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Asie du Nord-Est - Chine

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Le plan d’action des Affaires religieuses n’annonce pas de changement de cap pour 2017

Le plan d’action des Affaires religieuses n’annonce pas de changement de cap pour 2017

15/02/2017

Chaque année, vers la fin du mois de janvier, les observateurs scrutent avec intérêt le document que publie rituellement l’Administration d’Etat des Affaires religieuses, autrefois connue sous le nom de Bureau des Affaires religieuses. A en juger par les informations disponibles, aucun changement de cap ne semble ...

... devoir se profiler à l’horizon dans le travail de cette administration qui met en œuvre la politique religieuse définie par le Parti communiste et le gouvernement chinois.

Le « Plan de travail pour 2017 » des Affaires religieuses a été posté sur le site Internet de cette administration centrale le 26 janvier dernier. La lecture de la presse hongkongaise avait, dans les jours précédents, permis d’en connaître les grandes lignes. Ainsi, selon le Wen Wei Po, quotidien pro-Pékin de Hongkong, le patron des Affaires religieuses, Wang Zuo’an, avait dévoilé que ce document a été mis au point lors d’une rencontre, les 9 et 10 janvier derniers, à Pékin de tous les directeurs régionaux des Affaires religieuses. Un nouveau « Règlement relatif aux Affaires religieuses » y avait été finalisé, avant d’être transmis pour approbation au Conseil des Affaires d’Etat, le cœur du gouvernement chinois. Selon Wang Zuo’an, l’accent de ce nouveau règlement portera « sur les questions liées à la sécurité nationale et à ses implications pour le secteur religieux ».

Mettre en œuvre la politique du président Xi Jinping

A en juger par le texte publié ce 26 janvier, l’année 2017 verra un « renforcement du travail juridique du gouvernement sur les activités religieuses » ainsi qu’un « maintien du contrôle [des activités religieuses] par une supervision stricte de la gestion des membres du Parti communiste ». Il est aussi indiqué que le plan de travail pour 2017 vise à mettre en œuvre l’esprit de la « Conférence nationale sur le travail religieux », laquelle avait été présidée par le président Xi Jinping. On se souvient que le président chinois avait insisté lors de cette conférence sur la poursuite de l’œuvre de « sinisation » des religions afin que le pays soit préservé de toute « infiltration venue de l’étranger ».

Concrètement, il est difficile de discerner à travers la phraséologie employée ce que sera effectivement le travail des Affaires religieuses en 2017. Concernant le catholicisme, qui figure au nombre des cinq religions officiellement reconnues (bouddhisme, taoïsme, islam, protestantisme et catholicisme), on comprend seulement que l’administration chinoise « continuera méthodiquement son travail de manière à ce que l’élection et l’ordination des évêques soient menées de manière indépendante ». Depuis la fondation de la République populaire de Chine, le régime communiste a affirmé avec constance que le choix et l’ordination des évêques de l’Eglise catholique de Chine devaient être faits « sans ingérence de la part du Vatican ». Rien de bien nouveau donc ici, sinon que ce rappel est écrit à un moment où Pékin et Rome négocient précisément un accord sur ce point. Ainsi que le relève un chercheur chinois anonyme cité par l’agence Ucanews, « tant qu’un accord n’a pas été conclu entre les deux parties, on ne peut pas attendre de Pékin de renoncer à ce slogan » constitutif de sa politique religieuse.

