MEP)

Il partit le 29 mars 1848 pour le Japon. En attendant que ce pays s’ouvrît aux missionnaires, il séjourna d’abord en Chine. Puis en 1855, il fut envoyé aux Riu-kiu (Lieou-kieou, Ryu-Kyu) avec Furet. Nommé supérieur de la mission du Japon, il put y entrer en 1858, après la signature des traités avec la France, et demeurera à Edo en qualité d’interprète du ministre de France, de Bellecourt. En 1860, il acheta un terrain dans la concession étrangère de Yokohama, et commença la construction d’une église, mais l’entrée en fut peu après interdite aux Japonais par le gouvernement. Il séjourna quelques mois à Nagasaki au début de 1864. Il y revint en 1865 pour l’inauguration et la bénédiction de l’église. Il mourut à Yokohama en 1867.
 

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Joseph LAUCAIGNE (1838-1885) (photo Archives MEP)

Il fut envoyé au Japon le 16 mars 1863, étudia la langue à Yokohama, puis, au milieu du mois de novembre 1864, fut placé à Nagasaki. Après la découverte des chrétiens en 1865, il aida Petitjean à conforter les communautés chrétiennes clandestines. Prudent et petit de taille, il réussissait, se déplaçant de nuit et malgré les difficultés et les interdits de l’époque, à visiter les chrétiens dans la vallée d’Urakami pour les catéchiser et célébrer les sacrements. Devenu évêque en 1866, il fut l’auxiliaire de Mgr Petitjean. Il mourut à Osaka en 1885.
 

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Aimé VILLION (1843-1932) (photo Archives MEP)

Condisciple du futur martyr de Corée, Just de Bretenières, il entra en même temps que lui aux MEP. Il fut d’abord destiné au service des procures et s’embarqua pour Hongkong en 1866. En 1870, Mgr Petitjean, qui cinq ans auparavant avait découvert les « chrétiens cachés » (kakure kirishitan - 隠れキリシタン), demanda au Conseil de Paris de bien vouloir l’affecter au service de la mission du Japon, ce qui fut accordé. A peine arrivé à Nagasaki, il est témoin de la persécution et de la déportation des chrétiens de Urakami. Il mourut en 1932 à Osaka.

(eda/ra)

Notes

(1) 高見司教様 Mgr Joseph Takami Mitsuaki, archevêque catholique de Nagasaki, est membre honoraire de la Société des Missions Etrangères.

(2) « Un siècle chrétien » et 250 ans de clandestinité de la foi catholique
L’évangélisation du Japon commencée par saint François-Xavier et ses compagnons en 1549 entraîna un bel épanouissement de l’Eglise. Celui-ci fut brutalement interrompu : le nouveau pouvoir des Shogun, qui mettait fin à un Japon divisé, décréta l’expulsions de tous les missionnaires, ce qui laissa les communautés sans aucun prêtre. Puis l’archipel se ferma à toute relation avec l’étranger et ne concéda plus qu’un accès réglementé au commerce hollandais dans l’îlot artificiel de Deshima, en baie de Nagasaki. Personne ne pouvait plus, désormais, sortir du Japon ou y pénétrer sans s’exposer à la peine capitale.
En 1638, toute trace de vie chrétienne semblait anéantie après le massacre de 37 000 chrétiens retranchés dans la ville fortifié de Shimabara : les conditions misérables où ils avaient été réduits en raison de leur foi les avaient amenés à la révolte...
L’holocauste de Shimabara avait été précédé par d’autres épisodes sanglants, dont ceux de 1587 (26 martyrs canonisés en 1862 par Pie IX) et de 1614 (52 martyrs béatifiés par Pie IX en 1867) qui avaient eu Nagasaki et sa région pour cadre.

(3) L’isolationnisme du Japon prit fin peu à peu à partir de 1852 sous la contrainte des puissances occidentales
Depuis 1854, le gouvernement de Edo (aujourd’hui Tokyo) était entré successivement en relation commerciales avec les Etats-Unis, l’Angleterre et la Russie. En 1858, un traité avait été signé avec la France pour ouvrir au commerce français Yokohama, Hakodaté et Nagasaki. Ces trois ports étaient administrés directement – sous le nom de villes impériales – par le gouvernement de Tokyo qui y nommait des gouverneurs. Dans ces concessions, les étrangers obtinrent la permission de bâtir des édifices religieux à leur usage exclusif, le christianisme restant proscrit pour tout Japonais.
La politique des canonnières et des traités inégaux n’allait pas sans provoquer de troubles : les résidents des concessions avaient tout lieu de craindre la rencontre des « porteurs de sabres », leur sécurité n’était pas pleinement assurée.
Edo restait la capitale politique du Japon, résidence des Shogun qui, depuis le XVIIème siècle, détenaient la réalité du pouvoir civil et militaire. L’empereur, à qui n’avait été laissé qu’un pouvoir de conférer des titres honorifiques et qui remplissait des fonctions sacerdotales, résidait encore à Miaco (ou Kyoto). Il n’établira sa résidence à Tokyo qu’en 1868.