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Asie du Nord-Est - Japon

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L'EGLISE CATHOLIQUE AU JAPON A-T-ELLE UN AVENIR ? OUI, SI. [ Bulletin EDA n° 455 ]

16/01/2007 - par par le P. William Grimm, MM

L'Eglise catholique au Japon a-t-elle un avenir ? Il s'agit sûrement d'une question à ne pas poser parce que le Seigneur nous a promis que l'Eglise vivrait quoiqu'il arrive, mais surtout parce que les gens ne veulent pas en entendre la réponse ou les réponses. Ce qui pourrait être spécialement vrai de ceux qui sont responsables de l'avenir de l'Eglise, tant au Japon que dans d'autres pays. Un regard sans concession sur la situation peut certes ne pas être encourageant, mais il y a peu de chance que nous puissions répondre efficacement à la question que nous posons si nous n'osons pas regarder pas les choses en face.

Quelle est la situation ? En 2002, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales prévoyait que la population de l'archipel atteindrait son apogée en 2006 et commencerait à décliner en 2007. En fait, le déclin a commencé en 2005. Les prévisions estiment une diminution de plus de 8 % de la population d'ici à vingt-cinq ans.

Non seulement la population décline mais elle vieillit. En 2000, on comptait 18,5 millions de jeunes de moins de 15 ans. Ils représentaient 15 % de la population. En 2030, ils ne seront plus que 11 %. Les 15-65 ans, le cour de la population active, représentent 68 % de la population actuelle, mais les pronostics prévoient qu'ils n'en formeront plus que 59 % dans un quart de siècle. Ce groupe qui va en s'amenuisant aura à supporter, directement ou par le truchement des taxes, le seul groupe en croissance, celui des personnes âgées. Vers 2030, les plus de 65 ans constitueront 30 % de la population du Japon, si la tendance actuelle perdure.

L'avenir du pays est en jeu. C'est ce qu'on pouvait lire dans le Livre blanc du ministère de l'économie, du Commerce et de l'Industrie en 2005 : « Avec la baisse du taux de natalité, une société âgée et une population déclinante, l'économie japonaise ne connaîtra à long terme qu'une faible expansion, tandis que l'économie mondiale, spécialement celle de l'Asie de l'Est, pourra compter sur une croissance soutenue."

Aussi peut-on se poser la question : le Japon a-t-il encore un avenir ? Ceux qui connaissent la société japonaise dans sa totalité répondent à la question par un : "Oui, si." Le Livre blanc cité plus haut affirme : « Si le Japon voulait essayer de compenser le déclin des forces de travail de sa population par celles de travailleurs migrants, il devra accepter annuellement des centaines de milliers de ces travailleurs." Une projection évoque le chiffre de 900 000 personnes par an. En 2003, le Japon a accepté 23 000 travailleurs étrangers seulement. Si le Japon se décidait à accepter plus d'étrangers, l'avenir se présenterait différemment. Mais le pays, lui aussi, serait différent. Or il semble que la perspective de voir le Japon de demain comme une nation pluriethnique ne soit pas acceptée avec beaucoup d'empressement.

Bien qu'il n'existe aucune recherche statistique capable de fournir une réponse complète, spécialement au sujet des laïcs, on peut supposer sans grand risque de se tromper que la dynamique qui anime le Japon dans son ensemble se retrouve dans l'Eglise. Le clergé et les assemblées des fidèles vont en vieillissant.

D'après des données de 2005 publiées par la Conférence des évêques du Japon, il y avait, à cette date, 1 667 prêtres dans le pays et l'âge moyen était de 61 ans. Parmi eux, 611 (soit 37 %) avaient plus de 70 ans et 435 seulement moins de 50 ans. A en juger par la prépondérance des cheveux gris dans les assemblées des fidèles, le même vieillissement se constate chez les laïcs.

Le nombre des baptêmes est en baisse rapide. Dans les années 1990, les baptêmes d'enfants étaient environ de 5 000 par an. Ce chiffre est tombé à 4 000 depuis 2000 et beaucoup de ses enfants baptisés sont des enfants de migrants. Le déclin des baptêmes d'adulte est encore plus drastique. Il y a une dizaine d'années, quelque 10 000 adultes rejoignaient l'Eglise catholique chaque année. Leur nombre n'est plus que de 7 000 environ.