2017 marquera également le soixantième anniversaire de la fondation de l’Association patriotique des catholiques chinois, cette instance qui sert au régime chinois à imposer sa politique à la partie « officielle » de l’Eglise en Chine. L’Association est revenue au cœur de l’attention, notamment depuis la publication il y a quelques jours d’un texte de l’évêque de Hongkong, le cardinal John Tong Hon, dans lequel il est proposé que cette association soit ravalée au rang de « simple association de fidèles et de clercs », dénuée des pouvoirs qui sont aujourd’hui encore les siens. Le Plan de travail pour 2017 ne mentionne évidemment pas la proposition du cardinal Tong (celle-ci ayant été rendue publique après la publication du Plan de travail), mais on peut y lire que l’Association patriotique, en lien avec la Conférence des évêques « officiels », continue d’être au cœur du système de management de l’Eglise catholique en Chine. Une insistance sur le règlement interne de fonctionnement de l’Association peut toutefois être le signe que cette instance ne sera pas épargnée par la lutte anti-corruption lancée il y a maintenant près de quatre ans par le président Xi Jinping. La toute-puissante Commission centrale pour l’inspection de la discipline du Parti (CCIDP) avait reproché en 2016 à l’Administration d’Etat des Affaires religieuses de ne pas surveiller assez étroitement les groupes religieux ; on peut supposer qu’en 2017, la lutte anti-corruption continuera de s’étendre.

Les religions, sources potentielles de « désordre social » ?

Concernant le travail auprès des autres religions, le Plan de travail pour 2017 confirme le fait que le Parti communiste perçoit toujours les religions ainsi que les minorités ethniques professant une religion particulière comme autant de sources potentielles de « désordre social ». Ainsi, au sujet de l’islam, l’Administration d’Etat des Affaires religieuses devra poursuivre son travail de dé-radicalisation de certains musulmans tout en veillant à lutter contre les ingérences islamiques au sein de certaines administrations. Les autorités semblent craindre que la ré-islamisation qui se manifeste parmi les populations de la province occidentale du Xinjiang se répande dans les provinces voisines du Qinghai et du Gansu. Il est noté que l’usage de l’alphabet arabe par certaines administrations de ces provinces dans leurs logos ou lettres à en-tête n’est pas acceptable. Il est aussi mentionné le fait que l’essor des commerces et restaurants proposant de la nourriture halal dans ces provinces affecte les populations non musulmanes, une évolution apparemment non souhaitée.

A propos des bouddhistes et des taoïstes, on relève des formules dénotant un souci du Parti et du gouvernement sur la gestion financière de certains temples. Là encore, des soupçons de corruption existent et les autorités semblent se méfier de la force financière de certaines de ces institutions religieuses. Il est aussi demander à l’administration de travailler à ce que le recours à l’encens, massivement brûlé dans les temples, soit contenu et conduit de manière à mieux « protéger l’environnement » des villes, où l’atmosphère est déjà très polluée. Concernant le taoïsme, 2017 verra aussi la célébration du soixantième anniversaire de l’Association des taoïstes chinois, anniversaire a priori moins problématique que celui de l’association catholique ; l’administration des Affaires religieuses devra veiller au développement de la Fédération taoïste mondiale, vecteur utile du soft power de la République populaire de Chine.

Peu d’informations significatives concernent les chrétiens protestants, sinon que les communautés protestantes sont incitées à produire des vidéos reflétant la « sinisation » des Eglises protestantes en Chine.

Enfin, Internet n’est pas oublié, tant les réseaux sociaux sont utilisés aujourd’hui par les communautés religieuses pour communiquer et faire circuler l’information. Outre un paragraphe relatif au « renforcement de la gestion des affaires religieuses sur Internet », qui renvoie peut-être à la surveillance particulière dont les religions font l’objet sur le Net, on note une volonté des Affaires religieuses de mener une politique de communication positive. Un compte WeChat, une des principales messageries instantanées utilisées en Chine, sera ouvert par le bureau central de l’Administration d’Etat des Affaires religieuses. Des données et publications religieuses seront mises en ligne. Dans la même veine, des contacts seront intensifiés avec les pays voisins, que ce soit vers le Sud et les pays riverains du Mékong, l’Ouest et les pays d’Asie centrale ou le Nord et la Russie, sans oublier l’Europe « pour un dialogue bilatéral sur les droits de l’homme ».

(eda/ra)