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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Grande « marche pour la vie » dans les rues de Séoul

Grande « marche pour la vie » dans les rues de Séoul

18/06/2013

Plusieurs milliers de personnes de toutes religions ont défilé à Séoul lors d’une « marche pour la vie ». Sous la bannière « La vie parle, la vie écoute, la vie marche ! », les manifestants ont appelé le gouvernement à respecter la vie, spécialement celle de l’enfant à naître.

Organisée par la Fédération pour la vie, un groupe interreligieux qui milite contre l’avortement, cette marche de 4 km s’est tenue le 8 juin dernier dans le district de Yeouido de la capitale sud-coréenne. Plus de 3 000 personnes venues de différents milieux et religions ont manifesté dans les rues de Séoul, demandant au gouvernement de « mettre le sens sacré de la vie au cœur de la société », et d’abolir la Loi sur la santé de la mère et de l’enfant (1).

Avant d’entamer leur marche à travers la ville, les manifestants avaient énoncé leurs demandes, lesquelles ont ensuite été reprises sur le site de la Conférence des évêques catholiques de Corée (CBCK) lundi 17 juin. Dans leur manifeste, les militants pro-vie demandent au gouvernement et au Parlement d’abolir la loi sur l’avortement, de sanctionner l’infanticide (ce qui comprendrait l’enfant à naître), de mettre en place des soutiens financiers pour femmes enceintes et filles-mères, et de prendre en charge les enfants handicapés.

L’Eglise catholique propose déjà elle-même d’accueillir dans ses hôpitaux et de soutenir financièrement, matériellement et moralement, les femmes seules voulant garder leur enfant. Cette initiative, baptisée « Projet pour une nouvelle vie », a été mise en place officiellement en février 2011 par Mgr Gabriel Chang Bong-hun, évêque de Cheongju et président du Comité de bioéthique de la CBCK.

Lors de la manifestation du 8 juin, Mgr Linus Lee Seong-hyo, président de la Commission pour la vie de la CBCK, a également souligné que si le gouvernement voulait réduire le taux d’avortement, aujourd’hui dramatiquement élevé en Corée du Sud, il devait « faire machine arrière dès maintenant » et prendre les mesures nécessaires afin de « donner aux gens la chance de pouvoir faire le bon choix ».

Ces dernières années, les évêques catholiques de Corée du Sud n’ont cessé de renouveler leur opposition à l’avortement ainsi qu’aux procédés contraceptifs, préconisant la diffusion des méthodes de régulation naturelle des naissances.

En 2001, lors de l’introduction sur le marché de « pilule du lendemain », la Commission ‘Justice et paix’, la Commission pour la Pastorale familiale et celle pour la Doctrine de la foi de la Conférence épiscopale de Corée du sud avaient toutes exprimé leur profonde inquiétude face à « la mise en place d’une culture mortifère ». Depuis 2011, la CBCK a même instauré un « dimanche pour la vie » célébré chaque année au mois de mai, afin d’« engager la société à restaurer la dignité humaine et le respect de la vie de sa conception aux derniers instants ».

« Concernant l’avortement en Corée du Sud, rien n’a changé et la situation est toujours aussi tragique », avertit encore Mgr Linus Lee Seong-hyo. « Malgré de grands succès remportés dans différents domaines, poursuit l’évêque, notre nation est restée sous-développée sur cette question du droit à la vie. »

A l’heure actuelle, l’indice synthétique de fécondité en Corée du Sud est de 1,24, soit l’un des plus faible du monde. Bien que l’avortement soit toujours officiellement une pratique illégale (hors du cadre autorisé par la Loi sur la santé de la mère et de l’enfant), il est cependant pratiqué très largement et facilement dans tout le pays.

Le nombre d’avortements en Corée du Sud est généralement estimé à 1,5 million par an. D’autres sources font mention de deux millions d’avortements annuels tandis que certaines statistiques, comme celles du ministère de la Santé, indiquent quelque 350 000 avortements enregistrés médicalement par an (ce qui correspond cependant à près de 44 % des grossesses). De tels écarts de chiffres s’expliquent par le fait que l’illégalité de la pratique ne permet de prendre en compte que les avortements déclarés et rentrant dans le cadre de la loi.

Face à une natalité à ce point déprimée, l’Eglise n’est plus la seule aujourd’hui à plaider en faveur d’un changement des mentalités. Des groupes issus de la société civile, sans étiquette religieuse, et réunissant des membres de milieux très divers sont récemment apparus afin de « promouvoir le respect de la vie ».

A la tête de l’un de ces mouvements, le Dr Shim Sang-duk, gynécologue et obstétricien à Séoul, veut tenter de « réduire d’un tiers le nombre des avortement sur les dix prochaines années ». Ne se réclamant d’aucune conviction religieuse particulière, le Dr Shim pense néanmoins que le taux abyssal d’avortements dans le pays va conduire ce dernier à sa ruine. « Les médecins ont pour fonctions d’agir pour le bien de leurs patients, explique-t-il. Pendant que nous gagnons de l’argent et des honneurs dans le temps présent, un avenir très sombre se prépare : notre engagement a pour but de donner à la femme un meilleur avenir (...) et pour cela, il nous faut éliminer toutes les formes d’avortements, sauf celles qui sont nécessaires pour sauver la vie d’une femme enceinte. »

Notes

(1) L’amendement du Code pénal coréen de 1973, sous le nom de « Mother and Child Health Law », a autorisé l’avortement sous certaines conditions : malformations graves du fœtus, maladie congénitale de l’un des deux parents, grossesse à la suite d’un viol ou d’un inceste ou encore grossesse mettant en danger la vie de la mère.