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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Le gouvernement change d’avis et place la pilule du lendemain au nombre des médicaments vendus uniquement sur ordonnance

Le gouvernement change d’avis et place la pilule du lendemain au nombre des médicaments vendus uniquement sur ordonnance

30/08/2012

Le 29 août dernier, le ministère de la Santé a annoncé qu’une récente décision de l’agence nationale du médicament était caduque et que, par conséquent, la délivrance de contraceptifs d’urgence, plus communément appelés « la pilule du lendemain », ne se ferait plus que sur ordonnance médicale. La mesure a été saluée par l’Eglise catholique comme un geste favorable au « respect de la vie ».

Il y a près d’un an, la Korea Food and Drug Administration (KFDA) a entamé une vaste refonte de la classification des médicaments vendus dans le pays. Ses travaux ont débouché sur le basculement de 212 médicaments de produits délivrés uniquement sur ordonnance à produits en vente libre dans les pharmacies, sans prescription médicale. Deux cent soixante-treize autres médicaments ont été maintenus sur la liste des médicaments délivrés sur ordonnance. Parmi eux figurent les pilules contraceptives, normales ou d’urgence, et le débat a été particulièrement vif ces derniers temps à leur sujet.

Au rang des partisans d’une libéralisation du mode de délivrance de la pilule du lendemain figuraient les organisations féministes ainsi que les syndicats de pharmaciens. Les organisations féministes défendaient le droit des Coréennes à disposer de leur corps, les pharmaciens faisaient valoir que si une consultation médicale était nécessaire pour la prise régulière d’un contraceptif normal, la pilule du lendemain, du fait de son caractère d’urgence, ne pouvait s’accommoder de la consultation d’un médecin. Le 7 juin dernier, une annonce de la KFDA a laissé penser qu’ils avaient eu gain de cause : il avait en effet été annoncé que la pilule du lendemain figurerait désormais au nombre des médicaments délivrés sans ordonnance.

Ce 29 août cependant, Kim Won-jong, directeur de la politique médicale au ministère de la Santé, a déclaré que le gouvernement avait changé d’avis et que les pilules du lendemain seraient maintenues sur la liste des médicaments nécessitant une prescription médicale. Il n’a pas expliqué les raisons du revirement gouvernemental et a seulement précisé, lors d’une conférence de presse, que « des défis vraiment difficiles au sein de notre société rendaient délicats l’obtention d’un consensus ». Il a ajouté que des consultations avaient été menées avec des groupes représentant différents secteurs de la société civile, religieuse et médicale. Cho Ki-won, directeur de la sûreté médicale au sein de la KFDA, a pour sa part expliqué que les effets de la pilule du lendemain seront étudiés au cours des trois prochaines années, les autorités gouvernementales se laissant la possibilité de reconsidérer leur décision après ce délai.

Au sein des adversaires d’une délivrance sans ordonnance de la pilule du lendemain, les syndicats de médecins ont bien accueilli la nouvelle. Certains analystes ont souligné que leur position pouvait ne pas être motivée que par l’éthique médicale mais par une défense de leurs intérêts économiques. Une étude de la KFDA indique en effet que les ventes de pilules contraceptives normales ont chuté de 13 % entre 2004 et 2010, période pendant laquelle les ventes de pilule du lendemain se sont envolées de 60 %. Les médecins n’avaient donc pas intérêt à voir échapper de leur cabinet de consultation les utilisatrices de pilules du lendemain.

Pour l’Eglise catholique, dont les instances se sont battues dès 2001 contre l’introduction en Corée du Sud de la pilule du lendemain (à l’époque dite pilule Norlevo ou RU 486), la décision du gouvernement va dans le sens d’une meilleure prise en compte du « respect de la vie ». La Commission Pro-Vie de la Conférence épiscopale a simplement rappelé que « la pilule [du lendemain] était un produit abortif qui élimine la vie ».

Dans un pays où les naissances hors mariage sont socialement stigmatisées et où le recours à l’avortement est très fréquent, le débat autour de la pilule du lendemain et la décision gouvernementale du 29 août s’inscrivent dans un contexte où la dénatalité que connaît le pays devient un objet de préoccupation générale.