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Une Eglise évangélique renonce à illuminer un sapin de Noël à la frontière avec la Corée du Nord

Une Eglise évangélique renonce à illuminer un sapin de Noël à la frontière avec la Corée du Nord

28/11/2012

Le 26 novembre dernier, le ministère sud-coréen de la Défense a annoncé que le sapin de Noël qui devait être illuminé quelques jours avant Noël et jusqu’à l’Epiphanie, le 6 janvier 2013, à moins de trois kilomètres de la frontière avec la Corée du Nord ne le serait finalement pas. L’Association évangélique militaire de Corée, la dénomination évangélique qui menait ce projet, a précisé qu’elle renonçait à son entreprise en considération des craintes formulées par les populations avoisinantes. ...

... Celles-ci disent craindre que l’illumination du sapin ne provoque des représailles armées de la part de la Corée du Nord, laquelle a, par le passé, déclaré que ce type de manifestation ressortait de « la guerre psychologique » et appelait des mesures de rétorsion.

Les illuminations de sapin de Noël à proximité de la frontière avec la Corée du Nord sont une affaire ancienne. Plutôt que de pacifiques sapins symboles de paix et gages de bonne volonté entre les hommes, les sapins dont il est ici question sont des structures d’acier hautes de trente mètres surmontées d’une croix blanche lumineuse. Le premier sapin en acier remonte à 1954, soit immédiatement après la fin de la guerre fratricide qui ravagea la péninsule de 1950 à 1953. A l’époque, le fait que la liberté religieuse prévalait au Sud était utilisé comme argument par Séoul dans la guerre de propagande qui continuait de l’opposer à Pyongyang. Jusqu’en 2003, des groupes protestants sud-coréens (les protestants représentent aujourd’hui près de 20 % de la population sud-coréenne) illuminèrent ainsi un ou plusieurs sapins d’acier, notamment à Aegibong, colline située sur le flanc occidental de la frontière et faisant face à la ville nord-coréenne de Kaesong (Gaeseong). En éclairant ainsi une fraction du territoire nord-coréen, ils souhaitaient apporter un message de liberté à leurs frères du Nord et ils recevaient pour cela le soutien de l’armée sud-coréenne, seule en mesure de délivrer les autorisations nécessaires à une telle entreprise située dans une zone jouxtant la frontière sur-militarisée de la DMZ, le no man’s land qui sépare les deux Corées.

En 2004, du fait d’une détente entre les deux frères ennemis, un accord entre les deux gouvernements avait entraîné l’arrêt de toute propagande à travers la DMZ et les sapins de Noël étaient remisés dans un hangar. A la Noël 2010 toutefois, après le regain de tension consécutif au naufrage d’un navire de guerre sud-coréen et au bombardement par Pyongyang d’une île sud-coréenne, le sapin reprit du service et il aurait dû en être de même l’an dernier. Le décès du leader nord-coréen Kim Jong-il, le 17 décembre 2011, amena cependant le gouvernement sud-coréen à obtenir des deux Eglises protestantes qui géraient le projet d’annuler l’illumination du sapin d’Aegibong au nom du respect dû à la période de deuil observée en Corée du Nord.

Les raisons réelles qui ont amené l’Association évangélique militaire de Corée a renoncé à son projet sont floues. Selon le ministère de la Défense, « l’association n’a pas expliqué son choix mais sa décision semble avoir été prise après que des résidents habitant à proximité immédiate du sapin ont fait connaître leur opposition à cette action ». De fait, des résidents de la zone frontalière ont récemment formé un comité pour demander l’arrêt par des militants des droits de l’homme de l’envoi vers le territoire nord-coréen de ballons chargés de tracts anti-communistes. Ce comité a aussi demandé l’interdiction de l’illumination de sapins de Noël. La semaine dernière, une manifestation a été organisée en ce sens, ses organisateurs mettant en avant que, selon eux, de telles actions ne faisaient que susciter la controverse et augmenter inutilement la tension avec la Corée du Nord à un moment où les Sud-Coréens entrent officiellement en campagne électorale, pour l’élection de leur prochain président qui aura lieu le 19 décembre prochain.

A côté des questions sociales, sociétales et économiques, la politique que Séoul doit mener envers la Corée du Nord constitue de fait l’un des grands thèmes de la campagne. Après le retrait soudain, ce 23 novembre, de l’atypique candidat Ahn Cheol-soo, les deux principaux prétendants à la présidence, la conservatrice Park Geun-hye, du Parti de la nouvelle frontière, et le candidat du centre-gauche Moon Jae-in, du Parti démocrate unifié, doivent préciser quelle est leur conception des rapports à entretenir avec Pyongyang. Après la politique de la main tendue (Sunshine policy) en direction de Pyongyang, initiée en 1998 par le président Kim Dae-jung puis interrompue en 2008 par l’actuel président Lee Myung-bak, le pays est en attente d’une nouvelle politique vis-à-vis de son voisin nordique.