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Asie du Nord-Est - Chine

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L’Eglise de Shanghai célèbre les funérailles de Mgr Jin « sans incident ni intervention extérieure »

L’Eglise de Shanghai célèbre les funérailles de Mgr Jin « sans incident ni intervention extérieure »

30/04/2013

Plus d’un millier de fidèles ont assisté à la messe de funérailles de Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque « officiel » de Shanghai, décédé le 27 avril des suites d’un cancer, célébration qui s'est tenue lundi 29 avril à 8 h du matin en la cathédrale Saint-Ignace.

Aucun évêque n’était présent à cette cérémonie que concélébraient près de 80 prêtres diocésains, l’Eglise de Shanghai ayant fait savoir que seul le clergé du diocèse pourrait y assister. Une manière habile, selon des sources ecclésiastiques locales, d’écarter les évêques illégitimes qui auraient pu être mandatés par le gouvernement pour concélébrer ces funérailles, mais aussi de présenter un front uni alors que pèse sur la communauté l’incertitude de la succession de Mgr Jin.

L’absence de Mgr Thaddeus Ma Daqin, qui, en tant qu’évêque auxiliaire du diocèse et successeur de Mgr Jin, aurait dû présider la cérémonie, a été fortement commentée, bien qu’elle ait été tout aussi fortement prévisible.

Dès l’annonce, lors de son ordination le 7 juillet dernier, de sa décision de quitter l’Association patriotique  – l’organisme d’Etat dirigeant l’Eglise en Chine –, le jeune évêque de 44 ans avait été emmené par les autorités en résidence surveillée au séminaire de Sheshan.

La Conférence des évêques chinois, un organisme non reconnu par le Saint-Siège, le destituait peu après de son titre épiscopal. Mgr Savio Hon Tai-fai, secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, rappelait alors aux autorités chinoises que Mgr Ma avait été ordonné en tant qu’évêque auxiliaire par le Saint-Siège, un titre que la Conférence des évêques de Chine, n’avait pas le pouvoir de lui retirer, et ce, a fortiori, lorsque ladite conférence n’était pas reconnue par le Vatican.

Il y a une quinzaine de jours, Mgr Ma avait été transféré à Shanghai pour y suivre des « sessions de travail » à l’Institut d’études du socialisme, très probablement dans le but d'empêcher toute tentative de sa part d’être présent aux funérailles de Mgr Jin, mais aussi de se trouver en contact avec les fidèles dans la période critique qui suivrait le décès de l’évêque de Shanghai et la question de sa succession. Selon des sources ecclésiales locales, l'évêque aurait le droit de revenir tous les soirs dans sa famille, qui vit à Shanghai, sous une très stricte surveillance.

A l’issue de la messe du 29 avril, plusieurs fidèles faisaient part de leur indignation : « Il est incroyable que Mgr Ma n’ait pu être autorisé à présider l’adieu de son propre clergé à son évêque décédé. Cette sanction injuste nous laisse abasourdis, tristes et en colère », a posté un avocat sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter.

L’un des prêtres diocésains, parlant sous couvert d’anonymat, avoue cependant espérer que Mgr Ma puisse un jour revenir à la tête de l’évêché. « Si les autorités parlent d’un temps d’études pour Mgr Ma, c’est juste une question de temps avant qu’il ne revienne prendre sa charge au diocèse », a-t-il déclaré à l’agence Ucanews.

Si d’aucuns se disent sceptiques quant à cette vision optimiste de l'avenir de l'évêque auxiliaire, il reste que la possibilité d’un fonctionnement ‘officieux’ du diocèse de Shanghai, qui, à de nombreuses reprises, a déjà montré sa forte détermination à ne pas céder face aux pressions des autorités, puisse se mettre en place.

« Si le clergé de Shanghai se montre uni et décidé à résister à la tentative éventuelle des autorités de leur opposer un évêque non mandaté par le Saint-Siège, le gouvernement n’aura pas beaucoup de possibilité d’action, explique à Eglises d’Asie une source ecclésiastique locale. Il y avait une vraie inquiétude concernant la façon dont allaient se passer les funérailles de Mgr Jin ; l’organisation des obsèques autour du seul diocèse de Shanghai, sans éléments extérieurs, a permis d’éviter les incidents par la présence d’évêque illégitimes, mais a également pu montrer que la mort de Mgr Jin ne laissait pas le diocèse ‘sans tête’ ».

En l’absence de Mgr Ma, le fait que P. Ignatius Wu Jianlin ait été choisi par le diocèse comme célébrant principal de la cérémonie semble en effet démontrer la légitimité que lui accorde l’Eglise de Shanghai depuis qu’il a été nommé, en janvier dernier par Mgr Jin, coordinateur d’un comité spécial chargé d’assurer la gouvernance du diocèse.

Une autre cérémonie, civile cette fois, dont l’organisation a été laissée volontairement à l’Etat par l’Eglise qui a ainsi pu s’assurer d’une célébration religieuse totalement séparée, aura lieu le 2 mai prochain. En présence de représentants du gouvernement, cette célébration officielle se tiendra au Longhua Funeral Parlor dans le district de Xuhui et sera suivie de la crémation du corps de l’évêque.