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Les évêques catholiques demandent à la nouvelle présidente de tenir ses promesses de réforme sociale

Les évêques catholiques demandent à la nouvelle présidente de tenir ses promesses de réforme sociale

21/02/2013

A l’approche de son investiture le 25 février prochain, la présidente nouvellement élue Juliana Park Geun-Hye est pressée par l’Eglise catholique et les syndicats de tenir ses engagements de campagne sur les questions sociales.

Mardi 19 février, le Comité 'Justice et Paix' de la Conférence des évêques catholiques de Corée du Sud (CBCK) a publié un communiqué lors d’une conférence de presse à Séoul avant de remettre un rapport à l’équipe de transition présidentielle. Le P. Vincent Jang Dong-hun, secrétaire du comité, a rappelé que Mme Park Geun-Hye avait fondé son principal argument de campagne électorale sur son engagement à réaliser des réformes dans le domaine du travail, et en particulier à régler le conflit social au sein de la firme Ssangyong.

Depuis 2009, année où le constructeur automobile a licencié 2 600 salariés, la firme fait face à d'importants troubles internes qui ne montrent aucun signe d’apaisement. Des manifestations massives accompagnées de violents affrontements avec la police ont été suivies les mois suivants par des séries de suicides (plus d’une vingtaine), qui aujourd’hui encore, se poursuivent (les derniers cas se sont produits en décembre dernier).

Résoudre ce conflit doit être la priorité absolue de Juliana Park Geun-Hye, ont affirmé les évêques, qui ont ensuite énuméré les autres « tâches urgentes » auxquelles devrait s’atteler la nouvelle présidente dans le domaine social : la recrudescence des suicides, les licenciements abusifs, la discrimination au sein des entreprises et le harcèlement subi par les militants et les syndicalistes.

« Après l’élection présidentielle du 19 décembre, sept syndicalistes se sont suicidés, désespérés à l’idée que sous le mandat de Park Geun-Hye leurs problèmes ne seraient toujours pas résolus », a déclaré lors de la conférence de presse Mgr Matthias Ri Iong-hoon, évêque de Suwon et président du Comité 'Justice et Paix'. « Ils ont été poussés au désespoir par les capitalistes qui les sacrifient sans état d’âme au nom du profit, mais aussi par un gouvernement irresponsable et ignorant, sans compter le silence et le rejet de la société qui les entoure », a poursuivi l’évêque.

Une critique sévère du monde du travail qui rejoint les déclarations qu'avait déjà faites la CBCK à la veille des élections de décembre. L’Eglise catholique avait en effet fait part à ses fidèles de ses recommandations concernant le vote, selon une tradition aujourd’hui bien établie. Parmi les principaux problèmes de société évoqués figurait en toute première place « l’affaire de la firme Ssangyong », dont les évêques avaient dit que « les travailleurs y avaient été traités, non comme des êtres humains, mais comme de simples outils ».

Le document lu par le Comité 'Justice et Paix' à la conférence de presse a été ensuite remis à l’équipe de transition présidentielle. « Nous ne manquerons pas de prendre en compte l’opinion de l’Eglise catholique dans les mesures et les lois que nous allons mettre en place », a assuré Chung Ik-hoon, membre du comité de transition et directeur du Proposal Center for People's Happiness (1).

Ces remontrances de l’Eglise, dont l'influence est forte en Corée du Sud (les chrétiens représentent environ 30 % de la population, dont un tiers de catholiques), intervient alors que la nouvelle présidente du pays voit son image de « dirigeante intègre » mise à mal par des affaires de corruption touchant son entourage politique proche.

Parallèlement, la Confédération des syndicats de Corée (Korean Confederation of Trade Unions, KCTU) et d’autres associations syndicales comme le Korean Government Employees' Union (KGEU) ou le Korean Metal Workers Union (KMWU), multiplient les grèves, sit-in et manifestations de masse – soutenus ouvertement par l’Eglise – réclamant du nouveau gouvernement qu’il respecte les engagements pris pendant la campagne électorale.

Depuis la fin du mois de décembre (peu après la reprise des suicides), certains militants ont entamé une grève de la faim pour obtenir la reconnaissance des droits syndicaux tels que définis par l’Organisation internationale du travail, la réintégration des employés licenciés abusivement et la protection des travailleurs intérimaires.

Parmi d'autres engagements, la fille de l’ancien dictateur avait en effet promis de titulariser massivement les millions d’intérimaires, qui, par leur extrême précarité, sont les premiers à être touchés par la crise économique, le chômage et le suicide. Un engagement qui n'a pas tardé à se heurter à l’opposition déterminée des grands chaebols (conglomérats sud-coréens), et ce malgré les rappels à l’ordre de l’Assemblée nationale.

Selon le Korea Times du 6 février dernier, la résistance des firmes commencerait cependant à s’émousser quelque peu et certaines d’entre elles auraient accepté de revoir les conditions de travail de leurs employés. Par exemple, le constructeur automobile Hyundai Motors, bien qu’il refuse encore de titulariser ses quelque 8 000 employés précaires (plus de 20 % de ses effectifs), aurait ainsi entrepris des démarches pour indemniser les familles des salariés décédés ou atteints de maladies contractées au sein de la firme.

Quant à Ssangyong, elle envisagerait de titulariser certains de ses intérimaires. En revanche, aucune mesure n’aurait été prise concernant les familles des nombreux employés suicidés. Très préoccupé par cette « absence d’humanité », le Comité 'Justice et Paix ' de la CBCK a commencé à réunir des fonds pour soutenir financièrement les proches des victimes.

Notes

(1) Le Center for Proposals for the People's Happiness, fondé par le comité de transition présidentielle, s’est donné pour but de recueillir les souhaits de la population, « les Sud-Coréens ne semblant pas heureux, malgré le développement économique de leur pays ».