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Asie du Nord-Est - Chine

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Campagne d’abattage des croix : au Zhejiang, la résistance des chrétiens prend de l’ampleur

Campagne d’abattage des croix : au Zhejiang, la résistance des chrétiens prend de l’ampleur

26/08/2015

Dans la province du Zhejiang, à mesure que les mois passent, le bilan de la campagne d’abattage des croix des lieux de culte chrétiens s’alourdit. Quelque 1 200 croix plantées au sommet des lieux de culte ont ainsi été démontées ou déplacées, et plusieurs dizaines de lieux de culte détruits. Toutefois, la nouveauté n’est plus tant ...

... dans la conduite de cette campagne par les autorités provinciales – les premières croix ont été abattues en janvier 2014 – que dans la résistance opposée par les communautés chrétiennes. Unis dans une commune dénonciation de cette campagne, membres des Eglises officiellement enregistrées ou fidèles des Eglises « clandestines », catholiques et protestants osent dire ouvertement leur mécontentement, un mécontentement qui trouve des relais à l’étranger.

Sur le terrain, si la campagne se poursuit, les autorités semblent avoir perdu la bataille de la communication. En mai dernier déjà, les réseaux sociaux chinois s’étaient emparés d’une photo où l’on voyait une grue télescopique géante approcher son bras du sommet du temple de la communauté protestante Huzhen, dans la ville de Lishui (centre du Zhejiang) ; la nacelle de la grue semblait prête à saisir la croix surmontant l’édifice, une croix en proie aux flammes et surmontée d’une colonne de fumée noire. Sur le réseau social Weibo, les commentaires accompagnant la photo étaient sans équivoque : des officiels « mauvais » avaient mis le feu à la croix, faute de la détruire autrement. La réplique des autorités fut non seulement très tardive, mais peu plausible : début juillet, le Zhejiang Ribao (‘Quotidien du Zhejiang’) affirmait que la croix, « dangereusement proche » du paratonnerre, comprenait un système d’éclairage défectueux et avait « spontanément » pris feu.

Depuis le mois de juillet, les chrétiens du Zhejiang, qui constitue une minorité difficile à dénombrer mais conséquente de la population de cette riche province côtière, s’organisent pour opposer à la campagne « une désobéissance non violente et pacifique », ainsi que l’exprime un pasteur protestant de Wenzhou, principal foyer chrétien de la province

Cette résistance des chrétiens a pris plusieurs formes. Le 27 juillet, dans un geste aussi rare que remarqué, l’évêque « officiel » du diocèse catholique de Wenzhou, Mgr Zhu Weifang, a publié, avec 26 de ses prêtres, une lettre ouverte pour appeler « les catholiques chinois et toutes les personnes animées par un sens de la justice à ne pas rester silencieux et à élever la voix ensemble ». Evoquant une « persécution qui se renforce », le prélat âgé écrit : « En tant que citoyens chinois, nous aspirons à une démocratie plus complète et à un véritable Etat de droit.»

Avec plusieurs prêtres et derrière une banderole, Mgr Zhu est allé porter sa lettre aux autorités provinciales. En réponse, il lui a été signifié qu’il devait se taire, faute de quoi lui et les catholiques de Wenzhou pourraient se retrouver en prison. Selon un avocat chrétien de Wenzhou, cité par l’agence Ucanews, « les gens ont peur mais ils sont déterminés et ne veulent pas qu’on les fasse taire ».

Par ailleurs, pour s’opposer aux démolitions de croix, des fidèles occupent 24 h sur 24 leurs lieux de culte. Au nord de la capitale provinciale Hangzhou, dans le village Ya, du district de Huzhou, vingt-deux protestants campent sur le toit de leur temple pour en empêcher l’accès aux forces de l’ordre. Des mesures d’occupation pacifique qui ne sont pas sans danger : le 8 août dernier, le typhon Soudelor a frappé Wenzhou et sa région, causant 33 morts, dont deux chrétiennes. Elles faisaient partie d’un groupe de quatre chrétiennes veillant jour et nuit sur leur église ; la nuit du 8 août, fatiguées de monter sur le toit du lieu de culte, deux d’entre elles, âgées de 77 et 81 ans, avaient choisi de dormir au rez-de-chaussée de leur église, elles sont mortes noyées, emportées par une montée soudaine des eaux, dues aux pluies diluviennes.

