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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Les évêques japonais apportent leur soutien aux opposants du projet de base militaire sur l’île coréenne de Jeju

Les évêques japonais apportent leur soutien aux opposants du projet de base militaire sur l’île coréenne de Jeju

05/02/2013

« Nous sommes venus ici pour exprimer notre solidarité avec les personnes qui manifestent, ainsi que pour prier pour la paix dans le monde, tout particulièrement en Asie orientale. » C’est par ces mots que Mgr Joseph Takami Mitsuaki, archevêque de Nagasaki, en visite en Corée du Sud, a exprimé le 31 janvier dernier le soutien que l’Eglise catholique du Japon désirait apporter aux opposants à la base navale actuellement en construction sur l’île de Jeju (Cheju).

Président de la Commission chargée des questions sociales au sein de la Conférence épiscopale japonaise, Mgr Takami présidait une délégation de sept évêques japonais. Le principal objet de leur visite de quatre jours en Corée du Sud, du 29 janvier au 1er février derniers, était d’exprimer la solidarité des catholiques japonais envers les opposants à la base navale de Jeju. En compagnie de l’évêque de Jeju, Mgr Peter Kang U-il, qui est aussi le président de la Conférence des évêques catholiques de Corée, ils ont célébré une messe sous l’une des tentes dressées devant l’entrée du chantier de la base.

Depuis le dévoilement du projet de construction militaire à Jeju en 2007, l’opposition des habitants du village de Gangjeong, sur le territoire duquel se trouve la future base, n’a cessé de grandir, même si les combats qui ont été menés contre l’administration coréenne ont fini par diviser la population villageoise. L’opposition d’une partie de l’ensemble des habitants de Jeju, une île à l’identité particulière, a toutefois pris le relais et l’Eglise catholique locale, notamment par la voix de son évêque, Mgr Kang, s’est montrée très active sur ce plan. Ces derniers temps, plusieurs prêtres locaux ont été interpellés et détenus pendant quelques temps pour avoir fait obstruction aux travaux en cours.

Au sujet de la future base, qui doit à terme accueillir une vingtaine d’unités de la marine sud-coréenne et éventuellement des navires américains, Mgr Takami a estimé que « la situation à Jeju était très similaire à celle d’Okinawa », où les bases américaines accaparent 20 % du territoire de l’île et où la question du transfert de la principale base aérienne, située en plein milieu d’une ville, fait polémique depuis quelques années.

Si l’emprise territoriale de la base de Gangjeong apparaît à l’évidence moindre à Jeju que celle des bases américaines à Okinawa, le parallèle établi par l’évêque japonais entre les deux territoires coréen et japonais renvoie très certainement au contexte géopolitique local. En effet, outre les questions liées à la défense de l’environnement (la base navale à Jeju est construite sur un littoral protégé), les opposants au projet mettent en avant les dangers que la base fera courir à la paix dans une région déjà passablement riche en conflits potentiels (1). Selon les opposants à la base, le danger auquel doit faire face la Corée du Sud se trouve au nord, le long de la frontière que le pays partage avec son imprévisible voisin nord-coréen. Or, soulignent-ils, la base de Gangjeong est tournée vers le sud, donc vers la Chine, et une construction navale sud-coréenne à cet endroit ne pourra que favoriser la course à l’armement à laquelle l’ensemble des pays de la région se livrent depuis des années.

Pour les évêques catholiques japonais et coréen, citoyens de deux pays qui n’ont pas totalement refermé les blessures issues de l’histoire du siècle passé, de telles prises de position dans le champ social et politique ne sont pas inédites.

Depuis la mise en place en 1996 de réunions communes aux deux épiscopats, les responsables catholiques des deux pays ont appris à se connaître et à travailler ensemble. Dans le cas de Mgr Kang et de Mgr Takami, l’un et l’autre sont issus des générations nées dans l’immédiat après-guerre : Mgr Kang a vu le jour à Séoul deux mois après la fin de la seconde guerre mondiale et la libération de la Corée du joug japonais ; Mgr Takami est né à Nagasaki, sept mois après le largage de la deuxième bombe atomique américaine sur le Japon. Mgr Kang, qui parle japonais pour avoir fait une partie de ses études au grand séminaire de Tokyo, a jumelé son diocèse avec celui de Kyoto en 2005. Mgr Takami, dont le diocèse est séparé de celui de Busan (Pusan) par le détroit de Corée, est lui aussi un ardent avocat du rapprochement entre les deux peuples coréen et japonais.

En novembre dernier, à l’occasion de leur dix-huitième rencontre, les évêques coréens et japonais n’avaient pas hésité à prendre une position commune, appelant à « sortir du nucléaire ». Huit mois après la catastrophe de Fukushima, les évêques japonais rappelaient que dès 2001 ils avaient pris position contre le nucléaire : « Afin d’éviter une tragédie, nous devons développer des moyens alternatifs sûrs pour produire de l’électricité. » Dix ans plus tard, ils soulignaient que la « tragédie » à laquelle ils avaient fait référence en 2001 s’était malheureusement matérialisée « avec l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi ».

Le 14 novembre 2012, après une visite à la centrale de Wolsung de Gyeongju, les deux épiscopats prenaient position pour que leurs deux pays renoncent à court terme à l’énergie nucléaire. La Corée du Sud tire actuellement un tiers de son électricité du nucléaire et compte plusieurs réacteurs en voie d’achèvement (2).

Notes

(1) Outre la revendication que la Chine populaire exprime sur l’ensemble de la mer de Chine méridionale (conflits de souveraineté autour des îles Spratleys, des îles Paracels et du récif de Scarborough notamment), le différend territorial sino-japonais sur les îles Senkaku (îles Diaoyutai pour les Chinois) tout comme la contestation de souveraineté à propos des îles Takeshima (pour les Japonais) et Dokdo (pour les Coréens) constituent des risques très importants pour les équilibres en place, notamment pour l’alliance que les Etats-Unis entretiennent avec Séoul et Tokyo face à Pékin.
(2) Avant Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires, qui produisaient 29 % de l’électricité consommée dans le pays (2010). Aujourd’hui, 52 de ces 54 réacteurs sont à l’arrêt.