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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Visite historique en Corée du Nord des principaux responsables religieux sud-coréens

Visite historique en Corée du Nord des principaux responsables religieux sud-coréens

21/09/2011

Ce mercredi 21 septembre, les représentants des sept plus importantes religions de Corée du Sud, tous membres de la Conférence coréenne des religions pour la paix (KCRP), se sont envolés de Séoul pour Pyongyang, via la Chine populaire, afin d’y effectuer une visite de quatre jours. Peu avant le départ, Mgr Iginus Kim Hee-joong, archevêque catholique de Kwanju (Gwangju) et président de la KCRP, s’est déclaré « plein d’espérance pour cette visite historique qui pourrait jouer un rôle important dans l’amélioration des relations entre les deux pays ».

Les 24 responsables religieux (comprenant des catholiques, des bouddhistes, des protestants, des confucianistes, ou encore adeptes de cultes autochtones comme le Cheondo-gyo (1), le bouddhistes won ou le chamanisme) ont signé une déclaration commune dans laquelle ils signifiaient vouloir par cette démarche « délivrer en Corée du Nord un message de paix des religions et contribuer ainsi à ouvrir une voie pour la réconciliation et la coopération entre les deux Corées ».

La tension entre les deux pays demeure en effet vive depuis que deux incidents meurtriers en 2010 ont conduit la Corée du Sud à suspendre quasiment tous les échanges avec Pyongyang et la communauté internationale à décréter des sanctions contre le pays communiste. Après le torpillage en avril 2010 de la corvette sud-coréenne Cheonan (46 morts) attribué par une commission d’enquête internationale à la Corée du Nord et en novembre de la même année le bombardement de l’île de Yeonpyeong (4 morts) par la Corée du Nord, Séoul avait gelé une grande partie des aides humanitaires à destination de son voisin du Nord. Ce n’est qu’il y a quelques mois que le président sud-coréen Lee Myung-Bak a accepté, sous la pression des groupes interreligieux et caritatifs du pays, de reprendre les aides alimentaires et humanitaires destinées à la Corée du Nord où la famine menace à nouveau fortement la population (2).

C’est le ministère de l’Unification qui a annoncé lundi dernier que le gouvernement sud-coréen avait répondu favorablement à la demande de la KCRP. Mgr Iginus Kim Hee-joong, qui est également président de la Commission pour le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques de Corée, s’en est réjouit auprès de l’agence Fides : « C’est un signe très positif. Les autorités du Nord nous ont invités et le gouvernement du Sud a donné son accord. Nous rencontrerons des responsables politiques et des autorités civiles. Nous espérons que cette visite pourra aider à rétablir un dialogue officiel entre les deux pays. »

A leur arrivée aujourd’hui dans la capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), les dignitaires religieux ont assisté à un dîner officiel. Le programme prévoit d’emmener la délégation visiter, demain 22 septembre, l’église catholique de Changchung et le temple protestant de Pongsu, avant de rencontrer des membres du North Korean Council of Religionists, unique organisme officiel censé représenter les différentes religions en RPDC (3), ainsi que son président, Samuel Jang Jae-on. La journée de vendredi sera consacrée à un temps de prière pour la paix au mont Baekdusan, considéré comme le berceau de la civilisation coréenne, avant de repartir pour Séoul le 24 septembre.

Ce séjour officiel de la délégation interreligieuse sud-coréenne a été précédé, début septembre, de la visite de 37 membres de l’Ordre Jogye, la plus importante dénomination bouddhiste de Corée du Sud, accompagnés de leur responsable, le Vénérable Jaseung. Cette incursion de cinq jours sur le territoire nord-coréen avait été autorisée dans le cadre très précis de la commémoration du millénaire de la création du Tripitaka Koreana, un recueil de textes bouddhiques sacrés gravés sur bois qui est vénéré dans les deux pays. Soulignant qu’il s’agissait de la première visite de ce genre depuis les incidents frontaliers de 2010, le ministère pour l’Unification avait précisé que ce voyage « était de nature purement religieuse ».

Parallèlement à la reprise des relations interreligieuses entre les deux pays, une rencontre capitale se joue également aujourd’hui à Pékin où le négociateur sud-coréen pour la Corée du Sud, Wi Sung-lac, et son homologue nord-coréen, Ri Yong-Ho, tentent de relancer les pourparlers sur la dénucléarisation de la RPDC, interrompus depuis près de trois ans. Cette réunion est la dernière d’une série de tentatives effectuées ces derniers mois afin de ramener le pays communiste à la table des négociations à Six (Chine, les deux Corées, Etats-Unis, Japon, Russie). Lors des dernières rencontres, la Corée du Nord était restée ferme sur son refus des « conditions préalables » à la reprise des pourparlers demandées par la Corée du Sud et les Etats-Unis, lesquelles consistaient en l’abandon par la RPDC de son programme d’enrichissement d’uranium ainsi que des essais nucléaires et des lancers de missiles, mais aussi l’autorisation d’accès des inspecteurs internationaux aux sites nord-coréens afin de vérifier la dénucléarisation du pays, et la reconnaissance de la responsabilité de Pyongyang dans les deux incidents frontaliers de 2010 (4).

Notes

(1) Le Chondo-gyo ou Cheondo-gyo est une religion syncrétique locale à tendance patriotique et nationaliste. Elle serait inspirée d’une révolte paysanne qui a éclaté à la fin du XIXème siècle contre le régime féodal.
(2) Voir dépêche EDA : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/coree-du-sud/alors-que-la-tension-s2019intensifie-entre-les-deux-corees-les-chretiens-sud-coreens-appellent-a-la-conciliation  et http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/coree-du-sud/des-responsables-religieux-font-pression-sur-le-gouvernement-sud-coreen-pour-que-soit-retablie-l2019aide-alimentaire-a-la-coree-du-nord
(3) Officiellement, la Corée du Nord déclare que différentes organisations bouddhistes, catholiques, protestantes et adeptes du Chondo-gyo existent sur son sol. Mais les visiteurs et les réfugiés nord-coréens affirment que ces organisations sont fictives et que les quatre églises érigées à Pyongyang (catholique, protestantes, et tout récemment russe orthodoxe), contrôlées par l’Etat, n’ont ni clergé, ni paroissiens. Lors des rares célébrations autorisées pour des délégations étrangères, aucun contact avec la population n’est autorisé. Selon des sources ecclésiastiques, l’« Eglise du silence » de RPDC représenterait plusieurs milliers de personnes se réunissant sans prêtres, dans des lieux privés. Depuis les années 1950, où l’Eglise en Corée du Nord a été totalement anéantie, les anciennes juridictions ecclésiastiques sont considérées comme vacantes par le Saint-Siège.
(4) Associated Press, 19 et 21 septembre 2011 ; Ucanews, 19 et 21 septembre 2011 ; Xinhua, 2, 19 et 21 septembre 2011 ; Fides, 2 septembre 2011.