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Asie du Nord-Est - Chine

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En matière de liberté religieuse, la Chine reste – encore un peu – sensible aux pressions américaines

En matière de liberté religieuse, la Chine reste – encore un peu – sensible aux pressions américaines

13/04/2016

Dans le domaine des relations sino-américaines, tout fait signe. Il ne faut donc voir aucun hasard dans le fait que les autorités chinoises ont remis en liberté, le 31 mars dernier, le Rév. Gu Yuese, pasteur d’une des plus importantes Eglises protestantes du Zhejiang. Le président chinois Xi Jinping ...

... rencontrait quelques heures plus tard à Washington son homologue américain Barack Obama, pour une rencontre en tête-à-tête organisée en marge du Sommet sur la sécurité nucléaire qui réunissait une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement dans la capitale fédérale américaine.

Quelques jours auparavant, le 23 mars, les autorités chinoises avaient remis en liberté une autre personnalité chrétienne, l’avocat protestant Zhang Kai, qui était sous les verrous depuis le mois d’août dernier et qui était apparu à la télévision locale, le 25 février dernier, pour « confesser » ses soi-disant crimes.

L’une et l’autre personnalité chrétienne ont un point commun : elles s’étaient engagées publiquement pour dénoncer la campagne d’abattage des croix qui sévit depuis plus de deux ans dans la province du Zhejiang. Le Rév. Gu Yuese n’a rien d’un dissident ; à Hangzhou, capitale du Zhejiang, il est à la tête de l’Eglise de Chongyi, une communauté revendiquant quelque 10 000 fidèles et ayant pignon sur rue. Il apparaissait volontiers aux côtés de personnalités religieuses chinoises ou étrangères, jusqu’à son arrestation le 1er mars 2016, sa dénonciation de la campagne d’abattage des croix ayant manifestement déplu. L’avocat Zhang Kai, quant à lui, avait défendu en justice une centaine d’églises dont les croix avaient été abattues par les autorités ; âgé de 37 ans, à la tête d’une équipe d’une trentaine de juristes, il utilisait tout l’éventail des moyens juridiques autorisés par le droit chinois, contestant ainsi efficacement l’action des autorités locales et mettant en lumière son caractère illégal au regard de la loi chinoise. Le pasteur Gu a été accusé de détournement de fonds et Maître Zhang de mise en danger de la sécurité de l’Etat.

Un exécutif américain qui prête l’oreille

L’une et l’autre personnalité partagent toutefois un deuxième point commun : tous les deux ont reçu un important soutien à l’étranger, notamment aux Etats-Unis où leur arrestation a été vigoureusement dénoncée par les instances de la société civile qui scrutent l’état de la liberté religieuse en Chine. Le 23 mars, le jour même où Zhang Kai était remis en liberté, le pasteur américain Bob Fu témoignait devant une commission parlementaire britannique. Directeur de l’ONG China Aid, basée à Washington DC, Bob Fu s’attache à dénoncer les atteintes à la liberté religieuse des chrétiens en Chine. La veille, le 22 mars, rapporte l’agence Ucanews, il était à Bruxelles où il devait prendre la parole devant le Parlement européen pour exposer le resserrement de la politique religieuse du gouvernement chinois, mais les attentats qui ont frappé ce jour-là la capitale belge ont entraîné l’annulation de son audition.

Ce n’est cependant pas en Europe que l’action de China Aid trouve le plus d’écho. Aux Etats-Unis, les campagnes menées par Bob Fu et d’autres organisations chrétiennes ont une telle ampleur que l’exécutif américain y prête l’oreille. Le secrétaire d’Etat John Kerry avait ainsi appelé à la libération de Zhang Kai. Le lendemain de la libération de ce dernier, le candidat républicain à la présidence Marco Rubio était aux côtés de Chris Smith, républicain influent et membre de la Chambre des représentants, pour appeler Pékin à libérer d’autres détenus chrétiens ; le nom de Gu Yuese était cité. « Dans la perspective de la tenue prochaine de la Conférence nationale de travail sur la religion, nous appelons le président Xi Jinping à reconsidérer l’approche contreproductive de son gouvernement envers les groupes religieux en Chine », pouvait-on lire dans le communiqué publié par les deux hommes politiques américains. La Conférence nationale de travail sur la religion est l’intitulé d’une réunion au plus haut niveau des dirigeants chinois qui devrait avoir lieu en présence de Xi Jinping mais dont on ne sait ni quand ni avec qui elle sera organisée afin de possiblement redéfinir la politique religieuse du gouvernement chinois.