Enfin, des fidèles ont entrepris de distribuer à tous les croyants des petites croix en bois, hautes de 50 à 70 cm, le plus souvent peintes en rouge, à charge pour chacun de l’afficher à la fenêtre de son domicile. « Demain, vous verrez des croix partout dans le Zhejiang », affiche un prêtre catholique dans un message posté sur Weibo.

Loin de se cantonner aux chrétiens du Zhejiang, le mouvement de protestation face à la campagne de démolition des croix s’étend au-delà de la province. Le 31 juillet, deux groupes de prêtres catholiques issus respectivement du séminaire régional de Wuchang (Wuhan) et du séminaire régional de Sheshan (Shanghai) ont publié des communiqués pour dénoncer la campagne, la comparant aux campagnes de démolition de la Révolution culturelle (1966-1976). Trois évêques « clandestins » (Mgr Wang Ruowang, de Tianshui, Mgr Wei Jingyi, de Qiqihar, et Mgr Shao Zhumin, l’évêque « clandestin » de Wenzhou) se sont à leur tour exprimés, ajoutant leur voix à celle d’évêques « officiels ».

Selon Bob Fu, président de China Aid, organisation basée aux Etats-Unis et venant en aide aux chrétiens de Chine, « c’est la première fois dans l’histoire contemporaine de l’Eglise en Chine que l’on voit une coalition de catholiques et de protestants, issus des Eglises officiellement enregistrées et des Eglises « domestiques » ou « clandestines », être ainsi unis pour dénoncer des atteintes aux droits de l’homme et à la liberté religieuse ».

Pour tenter de contrer ce front uni des chrétiens, les autorités ont réagi. Afin sans doute que les instances par lesquelles le pouvoir applique sa politique religieuse ne perdent pas toute crédibilité, la branche provinciale de l’Association patriotique des catholiques chinois et son homologue du Conseil chrétien de Chine ont appelé à la fin de la campagne de démolition des croix, affirmant que celle-ci « blessait gravement les sentiments de plus de deux millions de croyants [du Zhejiang] ». A Wenzhou, le clergé, protestant comme catholique, a été convoqué à des « sessions d’étude » à propos de la campagne en cours. Il y est rappelé que les constructions de lieux de culte, quelle que soit leur appartenance religieuse, doivent respecter la loi et les règlements en vigueur.

Selon différents observateurs extérieurs, les autorités ont toutefois peu de chance de se faire entendre par les chrétiens du Zhejiang. Yang Fenggang, directeur du Centre sur la religion et la société chinoise à l’université Purdue (Etats-Unis), souligne que le discours des autorités n’est pas audible dans la mesure où même des églises catholiques et des temples protestants construits avec toutes les autorisations nécessaires sont ciblés par la campagne de démolition.

De plus, l’attention de la communauté internationale commence à se faire pressante. En juillet, à Washington, Marco Rubio, sénateur et candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016, a présidé une audition au Congrès à propos de « la persécution religieuse en Chine ». Les associations américaines de défense des chrétiens chinois multiplient les initiatives pour dénoncer ce qui se passe au Zhejiang. Or, le président chinois Xi Jinping doit effectuer une visite officielle aux Etats-Unis en septembre, sur l’invitation du président Barack Obama. Il se rendra aussi au siège de l’ONU et y prononcera un discours. Le risque est désormais que le succès annoncé par Pékin de cette visite soit terni par une analyse sans concession du bilan du président Xi Jinping en matière d’atteinte aux libertés fondamentales.

(eda/ra)