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Hongkong : les religions doivent-elles prendre part à l’élection du chef de l’exécutif ?

Hongkong : les religions doivent-elles prendre part à l’élection du chef de l’exécutif ?

10/11/2016

A Hongkong, l’attention est focalisée sur la décision, annoncée ce 7 novembre, de l’Assemblée nationale populaire, l’instance qui tient lieu de Parlement à Pékin, de ne pas permettre à deux jeunes députés indépendantistes de siéger au LegCo (Legislative Council), le mini-Parlement de la Région ...

... administrative spéciale de Hongkong. L’intervention de Pékin dans cette affaire semble présager une période d’instabilité et d’incertitude dans l’ancienne colonie britannique. Après les élections législatives de septembre dernier, la prochaine échéance électorale est celle du 26 mars 2017, date prévue pour l’élection du chef de l’exécutif.

En dépit de la revendication du camp des démocrates de voir cette élection menée au suffrage universel direct, le choix du chef de l’exécutif à Hongkong se déroule au sein d’un comité électoral restreint de 1 200 électeurs, désignés selon un processus complexe très peu démocratique. Parmi les différents corps sociaux appelés à désigner ces 1 200 électeurs se trouvent les organisations religieuses, à qui un quota de 60 électeurs est alloué. Ces soixante sièges sont eux-mêmes divisés en six, à charge pour chacune des six principales religions présentes à Hongkong de désigner dix électeurs.

On lira dans l’article ci-dessous les débats qu’occasionnent au sein de la communauté des protestants de Hongkong la désignation de ces dix électeurs. Publié le 9 octobre 2016 sur le média en ligne HKFP (Hong Kong Free Press), l’article intitulé « Separation of church and state? Christians debate the role of religion in choosing the next Chief Executive » a été traduit en français par Marguerite Jacquelin.

 

Séparation des Eglises et de l’Etat ? Les chrétiens discutent du rôle de la religion, en lien avec les élections du prochain chef de l’exécutif hongkongais

A l’approche des élections du chef de l’exécutif hongkongais, qui auront lieu l’année prochaine [le 26 mars 2017], le Conseil chrétien de Hongkong, confédération qui réunit les différentes Eglises protestantes présentes à Hongkong, prévoit d’organiser un suffrage à deux tours pour désigner les dix membres de la communauté chrétienne qui siégeront au Comité électif de Hongkong, cette instance, un collège électoral de 1 200 membres, chargé d’élire le chef de l’exécutif.

Le Conseil chrétien a toutefois annoncé récemment que le mode de désignation des dix représentants chrétiens avait changé. Auparavant, les dix représentants étaient élus. Le nouveau système n’a reçu qu’un accueil mitigé de la part de la communauté chrétienne, les voix critiques estimant que le Conseil a arrangé les règles en faveur des Eglises les plus importantes – qui sont perçues comme étant plutôt pro-gouvernmentales.

Au cœur du débat, on trouve la question de savoir si les nouvelles dispositions sont justes pour toutes les institutions chrétiennes en place à Hongkong, ainsi que la question fondamentale de la place de la religion en politique.

Le collège des religions

A Hongkong, le chef de l’exécutif est élu par un Comité électif de 1 200 membres. L’Annexe I de la Loi fondamentale – le texte qui fait office de Constitution à la Région administrative spéciale de Hongkong – stipule que le Comité électif doit être « largement représentatif » de la société hongkongaise. Les 1 200 électeurs sont issus de quatre secteurs principaux, divisés en un total de 38 collèges socioprofessionnels et organisations de districts.

Avant l’élection du chef de l’exécutif prévue en 2017, les élections au sein de 37 des 38 collèges électoraux mentionnés ci-dessus auront lieu le 11 décembre prochain ; elles désigneront les délégués appelés à siéger au sein du Comité électif.

Selon les décrets relatifs au mode de désignation du Comité électif, le 38ème collège, le « sous-groupe des confessions religieuses », n’est pas tenu d’organiser des élections pour choisir ses délégués. Il est libre de les sélectionner comme il veut.

Le sous-groupe des religions s’est vu attribuer soixante sièges au sein du Comité électif, à charge pour chacune des six religions que sont le protestantisme, le catholicisme, l’islam, le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme de désigner dix délégués. Et c’est le gouvernement qui désigne quelle organisation au sein de telle et telle religion est chargée de choisir ses délégués. Les organisations sont les suivantes l’Association bouddhiste, l’Académie confucéenne, l’Association des musulmans chinois, l’Association taoïste, le Diocèse catholique de Hongkong, et le Conseil chrétien de Hongkong. Pour les protestants, c’est donc le Conseil chrétien de Hongkong qui a été désigné pour représenter l’importante communauté chrétienne du territoire, estimée à environ 400 000 croyants.