En 2004, on a compté 3 633 décès chez les catholiques. De surcroît, le nombre des non-pratiquants augmente régulièrement. Beaucoup de ceux qui ont été baptisés dans l'immédiat après-guerre décèdent. Il n'est pas loin le moment où le nombre des décès dépassera celui des baptêmes. Quant au nombre des pratiquants catholiques japonais réguliers, qui se maintenait à environ 400 000, il va lui aussi commencer à décliner.

Ainsi donc, l'Eglise du Japon a-t-elle un avenir ? La réponse est la même que pour le pays considéré dans son ensemble : "Oui, si." L'an dernier, pour la première fois de son histoire, le nombre des catholiques au Japon a dépassé le million (1). La raison de cette augmentation est l'afflux des étrangers dont nous a parlé le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie. Beaucoup de ceux qui arrivent légalement ou non au Japon viennent du Brésil, du Pérou ou des Philippines. Ils sont jeunes et viennent de pays à prédominance catholique.

Jusqu'ici la réponse de l'Eglise du Japon a été assez bonne à cet afflux de fidèles. Nombre de prêtres ont appris au moins à administrer les sacrements en portugais, en espagnol ou en anglais. Les paroisses ont ouvert leurs locaux aux migrants (2). Pourtant, une difficulté demeure. Ces nouveaux arrivants sont encore globalement considérés par les évêques, les prêtres et les laïcs comme un problème à traiter. Vouloir résoudre les besoins pastoraux des étrangers est admirable, mais partir du principe qu'ils sont un problème est une grave erreur. Traiter ces gens comme étant un problème les éloignera à terme de l'Eglise.

Il est temps de réaliser que plus de 600 000 catholiques non japonais au Japon sont l'Eglise du Japon. Les catholiques japonais sont une minorité, une minorité en déclin. Les responsables de l'Eglise au Japon, aussi bien ceux de la hiérarchie que du laïcat, sont-ils prêts à organiser et planifier leurs activités, l'évangélisation et la liturgie en fonction d'une Eglise pluriethnique, multiculturelle ou seulement japonaise ? (3) Continuera-t-on à considérer l'afflux des étrangers (outsiders) comme un problème à traiter à partir du seul point de vue d'une minorité en déclin ? L'Eglise a-t-elle un avenir au Japon ? "Oui, si ."

Notes

(1)Voir EDA 382 et 415<br />(2)Sur l'influence des étrangers et leur accueil dans les paroisses, voir EDA 181, 230, 231, 246, 267, 283 (Cahier de documents : "L'influence des migrants sur l'Eglise japonaise et EDA 367 (Cahier de documents : "Les étrangers au Japon frappent à la porte et au cour de l'Eglise catholique <br />(3)Déjà au XVIe siècle, l'Eglise du Japon se reconnaissait multiculturelle (voir EDA 234). Sur l'accueil des étrangers par les évêques du Japon, voir en particulier EDA 267, 273, 314 ainsi que EDA 135 (Dossier : "Les travailleurs étrangers au Japon et EDA 153 (Cahier de documents : "Déclaration de la Conférence épiscopale sur les problèmes de l'immigration : à la recherche du Royaume de Dieu qui transcende les différences de nationalités <br />

Ndlr

[NDLR - L'auteur de l'article ci-dessous, le P. William Grimm, de la Société missionnaire de Maryknoll (Etats-Unis), est rédacteur en chef de Katorikku Shimbun, l'hebdomadaire de la Conférence des évêques catholiques du Japon, et correspondant au Japon de l'agence Ucanews. La question qu'il pose est une question existentielle pour l'Eglise du Japon, à l'heure où plus de la moitié des catholiques au Japon sont des étrangers, qui, pour beaucoup d'entre eux, ne maîtrisent qu'imparfaitement la langue japonaise. Tout ce qui se vit déjà de positif dans les paroisses n'empêche pas les évêques de vouloir rester prudents. Dans un pays où la faiblesse de la natalité entraîne déjà une diminution de la population, les évêques appellent à un respect mutuel entre les peuples et prennent position contre la résurgence de collusions entre le shintô, l'Etat et un nationalisme renaissant (voir EDA 452).<br />A la fin de l'article, publié uniquement dans la version en langue anglaise (Catholic Shimbun) du Katorikku Shimbun et repris en janvier 2006 sur les fils de l'agence Ucanews, une note avertit les lecteurs que le P. Grimm s'exprime en son nom propre et non pas au nom des évêques du Japon. La traduction est de la rédaction d'Eglises d'Asie<br />

Copyright

(EDA, UCAN, janvier 2007)<br />