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Asie du Nord-Est - Japon

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L’épiscopat japonais demande à ses fidèles de témoigner de leurs propres difficultés avec le Chemin néo-catéchuménal [ Bulletin EDA n° 544 ]

14/01/2011

Par un communiqué daté du 20 décembre 2010 mais publié seulement le 12 janvier dernier dans Katorikku Shimbun, l’hebdomadaire catholique du Japon, le président de la Conférence des évêques catholiques du Japon a pris position pour demander aux laïcs de témoigner des difficultés qu’ils rencontrent avec la communauté du Chemin néo-catéchuménal.

« Au Japon, ce sont plutôt des effets négatifs de la présence du Chemin néo-catéchuménal qu’on a pu constater. Là où il est implanté, immanquablement des troubles, des divisions, des conflits et des désordres sont survenus », écrit Mgr Leo Ikenaga Jun, archevêque d’Osaka, qui poursuit : « Nous, les évêques, à la lumière de notre responsabilité pastorale et apostolique, nous ne pouvons pas ignorer les dégâts causés (…). Jusqu’à maintenant, la Conférence épiscopale japonaise a tenté de régler la question avec le Saint-Siège et les responsables du Chemin néo-catéchuménal. Il est temps désormais d’appeler les laïcs du Japon à participer » au règlement du problème.

Dans un pays où l’expression des antagonismes prend rarement une tournure publique, la voie choisie par les évêques japonais et le ton de leur communiqué dénotent un mécontentement certain. Présente au Japon depuis les années 1970, la communauté missionnaire d’origine espagnole pose un problème sérieux aux évêques japonais depuis de nombreuses années. Dans le diocèse de Takamatsu, un séminaire Redemptoris Mater – ainsi que sont nommés les grands séminaires confiés au Chemin néo-catéchuménal – a été ouvert en 1991 avant d’être fermé en 2009 et ses occupants transférés à Rome. De fortes tensions sont apparues au sein même de la communauté catholique locale, allant jusqu’à des procédures devant les tribunaux civils. En décembre 2007, lors de leur visite ad limina à Rome, les évêques japonais exprimaient devant le pape « le problème grave » qu’ils rencontraient avec la communauté missionnaire, n’hésitant pas à assimiler les activités des membres du Chemin à celles d’« une secte » (1).

Sur le fond, il semble que les évêques reprochent au Chemin néo-catéchuménal de ne pas chercher à s’intégrer au Japon ni à comprendre sa culture, là où les responsables du Chemin expliquent que l’Eglise au Japon, en mettant l’accent sur le dialogue avec les non-chrétiens, n’insiste pas suffisamment sur la proclamation explicite de la foi chrétienne. Récemment, face à la volonté manifestée par les évêques japonais d’interdire le Chemin néo-catéchuménal au Japon pour une période de cinq ans, Rome avait convoqué une rencontre au Vatican. Le 13 décembre dernier, quatre évêques japonais ont été reçus en audience par le pape Benoît XVI, en présence des plus hauts responsables de la Curie (2). De cette audience, il est sorti que le Chemin ne serait pas suspendu au Japon mais qu’une solution aux désaccords actuels serait recherchée entre les parties, un délégué devant être prochainement nommé pour régler l’affaire.

Pour les évêques japonais, la difficulté de se faire entendre par Rome reste entière. Dans le communiqué publié le 12 janvier, Mgr Ikenaga écrit en effet : « Le fait est qu’il est très difficile de faire remonter jusqu’à Rome la réalité de la situation. » Les évêques japonais disent espérer qu’une solution pourra être trouvée : « Nous espérons que [le Chemin néo-catéchuménal] prendra vraiment à cœur d’étudier pourquoi les choses n’ont pas marché jusqu’à aujourd’hui et essaiera enfin de nous aidera à éliminer la cause des problèmes rencontrés, afin que nous puissions trouver une voie vers une solution. » Pour les évêques, une issue institutionnelle au problème n’ayant pu être discernée au fil des contacts avec le Chemin néo-catéchuménal et avec le Saint-Siège, c’est aux laïcs du Japon à se manifester pour dire leur volonté. « Il est temps désormais de voir s’exprimer les laïcs japonais », écrit Mgr Ikenaga, qui précise que les évêques espèrent bien que les catholiques japonais qui ont été en contact personnel avec le Chemin rendront compte de leur expérience au délégué qui sera prochainement nommé.

Selon les observations de missionnaires présents au Japon depuis de nombreuses décennies, le simple fait que les évêques japonais aient rédigé et fait paraître ce communiqué en dit assez sur leur volonté de ne pas en rester aux seules conclusions de leur rencontre du 13 décembre 2010 avec le pape. Ils ne comprennent pas que, depuis Rome, puissent être prises des décisions concernant telle ou telle option pastorale pour des diocèses situés à l’autre bout du monde. Ils ne comprennent pas pourquoi des responsables de mouvements sont considérés comme qualifiés pour s’imposer au Japon au seul motif qu’ils auraient été jugés efficaces dans certaines Eglises en Occident.

Notes

(1) Voir EDA 324, 329, 485
(2) Voir EDA 542
La délégation des évêques japonais était formée, outre Mgr Ikenaga, président de la Conférence épiscopale, de Mgr Mizobe Osamu, de Takamatsu, de Mgr Miyahara Ryoji, de Fukuoka, et de Mgr Kikuchi Isao, de Niigata. Aux côtés du pape Benoît XVI avaient pris place le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, le cardinal Ivan Dias, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Antonio Canizares, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, et le cardinal Stanislaw Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs. L’évêque émérite du diocèse d’Oita, Mgr Peter Hirayama Takaaki, 86 ans, retiré à Rome et très proche du Chemin néo-catéchuménal, était également présent à l’audience.