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Asie du Nord-Est - Chine

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Xi Jinping renforce le contrôle et la « sinisation » des religions

Xi Jinping renforce le contrôle et la « sinisation » des religions

04/11/2015

Les signaux qui remontent des milieux catholiques chinois et de la presse chinoise convergent : les autorités chinoises, avec le président Xi Jinping en tête, mettent l’accent sur l’indispensable « sinisation » des religions dans le pays et renforcent le contrôle exercé sur les communautés et les ...

... institutions religieuses.

Du 19 au 24 octobre dernier, un groupe de 25 évêques, prêtres, religieuses et responsables laïques de la province du Guizhou ont pris part à un « voyage d’études » comme en organise régulièrement l’Administration d’Etat des Affaires religieuses à l’attention des évêques « officiels » et des membres de l’Association patriotique des catholiques chinois. L’objet de ces voyages est de faire passer aux responsables de l’Eglise, les dernières consignes et orientations politiques décidées en haut lieu.

Selon l’agence Ucanews qui rapporte l’information, les 25 du Guizhou ont eu notamment à entendre le discours de Chen Zhongrong, vice-directeur des Affaires religieuses. Celui-ci leur a tenu ces propos : « Aujourd’hui, aimer l’Eglise et aimer la patrie se traduit (…) par une insistance renouvelée quant à la sinisation et au renforcement du management démocratique de l’Eglise. »

Le concept de sinisation en matière de politique religieuse n’est pas nouveau. Il a notamment été développé par le président Xi Jinping, en mai dernier, lors d’un discours prononcé devant les responsables du Front uni, la structure qui supervise les relations du Parti communiste chinois avec tous les groupes de la société civile – dont les organisations religieuses – qui ne sont pas le Parti. Ce concept implique, entre autres choses, de « prévenir » toute implication étrangère dans les activités religieuses des Chinois.

Dans la bouche de Chen Zhongrong, cela s’est traduit par ces mots : « Aimer la patrie et aimer l’Eglise sont deux amours [qui viennent] de Dieu. » Et sa conclusion était qu’il espérait bien que les responsables de l’Eglise catholique « continueraient à progresser avec une volonté forte pour une Eglise indépendante ».

Toujours selon l’agence Ucanews, lors de leur voyage d’études de six jours, les évêques du Guizhou qui sont en communion avec Rome ont été amenés à concélébrer des eucharisties avec des évêques illégitimes, car ordonnés sans l’accord du pape et qui sont de facto excommuniés par le Saint-Siège.

Autre signal indiquant que la « sinisation » des religions est à l’ordre du jour : le 8 octobre dernier, le Zhongguo Minzubao, journal traitant des minorités nationales – auxquelles sont rattachées, dans la terminologie communiste chinoise, les religions –, a consacré un article à la politique religieuse de Xi Jinping. Indiquant que le président prenait « au sérieux » ces questions, il précisait que le plus haut dirigeant du pays, présenté ici sous son surnom de « Xi Dada » (‘Oncle Xi’), cherchait à minimiser l’influence de l’étranger sur les institutions chinoises, en précisant que toutes les institutions religieuses présentes dans le pays devaient être gérées depuis la Chine. « Personne ni aucune institution en-dehors de Chine ne doit se faire d’illusion à ce propos », pouvait-on lire dans l’article. Aucune religion en particulier n’était citée, mais l’auteur de l’article utilisait les mots tels que ‘église’, ‘clergé’ ou bien encore ‘diocèse’, renvoyant aux communautés catholiques et protestantes.

Selon un prêtre catholique chinois cité par Ucanews, « il est évident que le contrôle sur les religions va être resserré ; ces dernières années, le discours était déjà là, mais désormais, il semble que ce discours va être appliqué ».

A observer l’actualité récente, ce resserrement de la politique religieuse semble bien être à l’œuvre. Au Zhejiang, province où sévit depuis mars 2013 une campagne d’abattage des croix surmontant églises catholiques et temples protestants, des responsables chrétiens s’inquiètent d’une possible extension de la campagne à d’autres provinces.

Le 25 octobre dernier, à Wuxi, près de Shanghai, Gyancain Norbu, le panchen lama installé par le gouvernement chinois, a déclaré, à l’occasion du IVe Forum mondial du bouddhisme, que le contrôle sur les moines non rattachés à un monastère devait être renforcé.

Ce 30 octobre, un tribunal de Zhuhai (province du Guangdong) a condamné à la prison à perpétuité un moine bouddhiste (non tibétain). Jusqu’en juillet 2014, date de son arrestation, Wu Zeheng était à la tête du groupe bouddhique Huazeng Zongmen, qui réunissait un nombre très important de fidèles à travers le pays.

Au Xinjiang enfin, où vit la minorité musulmane des Ouïghours, le cycle violences-répressions n’en finit pas de faire des victimes. Ce 1er novembre, Pékin a renforcé son arsenal législatif national contre « le terrorisme » en criminalisant notamment le port de « vêtements et symboles extrémistes ».

C’est dans ce contexte que, le 28 octobre dernier, le cardinal Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a confirmé à la presse qu’une délégation vaticane s’était rendu à Pékin du 11 au 16 octobre 2015 afin de négocier avec le gouvernement chinois. Peu de détails substantiels ont filtré de cette visite, sinon que la délégation était composée de six personnes, issues de la Secrétairerie d’Etat et de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. « Ce n’est pas la première fois qu’une délégation papale se rend à Pékin. Cela fait partie d’un processus visant à la normalisation des relations [entre l’Eglise et la Chine]. Le simple fait que nous soyons capables de parler de cela est significatif », a précisé le cardinal-secrétaire d’Etat.

(eda/ra)