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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Touchée par de graves intempéries, la Corée du Nord refuse l’aide alimentaire de Séoul

Touchée par de graves intempéries, la Corée du Nord refuse l’aide alimentaire de Séoul

18/09/2012

La Corée du Sud tente de faire revenir Pyongyang sur sa récente décision de refuser l’aide humanitaire qu’elle avait cependant accepté deux jours plus tôt. Un désaccord sur la nature de l’assistance proposée est à l’origine de la volte-face de la Corée du Nord, dont la population est en attente de secours urgents après les graves intempéries qui ont touché la péninsule ces dernières semaines.

Le typhon Sanba, qui a balayé le week-end dernier le sud du Japon, s’est abattu lundi 17 septembre sur la Corée du Sud avant de se diriger vers le nord de la péninsule qu’il traversera ce mardi. Selon un premier bilan, la tempête tropicale, accompagnée de fortes pluies et de vents très violents, a fait au moins un mort, entraîné l’évacuation d’un millier d’habitants, provoqué des glissements de terrain, des inondations, des coupures d’électricité et de gros dégâts matériels dans la partie méridionale de la Corée du Sud.

Il s’agit du troisième typhon de la saison pour la péninsule, qui a déjà été frappée fin août par les cyclones tropicaux Bolaven et Temblin. Le typhon Bolaven, l’un des plus puissants observés depuis des décennies en Asie, a fait en Corée du Sud une quinzaine de morts et de nombreux disparus. Mais c’est en Corée du Nord que les tempêtes tropicales de l’été ont été les plus destructrices : selon les médias nord-coréens, le bilan s’élèverait à au moins 200 morts, 400 disparus et plus de 200 000 sans-abri.

Après une longue période de sécheresse, les typhons et les inondations catastrophiques qui se sont succédés cet été augurent d’une récolte de céréales désastreuse pour la Corée du Nord. Selon des spécialistes sud-coréens, une grande partie de ces récoltes ont été anéanties et le spectre de la famine se profile. Devant l’ampleur de la catastrophe annoncée, de nombreuses ONG, organisations civiles ou religieuses se sont mobilisées dès la fin de l’été en Corée du Sud pour demander au gouvernement de Séoul de relancer l’aide humanitaire à la Corée du Nord.

Parmi elles, l’organisation Religious Solidarity for Reconciliation and Peace of Korea (RSRPK), qui réunit des responsables du catholicisme, du bouddhisme, du protestantisme, du bouddhisme Won et du Cheondo-gyo, – une ONG interreligieuse qui est déjà intervenue à de nombreuses reprises dans des situations semblables –, a multiplié ces dernières semaines les conférences de presse, pétitions et campagnes de sensibilisation, en faveur d’une reprise de l’aide d’urgence aux populations nord-coréennes.

Dès le 3 septembre dernier, Séoul faisait parvenir par l’intermédiaire de la Croix-Rouge sa proposition d’aide, qui suivait de peu celle faite par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Le lundi 10 septembre, la Croix-Rouge de Corée du Nord transmettait à celle du Sud l’acceptation de Pyongyang, tout en précisant que l’offre de Séoul serait soumise à conditions sur les modalités et la nature de l’aide.

L’assistance humanitaire sud-coréenne consistait en 10 000 tonnes de farine (parmi lesquelles 500 tonnes fournies par l’ONG chrétienne World Vision), trois millions de sachets de nouilles instantanées ainsi que des médicaments et du matériel médical de première urgence. Le mercredi 12 septembre, soit deux jours après avoir fait part de son acceptation, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) faisait volte-face, déclarant qu’elle n’avait « pas besoin de ce type d’aide » et que la proposition de Séoul était « insultante ».

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue lundi 17 septembre, le ministre sud-coréen de la Réunification, Yoo Woo-ik, a déploré la réaction de Pyongyang, soulignant que ce refus causerait un grave préjudice à une population nord-coréenne déjà très affaiblie par la menace de famine et les intempéries qui aggravent de jour en jour sa situation alimentaire et sanitaire.

Cependant, le ministre, qui passe pour plus modéré que son prédécesseur, a tenu à déclarer qu’il maintiendrait, malgré les graves tensions qui sous-tendent actuellement les relations entre les deux Corées – auxquelles se rajoute désormais le refus de Pyongyang –, sa politique « de la main tendue » vers la Corée du Nord, et qu’il continuerait d’œuvrer à l’éventuelle « réunification du pays ».

Officiellement, le porte-parole du régime de Pyongyang n’aurait rien dit de plus pour expliquer le refus de la RPDC mais selon les informations qui ont filtré des pourparlers, la Corée du Nord aurait demander à recevoir, au lieu de l’aide alimentaire proposée, des matériaux de construction et d’équipement, du ciment et des sacs de riz.

L’an dernier, la Corée du Nord, dont la population subissait déjà une grave pénurie alimentaire, avait fait la même demande et essuyé le même refus. La différence, notable, résidait dans le fait que c’était Séoul qui avait retiré sa proposition d’assistance humanitaire, consistant en plusieurs tonnes de nouilles déshydratées, de lait en poudre pour bébé et de choco-pies (friandises dont les Coréens sont friands) ainsi que de médicaments (pour un montant de cinq millions de dollars). Le gouvernement sud-coréen avait expliqué qu’il entendait que les secours soient distribués aux populations, au lieu d’être détournés pour maintenir le régime en place avec du matériel de construction et l’alimentation de l’armée, pendant que la population ne recevrait aucun secours ni alimentaire ni médical.

La Corée du Sud a également en mémoire les incidents qui ont été à l’origine de l’arrêt de l’aide  humanitaire à la Corée du Nord, il y a deux ans. En 2010, alors que Séoul avait envoyé 300 tonnes de ciment, du matériel lourd et 5 000 tonnes de riz que Pyongyang avait demandé pour l’aider à se relever d’une précédente crise alimentaire, déclenchée une fois encore par des inondations catastrophiques, les convois humanitaires avaient été arrêtés suite à des attaques nord-coréennes contre le Sud (torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en mars 2010, bombardement de l’île sud-coréenne de Yongpyong en novembre 2010) tandis que les responsables du convoyage de l’aide sud-coréenne rapportaient le détournement délibéré des secours destinées aux populations par l’armée de la RPDC.