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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Alors que les tensions avec Pyongyang augmentent, l'Eglise catholique se prépare à répondre aux besoins des Nord-Coréens [ Bulletin EDA n° 510 ]

Alors que les tensions avec Pyongyang augmentent, l'Eglise catholique se prépare à répondre aux besoins des Nord-Coréens

01/07/2009

Sur le thème de « L’Eglise face à une Corée du Nord en mouvement », un séminaire rassemblant quelque 250 religieux et laïcs s’est tenu le 18 juin dernier au centre gouvernemental d’Hanawon (‘la maison de l’union’), situé à Ansong, dans la province de Kyonggi. Le Comité pour la réconciliation du peuple coréen de la Conférence des évêques catholiques de Corée (CBCK) (1)...

... a ainsi voulu marquer les dix ans de la fondation de ce centre de réinsertion pour les réfugiés nord-coréens.

Hanawon, qui fonctionne sous l’égide du ministère de l’Unification, a pour tâche d’aider les réfugiés nord-coréens à s’adapter à la vie en Corée du Sud, en les initiant aux principes démocratiques, au système économique et au fonctionnement de la société sud-coréenne. You Mi-Ryang, qui dirige le centre de réhabilitation, a fait l’éloge du soutien apporté par l’Eglise catholique aux réfugiés. « Depuis des années, l’Eglise catholique aide les réfugiés nord-coréens psychologiquement aussi bien matériellement », a-t-elle rappelé, évoquant entre autres, le programme « home-stay » qui, depuis 2005, propose aux réfugiés de passer deux jours et une nuit dans une famille sud-coréenne.

Lors de ce séminaire, Martin Lim Kang-taeg, doyen des chercheurs de l’Institut de Corée pour la réunification nationale, et également membre du Comité pour la réconciliation, a déclaré que les derniers événements de Corée du Nord pourraient avoir des répercussions très rapides en Corée du Sud.

Depuis avril dernier, la République populaire démocratique de Corée, qui déclare n’être plus liée par l’armistice de 1953 ayant mis fin à la guerre de Corée, se livre en effet à des provocations de plus en plus bellicistes : lancement d’une fusée à longue portée, essais nucléaires et tirs de missiles. Le 12 juin dernier, alors qu’elle avait déjà condamné la reprise de l’activité nucléaire du régime totalitaire, l’ONU a décidé de durcir ses sanctions (2). En réaction à la résolution des Nations unies, Pyongyang a répondu que « peu [lui] importait que certains [l’]autorisent ou non à disposer d’armes nucléaires », signifiant également au Japon qu’elle mènerait d’ici fin juillet des exercices militaires sur ses côtes orientales (3).

Pour Lim Kang-taeg, ces événements, sans compter le fait que le « Cher Leader » viendrait de désigner pour successeur son plus jeune fils, Kim Jong-un, ne seraient que des tentatives pour masquer l’incapacité du régime totalitaire à gérer sa grave crise intérieure. S’il n’y arrive pas, explique-t-il, l’économie pourrait s’effondrer, poussant des centaines de milliers de Nord-Coréens affamés à fuir le pays. « Les événements peuvent dépasser ce que nous imaginons, et nous devons nous préparer avant qu’il ne soit trop tard. Et pour cela, l’Eglise doit former des prêtres et des volontaires afin de répondre aux besoins des réfugiés nord-coréens », analyse le chercheur, qui pense également que l’Eglise doit préparer dès maintenant des infrastructures pour loger ces réfugiés et commencer à collecter des fonds (4).

Selon le Programme alimentaire mondial de l’ONU, un drame humanitaire est déjà en cours en Corée du Nord, drame que la crise politique et les sanctions internationales risquent d’occulter et d’aggraver. Après plusieurs mauvaises récoltes, au moins 8,7 millions de personnes (40 % de la population) ont besoin d’aide alimentaire.

