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Asie du Nord-Est - Chine

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La vidéo d'une petite fille musulmane récitant le Coran fait polémique

La vidéo d'une petite fille musulmane récitant le Coran fait polémique

02/06/2016

Dans une école coranique du Gansu, une province du nord-ouest chinois, une petite fille, au visage cerclé d’un voile noir récite par coeur le Coran. Elle a cinq ans. La vidéo originale est titrée « Trop mignon ! Une petite fille du Gansu récite le Coran par coeur ». La plupart des ...

... commentaires ne vont pas dans le même sens. « Vous trouvez ça mignon ? Cela va à l’encontre des droits de l’homme. Cela va à l’encontre de la liberté religieuse », s’insurge un internaute chinois parmi beaucoup d’autres.

 

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Des internautes Hans en accord avec la ligne officielle du gouvernement chinois

A la suite de la publication de la vidéo, des milliers de commentaires antireligieux sont apparus sur Weibo, équivalent chinois de Twitter. Le 7 mai, le département de l’Education du Gansu a publié un communiqué condamnant l’enseignement religieux aux enfants. « Le département de l’éducation du Gansu condamne fermement cet acte qui met en danger la santé mentale de la jeunesse, et demande aux agences de l’éducation de tous niveaux de proscrire strictement la religion dans tous les lieux d’enseignement. » Le communiqué fait aussi référence à l’application de « l’Etat de droit », l’un des grands thèmes du mandat de Xi, qui se traduit par une application plus stricte des lois, même si la justice reste inféodée au Parti communiste.

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La politique religieuse en Chine est très aléatoire. Au Xinjiang, nombre de madrasa, les écoles coraniques, ont été fermées par les autorités, qui les accusent de faire le jeu des « séparatistes ». Dans la province où des violences opposent régulièrement la population ouïgoure aux forces de l’ordre, les mineurs de moins de 18 ans n’ont pas le droit de se rendre à la mosquée. Dans le reste du pays en revanche, les jeunes accèdent librement aux lieux de culte. Les églises chrétiennes officielles enseignent le catéchisme aux fidèles de tout âge.

La tolérance des autorités locales à l’égard des musulmans peut largement diverger d’une province à l’autre. Pour Jérôme Doyon, jeune sociologue français auteur de « Négocier la place de l’islam chinois, les association islamistes de Nankin à l’ère des réformes », la liberté des communautés dépend du contexte local. Les musulmans de Nankin, qu’il a suivis, peu nombreux et bien encadrés par l’Association Islamique officielle chinoise bénéficient de plus de liberté que les groupes salafistes du Gansu, qui eux-mêmes sont moins contrôlés que les Ouïgours du Xinjiang, explique-t-il à l’agence de presse Ucanews.

Le fait qu’un tel communiqué ait été rendu public inquiète les croyants. « Auparavant, face à ce genre d’incident, les autorités publiaient une note interne à l’intention des différentes administrations concernées, plutôt qu’un texte public sur internet », explique Matthias, un catholique du Gansu cité par Ucanews. Les autorités réagissaient peut-être publiquement du fait de la polémique provoquée par cette vidéo.

La loi chinoise est peu claire au sujet de l’enseignement religieux aux enfants. Une loi relative à l’éducation votée en 1995 stipule simplement que « l’Etat doit séparer l’éducation de la religion. Aucun organisation ou individu ne doit utiliser la religion pour faire obstacle aux activités éducatives de l’Etat. »

Une vidéo qui fait polémique

On peut aussi s’interroger sur la trajectoire de cette vidéo polémique. Sur YouTube, on trouve la vidéo de cette enfant commentée en chinois, datant de 2014. On ignore comment la vidéo s’est retrouvée partagée sur les réseaux sociaux début mai 2016. La publication hors contexte d’une vidéo passée inaperçue deux ans auparavant peut être interprétée comme un signe d’une plus grande méfiance envers les musulmans en Chine.

Les musulmans sont facilement associés à l’extrémisme et au terrorisme en Chine. Le manque de culture religieuse est en cause, mais aussi la propagande d’Etat au sujet de l’Islamisme au Xinjiang, la région autonome du nord-ouest chinois, où vit la minorité des Ouïgours musulmans. Dans la communication officielle, les Ouïgours sont présentés soit comme de joyeuses tribus vivant dans des costumes colorés, soit comme de dangereux terroristes.

Au Xinjiang, outre l’interdiction du port de la barbe et du voile intégral, le croissant islamique est interdit, associé à un symbole séparatiste. Les étudiants et les fonctionnaires ont interdiction de pratiquer le jeûne du ramadan. La propagande chinoise à destination des Ouïgours, déployée par exemple sur les murs de villages du Xinjiang, fait également appel à une imagerie manichéenne, montrant par exemple des terroristes écrasés au rouleau compresseur, ou des soldats chinois armés entourés de colombes.

Aussi révélatrice de l’anticléricalisme ambiant, un projet de loi sur la viande halal a été ajourné suite à une polémique soulevée sur internet. L’Assemblée nationale populaire, l’instance consultative qui se réunit une fois par an, avait pourtant qualifié le projet de « raisonnable et nécessaire » en février dernier. Mais de nombreuses voix se sont élevées parmi les Hans pour dénoncer une loi à caractère religieux dans un pays athée.

Les provinces chinoises à fortes minorités musulmanes ont déjà leurs propres lois encadrant le halal, mais de nombreuses insuffisances ont été pointées. Le projet remonte en fait à 2002, quand le Conseil des affaires d’Etat avait demandé au Comité des affaires ethniques de travailler sur le sujet. Le mois dernier, quand le sujet était encore discuté, les commentaires dénonçaient par exemple des « interférences religieuses », ou une proposition inappropriée alors que « la Chine n’a pas de religion d’Etat ».

Le jeudi 2 juin, un « livre blanc » sur « La liberté religieuse au Xinjiang » publié par l’Office de l’information du Conseil des affaires d’Etat, affirme pourtant que la liberté religieuse dans la région autonome « est inégalée dans l’histoire ». Dans le document, le gouvernement chinois s’auto-congratule pour son action au Xinjiang. « Aucun citoyen ne souffre de quelque discrimination ou d’injustice pour son appartenance religieuse », n’hésite pas à affirmer le gouvernement. La situation des Ouïgours au Xinjiang est pourtant particulièrement difficile : les jeunes de moins de 18 ans sont interdits d’entrer dans les mosquées, la barbe et le voile intégral sont interdits et les étudiants et fonctionnaires ont interdiction d’observer le jeûne du ramadan.

(eda/sl)