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Asie du Nord-Est - Chine

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« Révocation » de Mgr Ma Daqin : Pékin signe, Rome réplique

« Révocation » de Mgr Ma Daqin : Pékin signe, Rome réplique

14/12/2012

Dans l’affaire de la « révocation » de Mgr Ma Daqin, évêque auxiliaire du diocèse de Shanghai, Pékin, par la voix de l’Association patriotique, a confirmé sa décision. Rome, par la voix du secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, a répondu n’accorder aucune validité à celle-ci.

A Pékin, à l’issue d’une réunion de deux jours de l’Association patriotique des catholiques chinois et de la Conférence des évêques « officiels » de Chine, Joseph Liu Yuanlong, laïc qui assure la vice-présidence de l’Association patriotique, a confirmé que la lettre des instances « officielles » de l’Eglise de Chine approuvant la nomination de Mgr Ma en tant qu’évêque coadjuteur de Shanghai était révoquée. L’annonce en a été faite à Pékin ce 12 décembre.

Il est reproché à Mgr Ma d’avoir enfreint les règlements relatifs aux ordinations épiscopales. Six « chefs d’accusation » sont retenus contre le jeune évêque, parmi lesquels le fait que, lors de sa messe d’ordination du 7 juillet dernier, Mgr Ma a délibérément empêché un évêque de lui imposer les mains. L’évêque en question était Mgr Vincent Shan Silu, évêque « officiel » de Mindong ordonné sans mandat pontifical. Comme les autorités chinoises en avaient pris l’habitude ces derniers temps, sa présence dans la cathédrale de Shanghai était voulue afin de troubler la communion ecclésiale, malgré le fait que ce 7 juillet 2012, Mgr Ma devenait évêque en étant nommé par le pape et approuvé par Pékin. Un autre des six chefs d’accusation consiste dans le fait que Mgr Ma s’est arrangé pour ne pas préciser en public s’il était évêque auxiliaire ou coadjuteur de Shanghai (ce dernier titre est celui que l’Association patriotique et la Conférence « officielle » lui ont donné, tandis que le pape l’a nommé évêque auxiliaire de Shanghai). En conclusion, Joseph Liu Yuanlong a déclaré que le diocèse de Shanghai avait été invité à « sanctionner Ma de manière sévère ».

Du côté du Saint-Siège, la réponse à la « révocation » de Mgr Ma est venue par un communiqué signé de Mgr Savio Hon Tai-fai, secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. En quatre points et en date du 13 décembre, le communiqué rappelle que dans l’Eglise catholique, « les Conférences épiscopales n’ont pas le pouvoir de nommer ou d’approuver un évêque, d’en révoquer le mandat ou de lui imposer des sanctions ». Dans le cas de la Chine, cela peut encore moins être le cas étant donné que Conférence des évêques « officiels » « n’est pas reconnue par le Saint-Siège ». Par conséquent, « Mgr Ma Daqin demeure à son poste d’évêque auxiliaire de Shanghai » et les mesures prises à son encontre, outre qu’elles sont dénuées de tout effet juridique, ajoutent « une division inutile dans le pays ».

Mgr Savio Hon poursuit en confortant Mgr Ma, soulignant que celui-ci « a fait montre d’une fidélité admirable envers l’Eglise et d’un amour sincère envers son pays ». Il rappelle que le cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, qui a récemment tendu la main à Pékin en appelant à l’établissement d’une commission permanente de dialogue entre la Chine et le Saint-Siège, a lui aussi souligné les mérites de l’évêque auxiliaire de Shanghai. Et il conclut en regrettant qu’au cours de cette Année de la foi, « la communion et la discipline » de l’Eglise catholique soient ainsi entachées. Enfin, les catholiques du monde entier sont appelés à se joindre par la prière aux difficultés que connaît l’Eglise en Chine.

Outre le communiqué officiel de Mgr Savio Hon, le cardinal Zen Ze-kiun, évêque émérite du diocèse de Hongkong, a fait connaître son opinion sur cette affaire. Sur son blog à la date de ce 14 décembre, il stigmatise les instances officielles de l’Eglise en Chine, fustigeant les prérogatives que leurs dirigeants se sont arrogées. « Ils démettent Mgr Ma ! Mais pour qui se prennent-ils ? Pensent-ils qu’ils peuvent aussi démettre le pape ? Ils ont clairement signifié que, pour eux, le pape n’a pas son mot à dire dans les affaires de l’Eglise en Chine. Quelle conclusion en tirer sinon qu’ils se situent eux-mêmes en-dehors de l’Eglise », et le cardinal de citer à leur endroit un terme déjà utilisé par lui : « Eglise schismatique ».

Sur la blogosphère catholique chinoise, les échanges sont nombreux au sujet de cette affaire. Certains posent des questions quant au rôle qu’y tient Mgr Jin Luxian, évêque « officiel » de Shanghai. Dans sa dépêche datée du 10 décembre, Eglises d’Asie écrivait que l’évêque jésuite était de facto écarté de la direction effective de son diocèse depuis quelque temps. Des internautes chinois mettent en doute cette information et reprochent son silence à Mgr Jin, qui est l’un des deux présidents honoraires de l’Association patriotique et de la Conférence épiscopale « officielle ». Contacté par l’agence Ucanews, le secrétariat de Mgr Jin a répondu que le vieil évêque, âgé de 96 ans, était malade et dans l’incapacité de s’exprimer.