La communauté chrétienne

Les années passées, pour le choix du chef de l’exécutif, le Conseil chrétien avait mis en place un système de votation pour choisir ses dix délégués. En 2011, le nombre des chrétiens à avoir pris part à ce vote n’a été que de 18 000 personnes environ, soit 4,5 % de la communauté chrétienne. Certains chrétiens se plaignent de longue date du fait que le système électoral mis en place par le Conseil favorisait de manière trop importante les grandes Eglises. Ils contestent notamment l’installation des bureaux de vote pour les élections des membres du Comité électif dans les lieux de culte des grandes Eglises, juste après les offices du dimanche.

Kung Lap-yan, professeur assistant à la Chinese University’s Divinity School, estime ainsi que la localisation avantageuse des bureaux de vote a permis aux grandes Eglises de faire la promotion de leurs candidats préférés, et d’obtenir plus facilement que leurs fidèles votent pour eux. « Certaines des églises où se trouvaient les bureaux de vote affichaient ainsi uniquement les affiches des candidats qu’elles soutenaient. Point final. »

D’autres difficultés sont dénoncées, notamment le fait que les bureaux de vote dans les églises dont certains membres étaient candidats sont restés ouverts plus longtemps, ou bien que les suffrages des chrétiens appartenant à des communautés plus petites ont été ignorés ou sujets à des tracasseries administratives.

D’après Kung Lap-yan, les dispositifs mis en place dans le passé, combinés au système de répartition du pouvoir entre les grandes Eglises, ont contribué de manière effective à empêcher un égal accès de tous les chrétiens aux opérations de vote.

La solution du tirage au sort

Pour remédier à la faible participation électorale et au manque consécutif de représentativité des délégués chrétiens, le Conseil chrétien a annoncé en septembre dernier qu’il procéderait cette fois-ci à un tirage au sort en deux tours pour désigner les prochains délégués au Comité électif.

Conformément aux nouvelles règles, les candidats chrétiens pourront se présenter dans quatre catégories différentes. Celles des particuliers, des confessions, des lieux de culte ou des organisations. Pour se présenter au sein de la catégorie des « particuliers », les candidats devront préalablement obtenir le parrainage d’au moins vingt de leurs condisciples chrétiens.

Dix candidats dans chacune des quatre catégories seront tirés au sort lors du premier tour, prévu le 30 octobre. Le second tour déterminera les dix gagnants des 40 candidats ainsi sélectionnés. A titre de comparaison, le tirage au sort organisé par la communauté catholique s’effectuera en un seul tour, sans qu’ait été mis en place ce système de quatre catégories.

« Truquage »

Howard Lam Chi-kin est chrétien et membre du Parti démocratique ; il milite activement contre la décision du Conseil. Il reproche au nouveau dispositif d’être truqué et de favoriser outrageusement les grandes organisations et Eglises.

Selon lui, le seuil des vingt parrainages à atteindre est trop élevé pour les chrétiens désirant candidater dans la catégorie des particuliers. Quant aux catégories « organisations » et « Eglises », elles avantagent, estime-t-il encore, les dénominations et les Eglises les plus importantes. En effet, les grandes communautés pourront déjà mobiliser toute leur Eglise et leurs fidèles, alors qu’il est plus difficile de toucher les plus petites communautés.

Lam Chi-kin ajoute que les conditions d’éligibilité fixées par le Conseil chrétien pour sélectionner les Eglises à partir de leur statut d’exemption fiscale sont inappropriées et injustes, étant donné que beaucoup de petites Eglises ont trop peu de ressources pour pouvoir bénéficier du système d’exonération fiscal attaché aux organisations religieuses.

« Cela va réellement empêcher de nombreuses petites Eglises de présenter des candidats », dénonce-t-il.

