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Asie du Nord-Est - Corée du Sud

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Un laïc en responsabilité dans l'Eglise catholique refuse à un moine bouddhiste le droit d'affirmer que l'appartenance religieuse du biologiste Hwang Woo-suk est à l'origine de ses ennuis [ Bulletin EDA n° 436 ]

01/03/2006

Un catholique a réfuté les allégations d'un moine bouddhiste selon lesquelles le biologiste Hwang Woo-suk avait été arbitrairement maltraité à cause de son appartenance religieuse. Thomas Han Hong-soon, président du Conseil sud-coréen pour l'apostolat des laïcs, affirme que le problème concerne le caractère frauduleux des résultats affichés par le scientifique et n'a rien à voir avec la religion.

Ce commentaire est intervenu après qu'un moine, le vénérable Bopta, ait déclaré : "Si Hwang n'avait pas été bouddhiste, mais catholique ou protestant, il n'aurait pas été victime de tels blâmes pour de prétendues fraudes". Le moine a fait cette déclaration, le 6 février dernier, lors du lancement d'une "Ligue nationale bouddhiste de soutien en faveur de l'équipe de recherche de Hwang Woo-suk". Le vénérable Bopta n'a pas précisé comment le fait d'être chrétien aurait pu aider Hwang Woo-suk.

Dans sa réponse, Han Hong-soon, qui est aussi membre du Conseil pontifical pour les laïcs, est intervenu, le 8 février, au micro de la radio de l'archidiocèse de Séoul, Pyeonghwa, en rappelant que l'Eglise catholique était opposée aux recherches sur les cellules souches embryonnaires et que cette opposition n'avait rien à voir avec l'appartenance religieuse de tel ou tel chercheur. Le problème, dans le cas de Hwang Woo-suk, ce sont ses déclarations frauduleuses, « absolument contraires à l'esprit scientifique de recherche de la vérité a souligné Han, ajoutant : "L'argument selon lequel Hwang aurait été désavantagé par son appartenance religieuse est pour moi incompréhensible."

Hwang Woo-suk était catholique avant de se convertir au bouddhisme en 1987. Il a publié, dans la revue scientifique américaine Science, deux articles, en mars 2004 et en mai 2005, dans lesquels il affirmait être parvenu à franchir un pas décisif en matière de clonage d'embryons humains à visée thérapeutique. Toutefois, à la fin de l'année dernière, il est apparu que ces avancées n'étaient pas avérées et que les articles présentés par le scientifique étaient fondés sur des faux, déclenchant ainsi un des plus grands scandales scientifiques de ces dernières années. Le 10 janvier dernier, une commission d'enquête de l'Université nationale de Séoul, à laquelle appartient Hwang Woo-suk, a confirmé que les données avancées par le chercheur avaient été fabriquées et que son équipe n'avait pas réussi à constituer une lignée de cellules souches humaines. Le ministère public a diligenté une enquête pour fraude financière et ses conclusions sont attendues prochainement.

Le 13 février, le vénérable Bopta a affirmé à l'agence Ucanews que "les références religieuses à propos de Hwang Woo-suk avaient été déclenchées par l'Eglise catholique elle-même". Il a cité une déclaration du 4 juin 2005 des évêques coréens à l'encontre des recherches de Hwang Woo-suk, ainsi que les critiques de l'archevêque de Séoul, Mgr Nicholas Cheong, à son endroit. Il a aussi mentionné une interview du cardinal Stephen Kim Sou-hwan, publiée le 16 décembre 2005 par l'hebdomadaire de l'archidiocèse de Séoul, Pyeonghwa Shinmun, dans lequel les réserves de l'Eglise face aux recherches du scientifique étaient à nouveau expliquées (1). "En tant que pasteur, je veux protéger Hwang a affirmé le moine, ajoutant qu'il n'était "pas un inconditionnel de Hwang" et que, si celui-ci "avait fraudé, ses malversations devaient être punies". Toutefois, le vénérable Bopta a défendu l'idée selon laquelle les réalisations scientifiques de Hwang Woo-suk devaient être reconnues. "Je suis sûr qu'il possède la capacité technique de fabriquer des cellules souches à usage thérapeutique qui seront bénéfiques à nos descendants a-t-il encore affirmé.

Selon Lim Yeon-tae, rédacteur en chef de l'hebdomadaire bouddhiste Hyundai Bulkyo, si les avis à propos de Hwang Woo-suk sont partagés au sein de la communauté bouddhique, il est bon que cette affaire provoque "une confrontation des opinions, afin que les bouddhistes se décident à définir des normes en matière de bioéthique".

Au sein de l'Ordre Jogye, le plus important ordre bouddhique du pays, le vénérable Jikwan appelle, comme le vénérable Bopta, à soutenir Hwang Woo-suk. Le vénérable Jikwan, président de l'Ordre Jogye, a ainsi rendu visite au scientifique à l'hôpital, lorsque celui-ci, au début du mois de décembre, avait été hospitalisé pour tension nerveuse et fatigue. D'autre voix se sont fait entendre. Un moine bouddhiste impliqué dans un mouvement écologiste et prônant le respect de la vie a ainsi pris position, le 1er février dans les colonnes du quotidien Hankyoreh, demandant aux bouddhistes de ne pas se faire d'illusion à propos de Hwang Woo-suk, malgré leur désir de voir en lui un savant bouddhiste de renommée mondiale. De son côté, Park Jong-kyu, responsable des affaires sociales de l'Orde Jogye, a fait remarquer, le 13 février, que, si un certain nombre de bouddhistes paraissaient soutenir Hwang Woo-suk, ils ne représentaient pas l'opinion de tous les bouddhistes et que l'Ordre Jogye n'avait pas de position officielle. "Les deux vénérables n'ont exprimé que des points de vue individuels a-t-il déclaré. Park Jong-kyu, qui est chargé à Jogye d'organiser un comité de bioéthique, a précisé que les débats, pour l'heure, portaient sur la question de savoir quand la vie humaine commence.

Notes

(1)L'Eglise catholique en Corée du Sud a toujours dit son opposition aux recherches du même type que celles menées par Hwang Woo-suk. Voir, sur ce sujet, EDA 392, 420, 430 et 432<br />