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Asie du Nord-Est - Chine

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L’administrateur apostolique « clandestin » de l’Eglise au Yunnan s’est éteint

L’administrateur apostolique « clandestin » de l’Eglise au Yunnan s’est éteint

14/02/2012

Le P. Laurent Zhang Wenchang a été inhumé dimanche dernier, 12 février, en sa ville natale du district de Shilin Yi, situé à l’est de Kunming, capitale de la province du Yunnan. Mort le 5 février à l’âge de 92 ans, le P. Zhang était l’administrateur apostolique « clandestin » de Kunming, Dali et Zhaotong, les trois diocèses de l’Eglise catholique au Yunnan. Il laisse le souvenir d’un prêtre...

 ... dont la vie est un témoignage de fidélité et de courage face aux velléités de contrôle de l’Eglise par le gouvernement communiste chinois.

Membre de l’ethnie sani du groupe des Yi (1), il a été inhumé conformément à la tradition, son corps exposé à la vénération des fidèles durant sept jours, afin que chacun puisse venir se recueillir devant sa dépouille. La messe des funérailles a été célébrée dans le village natal du prêtre, situé au cœur du District autonome de Shilin Yi.

Né en 1920, entré au petit séminaire à l’âge de 12 ans, ordonné prêtre en 1946, le P. Zhang appartient à cette génération de serviteurs de l’Eglise catholique en Chine dont toute la vie a été traversée par les épreuves imposées par le pouvoir communiste. Après 1949 et la prise du pouvoir de Mao Zedong, l’emprise communiste sur le lointain Yunnan et sa capitale Kunming se fit progressivement. Le jeune prêtre Zhang est alors affecté au service de la cathédrale. En 1953, une campagne politique lancée par les communistes l’en chasse et il est contraint de se retirer pour aller travailler dans une ferme. En 1958, à l’issue de la campagne anti-droitier (2), il est condamné pour « crimes contre-révolutionnaires » et envoyé en prison. Il a été interné en réalité pour sa fidélité à l’Eglise universelle et son refus d’entériner la politique « patriotique » que le régime impose à l’Eglise. En 1962, il est transféré dans un camp de rééducation par le travail, d’où il ne sortira qu’en 1982.

Le P. Zhang, reprenant courageusement sa mission, visite les familles catholiques et, à mesure que « l’ouverture » se précise, recommence à travailler pleinement pour l’Eglise. Réhabilité en 1987, il refuse néanmoins de rejoindre les structures « officielles ». Constamment surveillé par la police, il mène son ministère avec efficacité et discrétion, vivant très simplement à Kunming. En 2000, prenant la suite du P. Louis He Dezong, il est nommé par le Saint-Siège, administrateur apostolique de Kunming, Dali et Zhaotong, contribuant notamment à la construction ou la reconstruction de nombreux lieux de culte dans la province.

Ne tenant pas à entretenir de liens suivis avec la partie « officielle » de l’Eglise au Yunnan, le P. Zhang n’en incarnait pas moins un diocèse qui n’avait plus d’évêque légitime depuis 1952, date de l’expulsion hors de Chine du Français Alexandre Derouineau, des Missions Etrangères de Paris. En 1962, le régime chinois avait porté sur le siège épiscopal de Kunming, Mgr Kong Lingzhong, sans mandat pontifical. Après sa mort en 1992, il fallut attendre 2006 pour voir un nouvel évêque sur le siège de Kunming, Mgr Joseph Ma Yinglin, lui aussi ordonné sans approbation du Saint-Siège.

S’exprimant aussi bien dans son dialecte natal qu’en mandarin, le P. Zhang parlait également couramment français, héritage de sa formation auprès de missionnaires français. Témoignage de ce lien historique, renouvelé plus tard dans les années 1990 et 2000, le P. Zhang avait été fait membre honoraire de la Société des Missions Etrangères de Paris le 26 mars 2001.

Atteint d’un cancer de l’œsophage, le P. Zhang a vécu ses derniers mois hospitalisé. A sa mort, le site Internet Tianzhujiao Zaixian (‘L’Eglise catholique en ligne’) s’est fait l’écho d’échanges plutôt vifs entre catholiques. Des internautes ont loué le courage et la fidélité dont avait fait preuve tout au long de sa vie le prêtre « clandestin ». « Nous ne voulons voir personne de l’Association patriotique venir offrir ses condoléances ou ses respects au P. Zhang lors des funérailles. Ce dont a besoin Kunming, c’est d’un évêque qui soit fidèle à Rome. Ma Yinglin, vous êtes prié de quitter le Yunnan ! », écrit l’un d’eux (3). D’autres ont estimé que critiquer l’Association patriotique était injuste, affirmant que les frais d’hospitalisation du P. Zhang avaient été pris en charge par Mgr Ma. Ce dernier point est disputé car certains écrivent que la facture a été payée par des dons de catholiques.

Notes

(1) Présent au Yunnan ainsi qu’au Sichuan et au Guizhou, les Yi forment l’une des plus importantes minorités ethniques de Chine populaire. De langue tibéto-birmane, ils comptent six sous-groupes (Lolo, Sani, etc.)
(2) La campagne des cent fleurs est une politique menée en Chine de février à juin 1957. Mao, pour rétablir son autorité sur le Parti, affaiblie depuis le VIIIe congrès de ce dernier et l’échec du Grand Bond en avant, et améliorer les relations entre la formation communiste et la population dans un contexte international périlleux, appelle à une
« campagne de rectification ». Le principe est de redonner une certaine liberté d’expression à la population, tout particulièrement aux intellectuels, pour critiquer le Parti. Si l’objectif officiel est que celui-ci s’améliore, Mao compte bien en profiter pour affaiblir ses adversaires et retrouver un certain ascendant sur ses camarades. La campagne des cent fleurs est l’histoire d’« une comédie qui va se muer en tragédie » (Jean-Luc Domenach). En effet, peu de temps après le lancement de la campagne, la contestation explose. Le Parti réagit rapidement et lance une répression féroce qui fera plusieurs centaines de milliers de victimes (« les droitiers »), emprisonnées, déportées et parfois exécutées. (source : Wikipedia)
(3) Cité par l’agence
Ucanews (7 février 2012).