Les arguments de défense du Conseil :

Po Kam-cheong, secrétaire général du Conseil chrétien, rétorque qu’un tirage au sort organisé en deux tours empêche les grandes Eglises de remporter directement les élections et donne ainsi à tous les candidats les mêmes chances de gagner. « En réalité, le nouveau dispositif électoral ne favorise en rien les grandes communautés. Le fait qu’il y ait quatre catégories limite le nombre des candidats qu’elles peuvent présenter, analyse-t-il. Vous pensez bien que sans ce système de quatre catégories et d’un tirage au sort à deux tours, si tous les membres des communautés les plus importantes pouvaient se présenter, leur nombre dépasserait facilement ceux des autres Eglises et ils auraient de plus grandes chances de remporter les élections. »

Po Kam-cheong indique encore que les petites communautés ont de bonnes chances d’emporter les élections en candidatant dans les catégories « organisations » et « Eglises ». En effet, les communautés ne peuvent pas donner de consignes de vote à leurs fidèles ni aux organisations affiliées – telles que les maisons de retraite et les écoles –, et il existe plus de petites communautés qu’il n’y a de « grandes » Eglises comme l’Eglise anglicane. « Les Eglises ne peuvent nommer qu’un seul candidat, qu’elles soient composées de 1 000 membres uniquement ou de beaucoup plus, argumente Po Kam-cheong, déclaré Po. Je ne vois pas comment les nouvelles mesures pourraient favoriser les grandes organisations. »

Séparation de l’Eglise et de l’Etat

Au lieu de se concentrer sur les détails du nouveau dispositif, Kung Lap-yan, l’universitaire de Chinese University, rappelle que cela fait vingt ans qu’il presse le Conseil chrétien à renoncer tout simplement à siéger au Comité électif. Selon lui en effet, la religion doit se tenir à l’écart des affaires politiques.

Selon Kung Lap-yan, le nœud du problème se situe dans l’implication des Eglises dans les affaires de l’Etat. « Cette implication est contraire au véritable esprit de la religion. La religion s’occupe de la transcendance. Les Eglises devraient se concentrer sur le service rendu aux hommes, et non penser à participer à l’exercice du pouvoir avec les puissants. »

A l’appui de son propos, il ajoute : « La Loi fondamentale énonce clairement que le Comité électif doit être « largement représentatif » de la société, pour assurer une base suffisamment démocratique au gouvernement. Mais, dans les faits, l’élection du chef de l’exécutif se joue au sein d’un cercle très réduit de personnes, et l’on se sert de la religion pour légitimer un système antidémocratique. »

Kung Lap-yan précise encore que bien qu’il soit difficile d’empêcher les autres collèges électoraux de participer aux élections, les groupements religieux, eux, devraient s’en abstenir. « La religion n’a pas à se préoccuper du gouvernement des affaires politiques. Elle peut se montrer critique à son égard, mais n’a pas à s’immiscer dans ses affaires. »

« Les croyants peuvent participer à la vie publique en jouant leur rôle dans la société. Ils devraient se montrer critiques à l’égard du système et tenter de l’améliorer, affirme-t-il. Et les Eglises devraient faire la même chose. »

Interrogé sur son opinion à propos du Conseil chrétien, Kung Lap-yan indique que toutes les organisations ont tendance à devenir conservatrices et qu’elles préfèrent observer le statuquo pour « se rapprocher du cœur du pouvoir ». Il évoque à cet égard l’Eglise anglicane de Hongkong, qui entretient des liens étroits avec le gouvernement et le soutient souvent sur différents sujets.

Po Kam-cheong, du Conseil chrétien, n’a pas la même opinion. « Je pense que peu d’Eglises craignent de s’engager en politique sous prétexte que cela risquerait de nuire à leur indépendance. Certaines d’entre elles ont le sentiment qu’il est de leur devoir de promouvoir la démocratie. » Et d’ajouter : « Nous espérons que nos dix délégués au Comité électif influenceront un minimum les élections et prendront des décisions fondées sur les valeurs chrétiennes. »

« Cela marquera l’histoire »

Est-ce une idée réaliste que de vouloir renoncer aux dix sièges, comme le propose Kung Lap-yan ?

Lam Chi-kin, qui a récemment monté une alliance pour lutter contre le nouveau dispositif adopté par le Conseil chrétien, affirme : « Nous sommes prêts à trouver un compromis, car il y a peu de chances que le Conseil chrétien accepte de renoncer à ses sièges. Nous voudrions au moins qu’ils reviennent sur l’idée de séparer les candidats en quatre catégories différentes, et qu’il n’y ait qu’un seul scrutin, comme pour la communauté catholique. »

