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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Un évêque catholique escalade un pylône électrique pour réclamer le règlement d’un conflit social

Un évêque catholique escalade un pylône électrique pour réclamer le règlement d’un conflit social

26/03/2013

Le 25 mars dernier, Mgr Lee Yong-hun (Ri Iong-hoon), évêque du diocèse de Suwon et président du Comité ‘Justice et Paix’ de l’épiscopat catholique sud-coréen, est monté, en compagnie d’un de ses prêtres, sur la plateforme située à mi-hauteur d’un pylône supportant une ligne électrique à haute tension. Il a tenté de convaincre deux anciens employés du constructeur automobile Ssangyong Motors...

... retranchés là depuis 126 jours de descendre, les assurant que seule une issue négociée pouvait mettre fin au conflit social dans lequel ils sont impliqués et qui dure depuis quatre déjà.

A sa descente du pylône, Mgr Lee a déclaré être très inquiet pour la santé des deux hommes. « Après trois mois passés là-haut [au cœur du glacial hiver coréen], ils ne sont pas en bon état. Si un dialogue s’engage, ils ont promis de descendre. L’Eglise fera tout son possible pour y contribuer », a précisé l’évêque de Suwon, dont le territoire comprend la ville de Pyeongtaek, située au sud de Séoul, où se trouve l’usine Ssangyong en question. Au sujet de celle-ci et du conflit social qui dure depuis 2009, le prélat a ajouté : « Le moral des salariés, de leurs familles, des ex-employés est au plus bas. A ce jour, ce conflit social a causé la mort de 24 personnes et on ne peut accepter qu’il y ait de nouvelles victimes. La société doit s’impliquer pour lui trouver une issue. »

L’affaire de Ssangyong a débuté en avril 2009 lorsque le principal actionnaire chinois du constructeur automobile a refusé de réinvestir dans l’entreprise placée en redressement judiciaire. La direction de l’usine de Pyongtaek avait alors annoncé le licenciement de 2 645 personnes, soit 37 % des effectifs, mesure à laquelle les syndicats s’étaient immédiatement opposés, réclamant un partage du travail et une injection de fonds publics. Un violent assaut des forces spéciales de la police avait mis fin à une grève de 77 jours et à l’occupation de l’usine par les grévistes. Au plus fort des affrontements, la Commission sud-coréenne des droits de l’homme et la Confédération syndicale internationale avaient dénoncé des « atteintes à la dignité humaine la plus élémentaire », appelant en vain le gouvernement et les dirigeants de Ssangyong à stopper l’assaut contre l’usine et à mettre en place des négociations pacifiques.

Rachetée plus tard par le groupe indien Mahindra, l’usine a recommencé à tourner, mais, à l’exception de 455 anciens salariés placés en congé sans solde, les promesses de réintégration des employés licenciés – et notamment des syndicalistes – n’ont pas été tenues. Pour les ouvriers licenciés, le fait d’avoir été mis à la porte de Ssangyong a suffi à les placer, aux yeux de futurs éventuels employeurs, dans la catégorie des éléments perturbateurs et l’impossibilité de retrouver un travail a poussé 24 d’entre eux et de leurs proches au suicide. Dans la presse et l’opinion publique sud-coréennes, le drame des employés de Ssangyong est devenu emblématique des traumatismes causés ces dernières années par les licenciements économiques et la course effrénée au profit et à la productivité des grands groupes.

La visite de Mgr Lee aux deux hommes sur leur pylône a coïncidé avec la fin du premier mois de la présidence Park. Elue le 19 décembre dernier, devenant la première femme à entrer à la Maison Bleue, siège de la présidence, Park Geun-hye, 61 ans, avait notamment fait campagne sur le thème de la justice et de l’unité sociales. En fonction depuis le 25 février dernier, la présidente a cependant commencé son mandat avec une cote de popularité en baisse notable. Le 19 février, le Comité ‘Justice et Paix’ de l’Eglise catholique en Corée du Sud avait énuméré « les tâches urgentes » auxquelles devait s’atteler la nouvelle présidente dans le domaine social. La recrudescence des suicides, les licenciements abusifs, la discrimination au sein des entreprises et le harcèlement subi par les militants et les syndicalistes étaient cités comme autant de points d’attention prioritaires.

Ce 25 mars, après la visite de Mgr Lee aux deux syndicalistes sur leur plateforme, l’évêque auxiliaire de Suwon, Mgr Lee Seong-hyo, a célébré une messe en plein air au pied du pylône. Face à une assistance d’environ 700 personnes, les intentions de prières ont été l’occasion d’appeler les dirigeants de Ssangyong, le gouvernement et les syndicats à former un comité délibératif pour trouver une issue au conflit. Ont ainsi été évoqués la nécessité de réintégrer les employés licenciés, de créer une réponse gouvernementale aux licenciements massifs, d’empêcher la judiciarisation des conflits sociaux et de mettre fin aux saisies frappant les biens des ex-salariés réduits à la pauvreté.

Du haut de leur plateforme, les deux anciens salariés de Ssangyong observaient la scène : Han Sang-gyun, 52 ans, ancien responsable à Ssangyong du Syndicat des métallurgistes, et Bok Gi-seong, 37 ans, vice-président du syndicat des travailleurs intérimaires de l’usine Ssangyong. Au pied du pylône, Kim Jeong-woo, actuel président du Syndicat des métallurgistes, faisait part de son désarroi. « Quand je lève la tête sur ce pylône, je reste sans voix. Quand mes collègues là-haut me regardent, c’est la même chose. Ma vie est un enfer, a-t-il témoigné. Depuis le début, nous sommes prêts à entamer des discussions. Mais depuis les licenciements de 2009 et ces 126 jours de protestation ‘dans les airs’, nous n’avons pas reçu un seul signal de la part du management au sujet d’éventuelles négociations. »

Le 31 mars prochain, pour le dimanche de Pâques, le pasteur Son Dal-ik, de l’Assemblée générale de l’Eglise presbytérienne de Corée, célébrera un service religieux à Séoul, à Daehanmun, devant le mémorial improvisé en mémoire des victimes du conflit Ssangyong.

A travers l’ensemble du pays, on estime à une vingtaine les conflits sociaux qui se prolongent sans fin négociée. Des sit-in de longue durée (plus de 300 jours) ne sont pas rares. A Ulsan (Hyundai Motor) et dans deux autres localités, des salariés licenciés se sont eux aussi réfugiés sur des hauteurs imprenables par les forces de l’ordre.