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Asie du Nord-Est - Chine

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Le grand séminaire du Shanxi contraint de fermer ses portes

Le grand séminaire du Shanxi contraint de fermer ses portes

15/01/2013

Le 7 janvier dernier, Mgr John Huo Cheng, évêque « officiel » du diocèse de Fenyang, a annoncé que le grand séminaire du Shanxi, en proie à des difficultés récurrentes depuis deux ans, fermait ses portes. La fermeture du séminaire est le fait des évêques de la province, mais, selon des sources ecclésiales locales, il semble que les autorités gouvernementales n’aient pas laissé d’autre issue aux responsables de l’Eglise dans le Shanxi.

Selon ces mêmes sources ecclésiales, la décision de fermer le séminaire a été prise le 6 janvier lors d’une réunion convoquée par le Bureau des Affaires religieuses de la province du Shanxi. Les officiels du Bureau et ceux du Front uni, organe qui supervise les organismes non directement rattachés au Parti communiste, ont exigé des évêques du Shanxi la réintégration du P. Anthony Chang Tongxi au poste de recteur du séminaire, à défaut de quoi le séminaire serait fermé. Se refusant d’accéder à cette demande, les évêques des huit diocèses du Shanxi exerçant la tutelle sur le séminaire ont préféré démissionner et fermer le séminaire « pour une durée de deux ans ». Un comité de gestion ad hoc sera prochainement nommé pour remplacer le conseil d’administration démissionnaire.

Situé dans la banlieue de Taiyuan, capitale du Shanxi, le grand séminaire Montecorvino (1) compte actuellement 28 étudiants. Selon l’un de ces séminaristes cité par l’agence Ucanews, les onze étudiants qui achevaient leur dernière année d’études au séminaire resteront sur place jusqu’en juin prochain, tandis que les dix-sept autres partiront dans les prochains jours pour retourner dans leurs diocèses respectifs avant d’être accueillis dans un autre grand séminaire du pays.

L’un des membres du conseil d’administration du séminaire estime que si le choix des évêques de fermer l’établissement n’était pas idéal, il ne semblait malheureusement pas y avoir « d’autre solution possible ». Un autre membre du conseil d’administration ajoute que « la situation actuelle du séminaire était loin d’être satisfaisante : il n’y avait pas de directeur spirituel ; seuls deux prêtres vivaient sur place ».

L’origine des difficultés du séminaire Montecorvino remonte au mois de septembre 2010 lorsque son recteur d’alors, le P. Peter Wu Junwei, apprécié de tous, est nommé évêque du diocèse de Xinjiang (Yuncheng). Pour le remplacer, les évêques du Shanxi choisissent le P. Anthony Chang Tongxi, mais, rapidement, celui-ci, alors âgé de 44 ans, ne donne pas satisfaction. Les évêques ne réussissent pas à obtenir de lui les comptes du séminaire et le nouveau recteur se montre trop proche des autorités gouvernementales. En juin 2011, Mgr Huo, en sa qualité de président du conseil d’administration du séminaire, démet de ses fonctions le P. Chang.

Au mois de septembre suivant, la reprise des cours est repoussée de deux mois. Un bras de fer s’engage entre les évêques, qui ont la tutelle de l’établissement, et les autorités locales, qui veulent remettre le P. Chang au poste de recteur. Les cours reprennent finalement en l’absence de recteur. Les effectifs, qui étaient de 70 étudiants (le Shanxi est une région où l’Eglise catholique est bien implantée), tombent à 50 étudiants, tandis que les évêques du Shanxi renoncent à envoyer leurs nouveaux séminaristes dans ce séminaire.

A l’heure actuelle, après l’annonce de la fermeture du séminaire le 7 janvier, le Bureau des Affaires religieuses du Shanxi a fait savoir qu’« une mission d’évaluation » du séminaire, portant notamment sur les qualifications du personnel enseignant, sur les statuts financiers de l’établissement, l’origine des étudiants ou bien encore l’état de la bibliothèque, allait être menée « au cours des deux prochaines années ». Après ce laps de temps, « si le séminaire remplit les conditions requises », il sera de nouveau autorisé à recruter des élèves et rouvrira ses portes.

Selon les observateurs, la mise en place d’une telle « mission d’évaluation » cacherait en réalité une volonté de fermer définitivement le séminaire Montecorvino. La décision de poser un ultimatum ce 6 janvier aux évêques du Shanxi (la réintégration du P. Chang au poste de recteur ou la fermeture du séminaire) aurait été prise il y a plusieurs mois, mais sa mise en œuvre aurait été repoussée jusqu’à aujourd’hui du fait du contexte sensible créé par le XVIIIe Congrès du Parti communiste (qui a eu lieu en novembre 2012).

Quant au fond de l’affaire, l’objectif poursuivi par les autorités gouvernementales avec la fermeture de Montecorvino rejoint une volonté exprimée au plan national de concentrer au maximum la formation des séminaristes « officiels » au grand séminaire national de Pékin. Il y a quatre ans, le grand séminaire du Jinan ainsi que celui de Hohhot ont été fermés. A Shanghai, depuis la spectaculaire démission de Mgr Ma Daqin de ses postes de responsabilité au sein de l’Association patriotique des catholiques chinois, les cours au grand séminaire de Sheshan ont été, par mesure de rétorsion, « suspendus » sine die. Aujourd’hui, c’est au tour du grand séminaire Montecorvino de Taiyuan d’être fermé sans garantie de réouverture.

Ne restent plus aujourd’hui d’ouverts que les grands séminaires de Chengdu, de Xi’an, de Wuhan, de Shijiazhuang, de Jilin et de Shenyang, sans compter les deux grands séminaires de Pékin (le grand séminaire diocésain et le grand séminaire national), le grand séminaire national étant appelé à terme à regrouper le plus grand nombre des séminaristes de la partie « officielle » de l’Eglise en Chine.
 

Notes

(1) Le grand séminaire de Montecorvino a été fondé dans les années 1930 par Mgr Agapitus Fiurentini, franciscain italien, vicaire apostolique du Nord-Shanxi. C’est lui qui consacra le territoire à Mgr Giovanni da Montecorvino (Jean de Montcorvin) (1247-1328). Après avoir été fermé en 1938 du fait des troubles qui affectaient alors la région, le grand séminaire, qui dépend du diocèse de Taiyuan, a rouvert ses portes en 1985, avant de déménager en 2000 dans les locaux qu’il occupe actuellement à Xiazhuang, un quartier de la ville de Taiyuan.
Mgr Giovanni de Monte Corvino, franciscain originaire du sud de Naples, est devenu le premier archevêque de Pékin (alors Khanbalik) en 1308, sous la dynastie mongole des Yuan, au pouvoir en Chine de 1276 à 1368.Venu à l'invitation de Qubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan, il construisit la première église catholique dans la capitale chinoise. En 1306, il avait baptisé plus de 6 000 personnes et construit trois nouvelles églises. A sa mort, on estime que la Chine comptait 30 000 catholiques, en quasi totalité mongols. Lorsque la dynastie des Yuan fut déposée par les Ming en 1368, les missions catholiques disparurent.