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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Selon le président de la Conférence épiscopale sud-coréenne, Pyongyang, en multipliant les menaces d’agression, cherche des assurances quant à son avenir

Selon le président de la Conférence épiscopale sud-coréenne, Pyongyang, en multipliant les menaces d’agression, cherche des assurances quant à son avenir

16/04/2013

Alors que, le 15 avril, à Pyongyang, le régime en place a célébré avec faste le 101ème anniversaire du père fondateur de la République populaire démocratique de Corée, au Sud, le président de la Conférence des évêques catholiques de Corée a exprimé l’idée qu’en multipliant les menaces d’agression militaire, le pouvoir nord-coréen « cherchait à obtenir une aide financière de l’étranger tout en n’apparaissant rien concéder quant à sa fierté et à son autosatisfaction ».

S’exprimant par e-mail dans une interview publiée le 9 avril dernier par l’agence américaine CNS (Catholic News Service), Mgr Peter Kang U-il, évêque de Cheju et président de la Conférence épiscopale sud-coréenne, a précisé que les évêques catholiques de son pays « se sentaient particulièrement désolés » des tensions provoquées par les gesticulations nord-coréennes, notamment parce que celles-ci rendaient « le monde entier très anxieux et inconfortable ». Certes, a-t-il ajouté, les Sud-Coréens « apparaissent calmes et tranquilles », mais, pour autant qu’ils puissent être habitués aux menaces venues du Nord, « personne ne peut cependant nier la possibilité d’un affrontement militaire imprévu ».

Dans ce contexte, a analysé l’évêque, les menaces à répétition de Pyongyang peuvent s’expliquer par l’incapacité du régime à revitaliser son économie et l’impossibilité pour lui de redresser « une situation désespérée » sans recourir aux investissements étrangers, tout en ne concédant rien sur le plan du discours de manière à maintenir « l’estime de soi et l’autoréférence » qui constituent la base de l’idéologie sur laquelle s’appuie la dynastie des Kim.

Depuis soixante ans que la guerre de Corée (1950-1953) est finie, poursuit encore l’évêque, l’idéologie du juche développée par Kim Il-sung, grand-père de l’actuel dictateur Kim Jong-un, exalte sans fin la supériorité de l’histoire et de la culture coréenne. Cette philosophie faite d’isolement et de développement autocentré n’a toutefois pas empêché « la destruction complète de l’économie » du pays, laissant la Corée du Nord à la merci d’un sort semblable à celui des autres pays socialistes dont l’économie a fini par s’effondrer. Si le régime en place au Nord a conscience que le déclenchement réel d’une guerre lui serait fatal, acculé par une situation de faillite économique, il ne sait pas faire autrement que « présenter au monde ses requêtes de manière violente ». Face à cela, le monde doit faire preuve « de beaucoup de compassion » vis-à-vis d’un régime et d’un peuple « qui sont restés isolés du monde moderne durant si longtemps ».

En Corée du Sud, si le gouvernement de la nouvelle présidente Park Geun-hye et l’opinion publique n’excluent pas la possibilité d’un accrochage militaire limité tant la tension autour de la frontière est montée haut ces derniers jours, beaucoup ne croit pas à un affrontement généralisé. Le retrait, le 8 avril dernier, par la Corée du Nord de ses 53 000 travailleurs du complexe industriel intercoréen de Kaesong n’est pas interprété comme le signe d’une rupture définitive. Lee Jang-hi, professeur de droit international à l’Université Hankuk à Séoul, y voit au contraire une manœuvre du Nord pour obtenir une augmentation des salaires versés par les industriels sud-coréens (160 dollars mensuels par travailleur), avant « d’accepter une invitation à revenir à la table des négociations ». Situé à la bordure nord de la Zone démilitarisée qui sépare les deux Corée, Kaesong est une source majeure de devises pour Pyongyang (80 millions de dollars/an) mais, par le passé, en dépit de ses difficultés économiques, le régime nord-coréen s’est toujours montré capable de sacrifier un profit immédiat en vue d’un gain futur plus important, explique cet universitaire.

Pour Paul Yoo Ho-yeol, spécialiste de la Corée du Nord à l’Université de Corée à Séoul, Pyongyang « recourt à la bonne vieille tactique qui consiste à menacer pour obtenir ce qu’il souhaite ». A la suite d’un nouvel essai nucléaire nord-coréen en février, l’ONU a renforcé, en mars, les sanctions internationales visant la Corée du Nord de manière à tarir ses sources de financement. Aujourd’hui, Kim Jong-un multiplie les menaces pour obtenir de conserver son arsenal nucléaire tout en réinitialisant l’aide internationale, analyse le professeur. Ruiné économiquement, incapable de soutenir une guerre conventionnelle avec le Sud qui irait au-delà de quelques affrontements localisés, l’arme nucléaire fait plus que jamais figure d’assurance-vie pour le régime de Kim Jong-un, conclut Paul Yoo.