Kung Lap-yan estime toutefois que le Conseil ferait passer un message politique marquant s’il décidait de renoncer à ses sièges. « Si le Conseil chrétien abandonne ses dix sièges, le gouvernement devra alors demander aux autres groupes religieux de se les répartir. Mais étant donné que nous ne sommes plus qu’à deux mois des élections, le gouvernement n’aura pas le temps de s’organiser à temps. » « Cela signifie qu’il n’y aurait que 1 190 membres seulement à participer au prochain Comité électif du chef de l’exécutif. Et même si les dix sièges restants sont redistribués à d’autres sous-groupes, ce geste de la communauté chrétienne resterait gravé dans l’histoire », veut croire Kung Lap-yan. « Plus tard, les gens demanderont : Pourquoi ce groupe a-t-il donc refusé de participer aux élections ? Ils comprendront alors que nous ne voulons pas mêler la religion au système politique, car nous pensons que le chef de l’exécutif actuel n’est pas réellement représentatif de notre peuple. »

Une autre solution, selon Kung Lap-yan, serait d’ouvrir le scrutin à tout les citoyens hongkongais. « Puisque la loi n’impose pas de méthode particulière au collège des religions pour désigner les membres qui siégeront au Comité électif, les 60 places prévues pour ce sous-groupe pourraient être rendues accessibles à tous les Hongkongais. »

Pragmatique ou fidèle à ses principes

Tous les militants pro-démocratie ne partagent pas la position de Kung Lap-yan de renoncer aux sièges. Pour certains, le nouveau dispositif mis en place par le Conseil chrétien permettra à plus de citoyens de se présenter et de faire entendre leur voix.

Herman Tang Wai-chung, un avocat qui a échoué à se faire élire pour représenter la communauté chrétienne au sein du Comité électif de 2006, affirme : « C’est une question de principes et de pragmatisme. Si l’on se concentre sur les principes, les 35 autres sièges fonctionnels du LegCo, le Conseil législatif, sont eux aussi inacceptables. De manière plus pragmatique, si vous ne faites rien, rien n’avancera. »

Tang Wai-chung représentait le Collège du juridique au sein du Comité électif de 2011, mais il précise qu’il a renoncé à se représenter cette année pour laisser la place aux jeunes. Bien que le système électoral ne soit pas optimal, explique-t-il, il permet tout de même aux partisans de la démocratie de faire entendre leur voix.

Tang Wai-chung ne pense pas non plus que les nouveaux accords soient injustes. « Hormis la catégorie « confessions », qui permettra aux différentes confessions de présenter deux candidats [dans les catégories « confessions » et « Eglises »], je ne crois pas que le nouveau dispositif favorise véritablement les grandes Eglises. »

« Par ailleurs, si l’on part du principe que la communauté chrétienne représente l’ensemble de l’échiquier politique de la société hongkongaise, avec environ 60 % de pro-démocratie et 40 % de pro-gouvernement, on ne peut pas vraiment parler d’élections d’un « cercle restreint » », ajoute-t-il « Mais bien sûr, si c’était possible, j’aurais aimé que le nouveau dispositif soit plus progressiste. »

Le combat pour une représentation politique authentique :

A l’approche de la date limite de proposition des délégués qui seront appelés à siéger au Comité électif, beaucoup de chrétiens réfléchissent à candidater au tirage au sort dans la catégorie « particuliers ». Chris Fan, consultant informatique et militant, a réuni les vingt parrainages et a été déposé sa candidature le 7 octobre au Conseil chrétien.

« Pour moi, la séparation des Eglises et de l’Etat implique que la religion ne soit pas utilisée à des fins politiques. Mais cela ne veut pas dire que les chrétiens ne doivent pas participer à la vie de la société, explique-t-il. Je participe à ce scrutin non seulement en tant que chrétien, mais aussi en tant que citoyen. Et puisque je ne peux pas changer le système du Comité électif, je vais le rejoindre. Si je ne le fais pas, ma place pourrait être prise par des pro-gouvernement qui profiteront de mon abstention. »

Chris Fan ressent qu’il est de son devoir de citoyen de se présenter au tirage au sort. « Si l’on suit complètement les enseignements de la Bible, le devoir du chrétien est d’œuvrer pour la justice. Maintenant que c’est possible, je veux faire entendre ma voix de chrétien au Comité électif. »

Il ajoute qu’il appellera d’autres chrétiens à se présenter au tirage au sort. « Peu d’Eglises sont réformistes et les pro-démocratie sont en minorité dans les communautés ecclésiales. C’est pour cela que j’ai conseillé à mes connaissances de se présenter dans la catégorie des particuliers. Mais pour certaines raisons, l’idée n’a pas eu l’air d’enthousiasmer beaucoup de mes amis chrétiens. »

La période d’éligibilité au Conseil chrétien a été clôturée ce 20 octobre. Le premier tour de tirage au sort a été fixé au 30 octobre. Les élections du chef de l’exécutif auront lieu le 26 mars 2017.

(eda/ra)