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Asie du Nord-Est - Japon

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L’épiscopat japonais expose à Rome les problèmes qu’il rencontre avec un grand séminaire confié au Chemin néo-catéchuménal au Japon [ Bulletin EDA n° 485 ]

16/05/2008

L’épiscopat japonais en appelle au pape pour l’aider à résoudre « le grave problème » qu’il rencontre avec le grand séminaire de Takamatsu, confié depuis 1991 au Chemin néo-catéchuménal. A trois reprises en l’espace de cinq mois, des évêques japonais se sont rendus à Rome pour faire part de leurs difficultés avec ce mouvement d’origine espagnole : en décembre 2007, à l’occasion de leur visite ad limina, au début du mois d’avril dernier et enfin la semaine dernière. « Il nous a semblé nécessaire de venir si souvent car le problème qui se pose à nous est grave et appelle une solution », a expliqué, le 25 avril à Rome, Mgr Okada, archevêque de Tokyo et président de la Conférence épiscopale japonaise.

L’affaire concerne le séminaire installé sur le territoire du diocèse de Takamatsu, au Shikoku (la plus petite des quatre îles de l’archipel japonais, au sud-ouest). En 1990, l’évêque de l’époque, Mgr Fukahori, accepte que le Chemin néo-catéchuménal vienne œuvrer dans son diocèse. L’année suivante, le mouvement, fondé en 1964 et présent au Japon depuis 1973, y ouvre un grand séminaire Redemptoris Mater, comme sont dénommés tous les séminaires confiés au mouvement (1). Le séminaire accueille principalement des séminaristes étrangers, venus d’Espagne, des Philippines, d’Amérique latine et d’autres pays, appelés, une fois ordonnés prêtres, à servir soit dans des diocèses au Japon, soit à l’étranger. Rapidement, des critiques sont apparues sur la manière de fonctionner du séminaire et le coût que représentait une telle structure pour un diocèse qui ne compte que 5 400 fidèles (2). La communauté catholique locale s’est trouvée divisée en « pour » et « contre » la présence du mouvement, les choses s’envenimant au point que Mgr Fukahori, poursuivi devant les tribunaux civils par deux de ses diocésains, a été condamné pour diffamation (3). Après 2004 et le départ à la retraite de Mgr Fukahori, à l’âge de 80 ans, son successeur, Mgr Mizobe Francis-Xavier Osamu a cherché à apaiser une situation passablement dégradée.

 

Lors de leur visite ad limina de décembre dernier, les évêques japonais ont évoqué le problème avec la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et le pape. Dans son adresse à Benoît XVI, Mgr Okada a déclaré : « (…) Un autre point d’attention concerne le Chemin néo-catéchuménal et le Séminaire diocésain international de Takamatsu, connu sous le nom de Redemptoris Mater. Nous avons là un problème grave. Au sein de la petite communauté que représente l’Eglise catholique au Japon, les activités des membres du Chemin, puissantes et assimilables à celles d’une secte, sont un facteur de divisions et de conflits. Elles sont la cause de divisions profondes et douloureuses au sein de l’Eglise. Nous faisons tout notre possible pour résoudre ce problème mais nous estimons que, si une solution doit être trouvée, la considération de Votre Sainteté pour l’Eglise au Japon sera de la plus haute importance et ardemment désirée. » Dans la bouche d’un évêque japonais, s’exprimant ès qualités, un tel propos doit être considéré comme tranchant. Dans sa réponse aux évêques japonais, à l’issue de la visite ad limina, Benoît XVI n’a pas mentionné le problème.

 

Le 25 avril, Mgr Ikenaga Jun, archevêque d’Osaka et vice-président de la Conférence épiscopale, était de retour à Rome, en compagnie de Mgr Mizobe, Mgr Okada et Mgr Takami, archevêque de Nagasaki. Une nouvelle rencontre a été organisée avec le pape et un rapport détaillé de l’affaire du séminaire remis à la Curie. Selon Mgr Okada, l’échange avec Benoît XVI a duré près d’une heure. « Il nous a écouté très attentivement. Il essaye de nous comprendre. Il est très sérieux », a-t-il expliqué, ajoutant : « Le séminaire doit fermer. Le Saint-Siège a accepté qu’il soit fermé cette année en tant que séminaire diocésain. » Le fond du problème est « la manière de penser » du Chemin néo-catéchuménal, « son attitude » vis-à-vis de la culture japonaise, de la liturgie et d’autres éléments, a continué l’évêque japonais. Quant au fait de savoir si le Vatican comprenait la démarche de l’épiscopat japonais, Mgr Okada a dit qu’il « existait toujours une différence de perception » entre le Saint-Siège et les évêques japonais, mais que les choses allaient « en s’améliorant ».

 

Pour Mgr Mizobe, le séminaire doit fermer. La Conférence épiscopale s’est prononcée dans le même sens. Pour sa part, désireux de rester présent au Japon, le Chemin néo-catéchuménal a cherché un autre évêque désireux d’accueillir le séminaire Redemptoris Mater. Un accord a failli se faire, avant que l’évêque en question ne fasse machine arrière.

Notes

(1) Aujourd’hui, le Chemin néo-catéchuménal a la responsabilité de 73 grands séminaires Redemptoris Mater dans le monde, dont six en Asie (Hongkong, Inde, Pakistan, Philippines, Taiwan et Japon). Tous sont placés sous la juridiction de l’évêque local. (2) L’Eglise catholique au Japon compte environ un million de fidèles, dont la moitié sont des immigrants récents (venus des Philippines, du Brésil ou du Pérou, principalement). Mis à part le séminaire de Takamatsu, il existe un seul grand séminaire interdiocésain au Japon, réparti sur deux sites géographiques (Fukuoka et Tokyo). (3) Voir EDA 324, 329, 380. Ailleurs, au Japon, la présence de missionnaires, laïcs ou prêtres, du Chemin néo-catéchuménal se passe sans difficultés majeures, dans le diocèse de Kagoshima par exemple (voir EDA 469).