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Asie du Nord-Est - Japon

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Une coalition d’ONG emmenée par des chrétiens appelle à la révision du procès d’un condamné à mort [ Bulletin EDA n° 467 ]

16/07/2007

Une coalition d’ONG menée par des chrétiens a déposé une pétition auprès de la Cour suprême pour qu’un ancien boxeur, Paul Hakamada Iwao, condamné à mort en 1968 pour avoir tué une famille de quatre personnes, bénéficie d’un nouveau procès. « Il est évident qu’il est innocent. Sauvons-le de l’exécution », a déclaré le cardinal Shirayanagi Seiichi, archevêque émérite de l’archidiocèse de Tôkyô, dans une pétition signée par près de 4 000 personnes.

Le cardinal, dont les propos sont rapportés par l’agence ENI (1), a cité l’Evangile selon saint Matthieu (25,40) : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites », ajoutant : « Paul Hakamada Iwao est littéralement ‘l’un de ces plus petits’. »

L’affaire remonte au mois de juin 1966 lorsqu’un homme d’affaires et sa famille sont assassinés à coups de couteau dans la préfecture de Shizuoka. Hakamada Iwao, employé de l’entreprise de cet homme d’affaires, a été arrêté deux mois plus tard. Durant dix-neuf jours, il a clamé son innocence, avant d’« avouer sa culpabilité ». En 1968, il fut condamné à mort. Les recours intentés auprès de la Haute Cour de Tôkyô, puis de la Cour suprême ont été rejetés. Selon un article paru en 2005 dans Policy Review, édité par la Hoover Institution de l’université de Stanford, aux Etats-Unis, les personnes qui font campagne pour que Paul Hakamada Iwao soit à nouveau jugé estiment qu’il a été forcé de faire des aveux. Selon elles, la police a placé de fausses preuves sur le lieu du crime, notamment un pantalon portant des traces de sang, qui aurait appartenu à l’accusé mais qui n’était pas à sa taille. L’ancien boxeur est détenu depuis 41 ans. En 1984, il s’est converti au catholicisme, a souligné le cardinal Shirayanagi.

Kumamoto Norimichi, un des juges du tribunal qui a condamné Hakamada, affirme qu’il croyait en l’innocence de l’ancien boxeur, mais qu’il n’a pas réussi à persuader les deux autres juges. Norimichi Kumamoto a rendu un rapport écrit demandant un nouveau procès, pour accompagner la pétition. Le juge a dit s’être senti tellement coupable après le procès d’Hakamada qu’il a quitté la profession l’année suivante. Le 25 juin dernier, lors d’une conférence de presse, il a déclaré que tout ce qu’il voulait dire à Hakamada Iwao, c’est qu’il était « désolé ».

Monma Sachie, catholique, préside l’Association pour sauver Paul Hakamada Iwao. Elle a expliqué qu’il avait été difficile de convaincre les gens de signer la pétition. « L’Eglise compte de nombreux opposants à Hakamada, qui ne croient pas en son innocence, a-t-elle précisé, mais Jésus lui-même a été accusé à tort. En tant que chrétienne, je me dois de m’exprimer. »

C’est en 1987 que la Commission pour les laïcs de l’Eglise catholique du Japon et la Commission pour les affaires sociales de l’Eglise unie du Christ au Japon ont décidé d’apporter leur soutien à l’appel à rejuger Hakamada. La Commission ‘Justice et Paix’ du diocèse catholique de Tôkyô s’est jointe au mouvement six ans plus tard.

A ce jour, 102 détenus se trouvent dans les couloirs de la mort des prisons japonaises, détenus à l’isolement, certains d’entre eux depuis plusieurs dizaines d’années, indique The Japan Times. Une cinquantaine d’entre eux ont épuisé tous les recours et peuvent être exécutés d’un jour à l’autre, selon l’usage en cours dans le système judiciaire japonais. De septembre 2005 à décembre 2006, durant quinze mois, le Japon a connu un moratoire de fait, le ministère de la justice alors en fonction, Sugiura Seiken, un avocat opposé à la peine capitale au nom de ses convictions bouddhistes, refusant de signer les décrets d’application des peines capitales (2). Son successeur, Nagase Jinen, ne partage pas ces valeurs et quatre condamnés ont été exécutés le 25 décembre 2006 (3).

Notes

(1) ENI - Nouvelles œcuméniques internationales, 2 juillet 2007 (2) Voir EDA 448 (3) Pour justifier le maintien de la peine capitale dans le système judiciaire, les autorités japonaises mettent en avant les sondages qui indiquent que 80 % des Japonais se disent favorables à la peine de mort. Ne pas l’appliquer reviendrait à affaiblir le système judiciaire, font valoir les partisans de la peine de mort. Les abolitionnistes, eux, espèrent que l’introduction du jury populaire en 2009 permettra de réduire le nombre des condamnations à la peine de mort. Début 2007, les parlementaires abolitionnistes ont proposé un moratoire de deux ans aux exécutions afin de faire mûrir un projet d’abolition accompagné de la création d’une peine de prison à perpétuité assortie d’une période de sûreté de trente ans (voir l’article de Philippe Pons dans Le Monde du 15 janvier 2007).