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Asie du Nord-Est - Chine

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Les immolations reprennent au Tibet : suicide d’un père de famille dans le Sichuan

Les immolations reprennent au Tibet : suicide d’un père de famille dans le Sichuan

30/09/2013

Selon des informations de Radio Free Asia (RFA), confirmées par le gouvernement tibétain en exil et différents organismes de défense du Tibet, un père de deux enfants, âgé de 41 ans, s’est donné la mort par immolation, samedi dernier, dans la province du Sichuan, en protestation contre le joug chinois.

 

Son suicide relance le décompte des immolations dans les régions chinoises de peuplement tibétain, qui s’était interrompu il y a environ deux mois. Shichung devient le 122e Tibétain à commettre ce geste ultime pour protester contre l’occupation chinoise et demander le retour du dalai lama. Il laisse derrière lui une femme de 36 ans et deux enfants âgés de 18 et 14 ans.

Shichung vivait dans le district de Ngaba (Aba),  situé dans la préfecture autonome tibétaine de Ngaba, dans le Sichuan actuel, région où se sont produites la plupart des immolations par le feu. Cette ancienne province tibétaine du Kham, est aujourd’hui au coeur de la résistance anti-chinoise, depuis que les moines de Kirti ont lancé la vague de révolte par l’immolation (1).

Le jeune fermier a choisi de réaliser son geste durant le Mani Festival, un évènement qui draine chaque année dans la région des centaines de fidèles bouddhistes. Samedi 28 septembre, rapporte Tibet Info, il a quitté vers la mi-journée le lieu de rassemblement et de prière pour se préparer à son immolation chez lui, dans la municipalité de Gomang Thawa (Gomang Yutso).

Après avoir allumé des lampes à beurre devant la photo du dalai lama dressée sur un petit autel, Shichung s’est arrosé d’essence et, transformé en torche vivante, a parcouru selon les témoins une quarantaine de pas sur la route, criant des slogans pour le Tibet libre et le retour du dalai lama, avant de s’effondrer et de mourir de ses blessures sur place.

« Quelques Tibétains qui étaient rassemblés pour prier à proximité se sont précipités pour emporter le corps de Shichung, mais la police déjà présente pour surveiller les célébrations religieuses, les en ont empêchés, les tenant à distance avec leurs armes », rapporte Kanyag Tsering, moine tibétain de Kirti, aujourd’hui en exil à Dharamasala en Inde.

Ayant appelé des militaires en renfort, les policiers chinois ont déposé le corps de la victime dans un fourgon et l’ont emmené à Ngaba, malgré la résistance des habitants qui demandaient à ce que Shichung puisse recevoir les rites funéraires tibétains.

Les « anciens » de Gomang ont dissuadé ceux qui voulaient récupérer le corps d’affronter les forces de l’ordre, rapporte un témoin sous le couvert de l’anonymat, craignant que l’incident ne dégénère et qu’une brutale répression des autorités ne s’abatte ensuite sur la région.

Depuis samedi, plusieurs unités militaires ont été déployées dans la zone de la Préfecture de Ngaba où l’immolation s’est produite et les habitants sont sous surveillance rapprochée.

Free Tibet précise dans une dépêche du 29 septembre que le fermier, qui était aussi tailleur à ses heures, ne faisait pas mystère de ses sentiments anti-chinois. Quelques jours avant son geste, il aurait déclaré à ses amis lors d’une discussion : « Ces gens [les autorités chinoises] nous méprisent et ne nous laisseront jamais vivre en paix [...] ;je pense que je vais me faire brûler devant eux ».

Avant le suicide de Shichong, la dernière immolation en territoire chinois remontait au 20 juillet dernier : un jeune moine de 18 ans s’était suicidé par le feu dans le district de Dzoege (Ruo’ergai), également situé dans la préfecture de Ngaba.

Mais cette « liste funèbre » ne tient toutefois pas compte des immolations hors de Chine, comme les six dernières qui se sont produites récemment en Inde et au Népal ( le 6 août, un jeune moine tibétain s’est auto-immolé par le feu à Katmandou).

Le site Phayul, émanation du gouvernement tibétain en exil, qui confirme les faits aujourd’hui, rapporte que depuis mars 2011, plus de 120 Tibétains ont mis fin à leurs jours en signe résistance à l’occupation de Pékin. Des chiffres que Dharamsala estime être sous-évalués, les informations en provenance des territoires tibétains ne parvenant que difficilement à l’extérieur (certains suicides par le feu n’ont ainsi été connus et leurs victimes identifiées que plus d’un an après les faits).

La vague des immolations, que les autorités chinoises ne semblent pas parvenir à enrayer, suit une courbe ascendante ces derniers mois. Malgré une surveillance accrue des forces de l’ordre et l’arrestation de milliers de personnes au titre de la « prévention » ou de « l’incitation au suicide », les immolations par le feu gagnent progressivement toutes les régions de peuplement tibétain, dans la Région autonome du Tibet mais aussi les provinces avoisinantes du Qinghai, du Sichuan et du Gansu.

Les autorités ont également mis en place un programme de « rééducation » coercitive pour les moines soupçonnés d’entretenir la rébellion contre l’occupation chinoise ainsi que pour encourager les dénonciations au sein de la population. Mais cette politique répressive - recette habituelle de Pékin dans les territoires rebelles à son autorité - semble non seulement n’avoir eu aucune aucune prise sur la population locale, mais tout au contraire, renforcé le phénomène des auto-immolations.

Cet été, le gouvernement tibétain en exil a lancé une grande campagne internationale afin de « dénoncer le génocide culturel et religieux en cours », et demandé aux pays occidentaux ainsi qu’ aux Nations Unies d’intervenir concrètement en envoyant une commission d’enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme au Tibet.

Parallèlement, Pékin qui a réaffirmé officiellement en juillet dernier l’inflexibilité de sa politique envers le Tibet et le dalai lama, a réprimé violemment et dans le sang des manifestations qui se sont produites récemment dans les zones de peuplement tibétain ainsi qu’un rassemblement pacifique dans le Sichuan, où la police chinoise a tiré sur la foule venue célébrer discrètement dans les montagnes l’anniversaire du dalai lama.

(eda/msb) 

Notes

(1) Le 16 mars 2011, jour anniversaire de la répression des émeutes de 2008, l’auto-immolation de Phuntsog, moine de Kirti, lançait le phénomène des suicides par le feu qui depuis, ne cessent de croître. Le monastère de Kirti est aujourd’hui sous étroite surveillance : des dizaines de moines ont été arrêtés et des centaines d’autres envoyés en « rééducation patriotique ».