Des campagnes d’opinion qui portent du fruit

Tout le travail des ONG telles que China Aid ainsi que la mobilisation d’élus importants visent à faire pression sur l’exécutif américain afin que, lors des pourparlers sino-américains, la Maison Blanche aborde la question de la liberté religieuse en Chine. Apparemment, avec un certain succès. C’est en tout cas ce qu’affirme Bob Fu. « Nous avons appris d’un de nos contacts basés en Chine que la remise en liberté de Zhang Kai et de Gu Yuese était liée à la visite aux Etats-Unis du président Xi Jinping à l’occasion du sommet sur la sécurité nucléaire, a déclaré le président de China Aid dans un communiqué. Je tiens à remercier tous ceux qui ont œuvré sans relâche pour parvenir à ce succès diplomatique. »

A l’issue du tête-à-tête entre les deux présidents chinois et américain, le communiqué de la Maison Blanche ne comporte qu’une seule fois le mot « droits » pour décrire la teneur des échanges entre les deux hommes. Les médias chinois n’en font, quant à eux, nullement mention.

Que conclure de cet épisode diplomatico-médiatique ? Pour les défenseurs de la liberté religieuse basés aux Etats-Unis, la remise en liberté de Zhang et de Gu montre que les campagnes médiatiques marchent et que le gouvernement américain est en mesure d’obtenir de la Chine des concessions très concrètes. Pour les observateurs des réalités chinoises, le succès de ces campagnes, pour réel qu’il puisse être, doit être relativisé. Les autorités chinoises sont en effet passées maîtres dans l’art de remettre en liberté tel ou tel de leur citoyen mais pour aussitôt le convaincre de se faire oublier. Dans le cas de Maître Zhang, l’avocat a fait savoir qu’il retournait vivre dans sa province natale, la Mongolie intérieure ; depuis, aucune nouvelle de lui n’a filtré, la police lui ayant très certainement intimé l’ordre de faire profil bas. Quant au pasteur Gu, toutes les fonctions qu’il occupait au sein des instances « officielles » du protestantisme lui ont été retirées et il est avéré qu’il vit sous un régime de quasi résidence surveillée à Hangzhou. L’un et l’autre sont donc bien de retour auprès de leurs proches, mais l’un comme l’autre se trouvent dans l’incapacité de reprendre leurs activités, lesquelles déplaisaient fortement aux autorités en place.

Un pouvoir chinois habile à céder le moins possible

Pour ceux qui se dressent contre l’arbitraire du gouvernement et qui n’ont pas la chance de voir leur profil fortement médiatisé à l’étranger, les sanctions restent fortes. Récemment, toujours dans la province du Zhejiang et parce qu’ils protestaient contre la campagne d’abattage des croix, un couple a été lourdement condamné : le pasteur Bao Guohua a écopé de 14 ans de prison et sa femme Xing Wenxiang de 12 ans de prison pour avoir « troublé l’ordre public », et incité leurs fidèles à « pétitionner », c’est-à-dire à aller se plaindre aux autorités supérieures de la province ou du pays.

Le pouvoir chinois reste par ailleurs très sensible à tout ce qui pourrait établir un lien entre les atteintes à la liberté religieuse en Chine et des relais d’opinion à l’étranger. Peu avant le tête-à-tête Xi Jinping - Barack Obama, l’avocate chrétienne Ni Yulan a ainsi été empêchée de quitter son pays, la Chine, pour s’envoler vers Washington où elle devait recevoir le Prix international Femme de courage, un prix décerné chaque année par le département d’Etat américain.

Parmi les pays occidentaux, les Etats-Unis demeurent la seule nation dont les dirigeants fassent encore pression sur la Chine en vue d’un meilleur respect de la liberté religieuse, même si les adversaires de Barack Obama lui reprochent de ne pas en faire assez en la matière. Il semble que les pays européens aient en grande partie renoncé à publiquement appeler les autorités chinoises à respecter les droits fondamentaux de leurs citoyens. A la fin du mois de mars dernier, le président allemand Joachim Gauck, en visite en Chine, a bien prononcé un discours pour dénoncer les abus du régime communiste de l’ex-Allemagne de l’Est, et il a rendu ostensiblement visite à Xi’an à l’évêque catholique du lieu, mais, même si en tant qu’ex-ressortissant de la RDA, il ne manque jamais de vanter les vertus du monde libre, chacun sait que, dans les institutions allemandes, le président incarne certes une autorité morale mais que sa fonction est avant tout honorifique et sans véritable pouvoir.

(eda/ra)