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Asie du Nord-Est - Chine

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A Hongkong, le prochain chef de l’exécutif pourrait bien être un catholique

A Hongkong, le prochain chef de l’exécutif pourrait bien être un catholique

23/03/2017

Dimanche 26 mars, le Comité électoral, instance de 1 194 membres représentatifs de groupes d’intérêts en grande partie acquis à la Chine, élira le successeur de CY Leung, chef de l’exécutif sortant. Sur les trois candidats en lice, seuls deux ont véritablement une chance de l’emporter et il se trouve qu’ils sont tous deux ...

... de religion catholique.

A Hongkong, territoire où les catholiques sont près de 600 000 (soit 8 % des 7,2 millions d’habitants que compte la Région administrative spéciale), l’Eglise catholique et plus généralement les Eglises chrétiennes sont des acteurs très présents dans la vie locale. Par leur engagement dans le secteur éducatif, dans le domaine de la santé et de l’aide sociale, ou bien encore leur réseau de paroisses, les Eglises font partie du paysage, et la liberté religieuse est garantie par la Loi fondamentale, le texte qui organise le fonctionnement des institutions depuis le retour du territoire sous le drapeau chinois, en 1997. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant, pour les habitants de Hongkong, d’entendre leurs dirigeants politiques faire état de leur appartenance religieuse, voire même de leur relation personnelle à la croyance religieuse.

L’appel de Dieu et la joie de l’Evangile

C’est le cas de celle qui est présentée comme la protégée de Pékin pour ce scrutin du 26 mars. Ancienne directrice générale de l’administration de la Région administrative spéciale de Hongkong de 2012 à janvier 2017, Carrie Lam Cheng Yuet-ngor, âgée de 60 ans, est connue pour être une catholique pratiquante. Au point qu’en janvier dernier, lorsqu’elle a officialisé sa candidature à la succession du très impopulaire CY Leung, elle a affirmé que le seul motif qui la poussait à se présenter était de répondre à un « appel de Dieu ». L’affirmation n’a pas soulevé de commentaires particuliers dans la presse ou dans l’opinion publique sur cette intrusion de la volonté divine dans la campagne électorale, et ce sont plutôt certains milieux catholiques qui y ont trouvé à redire. Ces derniers ont questionné la réalité de cet « appel », s’interrogeant ouvertement sur le fait de savoir si « Pékin » n’était pas plutôt le « Dieu » de Carrie Lam et reprochant à la candidate d’utiliser le nom de Dieu à son propre avantage.

Son principal adversaire, John Tsang Chun-wah, 65 ans, est lui aussi catholique. Ministre des Finances du territoire de 2007 à 2017, il fait, tout comme Carrie Lam, partie de l’establishment et des élites politiques de Hongkong. Contrairement à Carrie Lam, il n’est pas connu pour être un catholique pratiquant – une information que le diocèse de Hongkong a confirmée à la presse locale –, mais, comme elle, il a bénéficié d’une éducation chrétienne. Scolarisé dans un établissement des Frères des écoles chrétiennes, il a servi comme enfant de chœur à la paroisse Saint-Francis, à Kowloon. Plus discret que Carrie Lam sur sa foi chrétienne, il a cependant récemment pris la parole à ce sujet. Le 20 mars, un enseignant protestant lui a adressé une lettre ouverte pour lui demander de préciser sa relation à Dieu et ses valeurs religieuses. Le lendemain, John Tsang a répondu par le même canal – une lettre ouverte – où il explique que la foi catholique occupe une grande place dans sa vie. Il y cite La joie de l’Evangile, l’exhortation apostolique publiée en 2013 par le pape François, pour dire que l’engagement politique est « la forme la plus élevée de charité dans la mesure où il vise au bien commun ». En réponse à une question sur le sentiment d’impuissance ressentis ces temps-ci par les Hongkongais, John Tsang répond en citant la réponse que le pape François a faite en 2015 à Manille à une jeune Philippine qui l’interrogeait sur la souffrance des enfants innocents. « Le pape a dit : ‘C’est seulement quand nous pouvons pleurer avec ceux qui souffrent que nous nous approchons d’une réponse à cette question.’ Notre seule option est d’insister sur nos convictions et de faire ce que nous pensons être juste de faire. Je crois que la justice sociale peut à nouveau revenir à Hongkong pour créer une société rationnelle et harmonieuse », a expliqué le candidat.

1 194 électeurs pour une population de 7,2 millions d’habitants

A trois jours du scrutin, l’issue du vote n’est pas certaine. Si Carrie Lam est bien la candidate qui a reçu le plus grand nombre de parrainages (580 parrainages, là où ses deux opposants, l’ancien magistrat Woo Kwok-hing et John Tsang n’en ont réunis respectivement que 180 et 165), les sondages réalisés auprès de la population indiquent que John Tsang est le candidat le plus populaire (52,8 % des sondés se prononcent en sa faveur), face à Carrie Lam (32,1 %) et à Woo Kwok-hing (10,1 %). L’élection au sein du Comité électoral est menée à bulletin secret, son issue peut donc réserver des surprises, mais, le camp démocrate ne contrôlant qu’environ 300 des 1 194 délégués, on ne doit pas s’attendre à de grands bouleversements. Pour les démocrates comme pour l’Eglise catholique à Hongkong, ce scrutin ne peut masquer le fait qu’en dépit des manifestations massives d’Occupy Central à l’automne 2014 et de la percée des « indépendantistes » aux élections législatives de septembre 2016, Pékin n’a rien cédé et que la perspective d’une élection du chef du gouvernement au suffrage universel véritable est plus éloignée que jamais.

Que le Comité électoral élise ce dimanche Carrie Lam ou John Tsang, le prochain chef du gouvernement sera donc un catholique. Sans remonter à Chris Patten, catholique et dernier gouverneur britannique de Hongkong (1992-1997), Hongkong, depuis son retour sous le drapeau chinois, a déjà été dirigé par un catholique : Donald Tsang Yam-kuen, chef de l’exécutif de 2005 à 2012. Poursuivi pour des faits de corruption, Donald Tsang a été condamné le 22 février dernier à vingt mois de prison ferme. Une peine qu’il purge actuellement, avec pour voisin de cellule son ancien n° 2, Raffael Hui, un catholique lui aussi, condamné en 2014 à sept ans et demi de prison pour des faits de corruption.

(eda/ra)