Le 22 juin dernier, le P. Michael Lee Chang-jun, directeur de la Caritas Corée a réaffirmé la volonté de l’organisation catholique de continuer à apporter son aide à la Corée du Nord, malgré les tensions actuelles ; il a appelé la communauté internationale à entamer des négociations de paix avec le régime de Kim Jong-il. S’exprimant à la suite de la rencontre à Pékin, la semaine précédente, des membres de la Caritas Internationalis d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Europe, il a rappelé que beaucoup de gens oubliaient les souffrances des Nord-Coréens à cause des provocations bellicistes de leur dirigeant. Il rejoignait ainsi les propos de la secrétaire générale de la Caritas Internationalis, Lesley-Anne Knight, qui avait déclaré, le 16 juin, qu’« une intervention armée en réponse aux actions belligérantes de la Corée du Nord provoquerait non seulement une tragédie humaine encore plus grande mais aggraverait la souffrance de la population ».

La Caritas a été parmi les premières ONG à engager des projets en Corée du Nord, aussi bien dans les domaines de l’aide alimentaire, que les soins de santé ou encore l’éducation. Intervenant tout d’abord via la Caritas Hong Kong, elle a été relayée en 2007 par la Caritas Corée (du Sud), qui espère ainsi pouvoir poser les bases d’une réconciliation entre les deux pays.

Pendant la messe célébrée à Hanawon, Mgr Lucas Kim Woon-hoe, évêque auxiliaire de Séoul et président du Comité pour la réconciliation, a délivré un message incitant à la persévérance : « Personne ne sait quand arrivera le temps de la réunification du Nord et du Sud. Nous avons donc à nous préparer pour ce jour dès maintenant, [bien que] les Corées du Nord et du Sud soient ennemies et que le chemin vers la réunification (…) semble impossible en ce moment. » Tous les ans, le dimanche précédant le 25 juin, jour marquant la fin de la guerre de 1950-53, l’Eglise de Corée du Sud prie « pour la réconciliation et l’unité du peuple coréen ».

En mars dernier, l’archidiocèse de Séoul a accepté cinq séminaristes demandant à se consacrer au service des Nord-Coréens. Dans sept ans, après leur formation à la prêtrise, ils seront ordonnés pour le diocèse de Pyongyang, une juridiction ecclésiastique qui n’existe pour le moment que virtuellement et dont l’administrateur apostolique est le cardinal Nicholas Cheong Jin-suk, archevêque de Séoul. A la fin de la guerre civile en 1953, les trois juridictions ecclésiastiques de l’actuelle Corée du Nord et la communauté catholique qui en dépendait avaient été totalement anéanties. Le pape avait alors nommé des administrateurs apostoliques sud-coréens sedi vacanti et ad nutum Sanctae Sedi (5).

Aujourd’hui, il n’y a toujours ni prêtres ni institutions ecclésiastiques en Corée du Nord, mais de nombreux religieux ou prêtres de Corée du Sud attendent de pouvoir y être envoyés en mission, comme l’Association des prêtres du diocèse de Pyongyang, qui compte environ 30 membres (20 originaires du Nord et 10 nés en Corée du Sud de parents originaires du Nord).
 

Notes
  1. Fondé en 1982 sous le nom de Comité pour l’évangélisation de la Corée du nord, l’association est devenue en 1999 le Comité pour la réconciliation.
  2. En 2006, après avoir procédé à un essai nucléaire, la Corée du Nord avait accepté le démantèlement de ses centrales en échange d’une aide étrangère (financière, énergétique, alimentaire). La reprise récente de son activité nucléaire a eu pour conséquence le blocus d’une partie de cette aide, ainsi qu’une surveillance accrue de ses convois, suspectés de transporter des armes de destruction massive.
  3. Reuters, 23 juin 2009.
  4. Ucanews, 22 juin 2009.
  5. « Sièges vacants sous l’administration d’évêques extérieurs nommés par Rome ». Mgr Cheong Jin-suk, archevêque de Séoul, est l’administrateur apostolique du diocèse de Pyongyang, Mgr John Chang, évêque de Chunchon, est l’administrateur apostolique du diocèse de Hamhung et le P. Placidus, bénédictin, est l’administrateur apostolique du territoire abbatial de Tokwon.

 Légende photo : Au Sud, l'Eglise catholique est attentive à ce qui se passe au Nord : ici, en 2007, Mgr Boniface Choi Ki-san, évêque d'Incheon, préside la messe lors de l'inauguration d'un centre d'accueil pour réfugiés nord-coréens. ©Ucanews