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Asie du Nord-Est - Japon

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Nagasaki désigné haut lieu de pèlerinage japonais

Nagasaki désigné haut lieu de pèlerinage japonais

18/06/2012

Le 10 juin dernier, la Conférence des évêques catholiques du Japon a désigné le site de Nishizaka à Nagasaki, comme haut lieu de pèlerinage national. C’est en effet sur cette collline qui domine la baie, que le 5 février 1597 furent crucifiés 26 chrétiens, prémices d’une suite innombrable de martyrs qui ne cessa qu’en 1873. On ne connaît pas leur nombre exact mais des dizaines de milliers sans aucun doute. Certains historiens avancent même le chiffre de 300 000.

La condamnation à mort des vingt-six martyrs de Nagasaki ne fut pas le résultat d’un simple mouvement de rage de la part de Toyotomi Hideyoshi, l’un des grands unificateurs du Japon. A la fin du XVIe siècle, les conversions au christianisme de certains seigneurs de fiefs importants le gênaient beaucoup car l’adage Cujus regio ejus religio [‘Tel prince, telle religion’] se vérifiant aussi au Japon, elles étaient suivies de nombreuses conversions au sein de la population. Ces seigneurs n’allaient-ils pas se soustraire au nouveau pouvoir centralisateur et prendre en main les destinées du pays ? Hideyoshi avait donc publié dès 1587, un édit d’expulsion des missionnaires accompagné d’une interdiction du christianisme. Pour des raisons d’intérêts commerciaux internationaux, ces édits n’entrèrent pas immédiatement en vigueur et n’eurent pas d’effets immédiats. Ce n’est que dix ans plus tard, à la suite des vantardises d’un marin espagnol, qu’Hideyoshi, convaincu de la traîtrise et de la dangerosité des chrétiens, en fit arrêter vingt-six dans la région de Kyôto et d’Osaka et, en plein hiver (1597), ordonna de les emmener à Nagasaki pour les crucifier sur une hauteur de la ville, face à l’occident. Six d’entre eux étaient des frères franciscains, trois, dont un séminariste Paul Miki, étaient des religieux jésuites et les sept autres, des collaborateurs laïcs des Pères Jésuites, dont trois enfants (1).

Encordés et exhibés pour l’exemple sous les yeux médusés de la population des villes traversées, ils marchèrent et, sauf un passage en bateau sur la Mer intérieure, ils parcoururent une distance de près de 1 000 kilomètres en plein mois de janvier, un des mois les plus froids de l’année dans cette région.

Pour leur mise à mort, la foule était présente en haut de la colline de Nishizaka où ils étaient attendus. Les témoins oculaires furent nombreux. Paul Miki et les condamnés chantaient ce qu’ils avaient l’habitude de chanter à l’église. Des femmes, mères de famille, tentèrent de persuader les trois garçons d’abandonner. Les trois refusèrent. Parmi la foule, le premier évêque du Japon, Mgr Martinez était présent, caché, bouleversé. Une année plus tard, il était arrêté à son tour mais expulsé à Manille.

Avec le temps, cette colline de Nishizaka s’est transformée en un quartier d’habitation mais une portion relativement importante de terrain a été sauvegardée et transformée en jardin public. On y prie devant un émouvant monument où les vingt-six martyrs sont représentés bien droits, alignés et hiératiques. Attenant à une chapelle moderne, un musée abrite de nombreux souvenirs de l’époque des persécutions.

En février dernier, à l’occasion de leur assemblée annuelle, les évêques catholiques du Japon avaient annoncé leur intention de faire de Nishizaka un centre de pèlerinage national. Le 10 juin dernier, deux jours après le 150ème anniversaire de la canonisation des 26 martyrs de Nagasaki, ils ont officialisé cette annonce. Désormais, les pèlerins auront la possibilité de mettre leurs pas dans ceux des martyrs canonisés en 1862. Une route partira de Kyoto et passera par Osaka, Hiroshima et Fukuoka pour arriver à Nagasaki, avec dans chacun de cinq diocèses traversés, des haltes relais prévues.

Un missionnaire qui a longtemps vécu au Japon souligne que les Japonais aiment les pèlerinages. En France, celui de Chartres ou en Espagne, celui de Compostelle, attirent régulièrement des dizaines et des dizaines de Japonais, chrétiens ou non (2). Au Japon, le pèlerinage bouddhiste des 88 temples de l’île du Shikoku, qui dure au moins un mois, est très couru. Jusqu’à présent, les chrétiens japonais devaient se contenter de petits pèlerinages locaux. Ils vont désormais pouvoir jusqu’à Nagasaki, mettre leurs pas dans ceux de leurs martyrs et s’imprégner de leur courage et de leur foi.

Notes

(1) Pierre Dunoyer, Histoire du catholicisme au Japon (1543-1945) (Paris, éditions du Cerf, avril 2011).
(2) Présente au Japon depuis 1549, date de l’arrivée sur l’archipel nippon de saint François Xavier, l’Eglise catholique rassemble moins de 1 % de la population japonaise (environ 0,5 % de catholiques japonais et 0,5 % de catholiques étrangers, migrants venus d’Asie du Sud-Est ou d’Amérique latine pour la plus grande part).