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Asie du Nord-Est - Chine

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Pékin expulse des missionnaires protestants sud-coréens qui aidaient les réfugiés nords-coréens

Pékin expulse des missionnaires protestants sud-coréens qui aidaient les réfugiés nords-coréens

20/02/2017

Une soixantaine de missionnaires protestants sud-coréens installés près de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord ont été expulsés de Chine ces dernières semaines. Les réfugiés nord-coréens qu’ils aidaient ont quant à eux été renvoyés à la frontière, coté nord-coréen. Une campagne vue comme une ...

... mesure de rétorsion de Pékin contre l’installation d’un bouclier antimissile américain en Corée du Sud.

Selon des ONG en Corée du Sud, les arrestations ont commencé courant décembre 2016. Des dizaines de missionnaires (entre 32 et 70 selon les sources) ont été détenus et priés de quitter la Chine sous quelques jours. Avec leurs familles, ce sont environ 170 personnes au total qui auraient été expulsées, a indiqué le pasteur sud-coréen Kim Hee-tae à l’Agence France Presse.

Une quarantaine de réfugiés auraient été renvoyés en Corée du Nord, d’après le pasteur Kim. C’est la procédure habituelle, la Chine collaborant avec son allié nord-coréen. Une fois transmis aux gardes-frontières nord-coréens, les réfugiés sont emprisonnés dans des camps de travail dans des conditions extrêmes.

Une présence missionnaire importante et essentielle pour les réfugiés nord-coréens

« Les autorités chinoises se sont rendues dans les maisons des missionnaires en invoquant un problème avec leur visa et leur ont demandé de partir », a déclaré à l’AFP le pasteur Kim, en précisant que la plupart d’entre eux avaient des visas de tourisme ou d’études. Il n’existe pas de visa spécifique pour les activités humanitaires en Chine, et l’aide aux réfugiés nord-coréens y est de toute façon illégale.

Selon la presse de Corée du Sud, les missionnaires pourraient être jusqu’à 2 000 à travailler dans le secteur de l’aide humanitaire en Chine. Environ un sur cinq viendrait en aide aux réfugiés nord-coréens, principalement dans la province du Jilin, frontalière de la Corée du Nord.

Leur présence est essentielle pour ceux qui fuient la dictature nord-coréenne. Les réfugiés passent le plus souvent l’hiver, en traversant le Yalu (ou Yalou), fleuve frontalier pris dans les glaces à cette saison. En arrivant, ils doivent éviter la police chinoise et subsister souvent sans argent, dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Ceux qui ne tombent pas sur des missionnaires chrétiens peuvent être exploités de diverses manières.

Une police nord-coréenne libre d’agir à sa guise sur le territoire chinois

Ils doivent aussi fuir les agents nord-coréens, qui semblent avoir les mains libres en Chine. « Les arrestations de Nord-Coréens ne sont pas nouvelles », rappelle un prêtre français qui aide aussi les réfugiés depuis la Corée du Sud, et préfère garder l’anonymat pour ne pas mettre en danger ses activités. « Les agents nord-coréens ont carte blanche pour nettoyer (sur le territoire chinois), poursuit-il. Enormément de réfugiés ont disparu, ont été tués ou enlevés. » En avril 2016, un pasteur, citoyen chinois de la minorité coréenne, très actif dans l’aide aux réfugiés, avait été assassiné par deux agents des services secrets nord-coréens, qui avaient pu regagner leur pays.

Si la situation des missionnaires était déjà précaire, les autorités chinoises semblaient pourtant moins fermes jusqu’ici. « Les missionnaires faisaient déjà profil bas, mais auparavant, on leur laissait un mois pour quitter le pays, dans la mesure où leurs activités en Chine ne causaient pas de tort au pays. Cette fois, c’est différent », rapporte une source anonyme citée par le Financial Times.

Sur le terrain, la situation est très tendue, rapporte le prêtre français interrogé par Eglises d’Asie. « C’est de plus en plus difficile. Pour ceux qui sont cachés, c’est très dangereux, ils veulent partir vite. Les passeurs font très attention. Certains ont été menacés ; certains ont failli se faire prendre. Ceux que je connais travaillent encore, mais sont devenus très prudents. La police chinoise a les moyens de faire parler les suspects. Il suffit d’un seul qui se fasse prendre et tout un réseau peut tomber, jusqu’aux caches où sont reclus les Nord-Coréens. »

Mesure de rétorsion contre Séoul et son alliance avec les Etats-Unis

Tout porte à croire que la pression qui pèse actuellement sur les missionnaires sud-coréens est une mesure de rétorsion de la Chine contre l’installation du bouclier anti-missile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) par l’armée américaine en Corée du Sud. Bien qu’officiellement destiné à protéger la Corée du Sud de son ennemi du Nord, qui multiplie les essais nucléaires, le bouclier anti-missiles n’est pas du goût de la Chine, dont la frontière n’est qu’à quelques centaines de kilomètres.

« Quand les relations étaient meilleures entre la présidente (de Corée du Sud) et le gouvernement chinois, les Chinois faisaient très attention, explique encore le prêtre français. Mais ces derniers temps, les tensions sont tellement vives que les Chinois laissent carte blanche aux officiers nord-coréens. Sur le plan géopolitique, les Chinois sont en position de force. Ces missionnaires arrêtés ne seront pas les derniers », estime-t-il.

La Chine a déjà pris d’autres mesures punitives contre la Corée du Sud depuis l’accord avec les Etats-Unis sur le système THAAD, qui doit être déployé d’ici la fin 2017. Le tourisme chinois vers la Corée du Sud, en pleine croissance ces dernières années, a connu un net ralentissement. L’île de Jeju, accessible sans visa pour les ressortissants chinois, a vu le nombre des touristes en provenance de Chine populaire chuter de 16,5 % cette année, lors des vacances du Nouvel An lunaire, par rapport à 2016. Autres cibles des autorités chinoises, les stars coréennes, très populaires en Chine. Nombre d’entre elles ont dû annuler leurs tournées en Chine en 2016.

La Chine a voté les dernières sanctions de l’ONU contre le programme nucléaire nord-coréen, mais son attitude vis-à-vis du régime le plus fermé du monde est ambiguë. Malgré des sanctions économiques, Pékin reste le premier partenaire commercial du régime de Pyongyang. Sans la Chine, beaucoup estime que l'économie nord-coréenne s’effondrerait. Or pour Pékin, la chute du régime et la probable réunion des deux Corées signifierait que des troupes américaines pourraient être stationnées à sa frontière.

Cette politique complaisante semble toutefois remise en cause : après un nouveau tir de missile balistique par Pyongyang le 12 février, la Chine a annoncé samedi 18 la fin des importations de charbon de Corée du Nord jusqu'à la fin 2017. Ces exportations vers la Chine rapportaient à la Corée plus d'un milliard de dollars par an.

(eda/sl)