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Asie du Nord-Est - Chine

LE PHÉNOMÈNE ' FALUNGONG ' [ Bulletin EDA n° 321 ]

16/12/2000 - par P. Angelo S. Lazzarotto, Pime

Le Falungong est essentiellement un mouvement de gymnastique respiratoire, imprégné de théories bouddhistes et taoïstes, qui prend appui sur les plus anciennes traditions culturelles chinoises. Ce terme de Falungong peut être ainsi traduit : "pratique de la roue de la loi (ou du Dharma)" (1).

Il s'agit là d'une forme spéciale du qigong, très ancienne pratique de méditation s'accompagnant d'exercices respiratoires visant à contrôler le qi ou force vitale. La presse internationale l'ayant fait connaître en 1999, le Falungong fut, trois mois plus tard, mis au ban de la nation par le gouvernement chinois. Depuis lors, les médias ne cessent de s'intéresser à la dure, incessante, inexorable persécution de ce mouvement, des condamnations à des peines de rééducation par le travail dans les camps de travaux forcés qui peuvent aller jusqu'à 18 ans n'étant pas rares. Le problème ne semble pourtant absolument pas résolu, étant donné l'extraordinaire résistance des adhérents à ce mouvement que le gouvernement chinois n'hésite pas à qualifier de "suprême défi au régime".

Les centaines d'articles parus à son propos dans les quotidiens et revues du monde entier se fondent surtout sur les dépêches des principales agences internationales de presse qui disposent de correspondants à Pékin. Des informations relatives au Falungong peuvent être également transmises aujourd'hui par de nombreux sites Internet. Mais il est encore rare de trouver des études sérieuses sur ce phénomène trop récent (2).

Une telle recherche superficielle ne fait que rendre compte des événements les plus récents, sans se préoccuper de présenter de façon systématique la pratique du Falungong et la théorie qui l'informe ou d'exprimer à ce sujet une appréciation complète du point de vue thérapeutique ou philosophique. Bien qu'il s'agisse là d'un phénomène auquel le peuple chinois est particulièrement sensible, il met surtout en évidence la lutte à outrance menée par le gouvernement chinois contre ce mouvement, mais aussi les conséquences qu'il pourrait avoir dans le domaine des religions et dans celui de l'évangélisation.

Quand l'efficacité de la police chinoise est prise en défaut.

Plus de 10 000 personnes s'étaient donné rendez-vous aux premières heures d'une tiède matinée de printemps, le 25 avril 1999, dans les rues qui longent, à Pékin, le vaste ensemble résidentiel dénommé Zhongnanhai exclusivement réservé aux principaux dirigeants de la Chine, non loin de la Cité interdite, l'antique palais impérial. Assis en bon ordre, dans l'attitude de la méditation, en rangs serrés comprenant jusqu'à huit personnes, ils formaient une file ininterrompue de deux kilomètres de long. Ils ne faisaient usage ni de slogans ni de drapeaux, ni d'aucun signe extérieur de revendication. Si on interrogeait ces manifestants, ils répondaient qu'ils voulaient seulement obtenir une autorisation légale pour ces millions d'hommes qui, dans toute la Chine, pratiquent le Falungong. La police, nombreuse et vite accourue, se contentait de les observer, de leur conseiller de se disperser, et de leur distribuer des tracts pour les en persuader. Le soir, après 13 heures de manifestation silencieuse, cette foule se retira d'elle-même, ayant donné l'exemple d'une extraordinaire discipline.

La silencieuse présence de ces manifestants correspondait à leur instante demande faite précédemment d'être reçus par les plus hautes autorités de l'Etat. On sut, plus tard, que les principaux dirigeants du Parti et du gouvernement avaient été obligés d'interrompre une discussion sur une éventuelle participation de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), pour s'occuper de ce qui, par la suite, fut défini comme "un phénomène procédant des superstitions féodales" (3De fait, au cours des procès qui ont été intentés au Falungong, une des accusations portées a justement été celle d'avoir interrompu à plusieurs reprises les travaux des organes centraux de l'Etat. A ce propos, une agence de presse, citant une information émanant du Parti communiste, relatait qu'à une heure tardive du soir, le Premier ministre Zhu Rongji avait accepté de rencontrer une délégation de représentants du Falungong qui lui avaient demandé de pouvoir présenter leurs enseignements par le canal des moyens de communication et d'obtenir des espaces spécialement affectés à leurs réunions. Zhu aurait alors assuré que le mouvement Falungong n'était pas interdit (4). Ses interlocuteurs osèrent lui dire que c'étaient eux et non le communisme qui étaient en mesure de sauver la Chine et Zhu aurait répondu : "Je suis athée. Vous ne pouvez pas m'obliger à adhérer à vos doctrines".

Le lundi 26 avril, l'une des rues qui délimitent Zhongnanhai était barrée. La presse internationale rapportait le regroupement de cette foule qui avait ainsi stupéfié le gouvernement et les forces de police. C'était là, remarquèrent divers journaux, "la plus grosse manifestation de rue qui se fut produite depuis la révolte de la place Tiananmen en 1989". Toutefois, les autorités avaient interdit tout récit ou commentaire de la mystérieuse manifestation de protestation. Un peu plus tard, cependant, un porte-parole du Bureau d'information du Conseil d'Etat déclarait que les dirigeants avaient chargé le personnel du Bureau des réclamations d'étudier et de discuter certains problèmes d'actualité. Il y avait été déclaré que les diverses activités de qigong n'étaient pas interdites et que toute controverse pouvait être résolue en passant par les structures normales mais qu'il avait été toutefois inutile et regrettable de se rassembler à proximité de Zhongnanhai et de créer ainsi des troubles à l'ordre public.

A la suite de cet incident, le président de la République et secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Jiang Zemin, exaspéré par l'audace des manifestants (alors que même les étudiants, en 1989, n'avaient pas osé s'approcher de Zhongnanhai), adressa une vive réprimande aux responsables de la Sécurité publique qui s'étaient ainsi laissé surprendre, ce qui compromettait la campagne lancée depuis des mois contre le désordre. "Nous avions demandé, avant tout, la stabilité mais cette stabilité a été mise en échec. Nos dirigeants doivent se réveiller !". Une commission fut immédiatement constituée, sous la direction du vice-président Hu Jintao et de Luo Gan, membre du Bureau politique et responsable de la Sécurité publique, dont le premier objectif fut d'établir des listes de noms et d'infiltrer la secte (5). Ce travail silencieux dura trois mois et aboutit à la décision du gouvernement de défier des millions de citoyens, mettant le mouvement Falungong hors la loi.

Cependant, la presse internationale, étonnée d'une telle nouveauté, interrogeait diverses personnalités et des experts en sinologie sur l'extension et la signification de ce phénomène Falungong. Nancy Chen, anthropologue de l'université de Californie à Santa Cruz, qui a écrit un livre sur la vie urbaine, en Chine, affirme que tout Chinois vivant en ville connaît au moins quelque individu qui fréquente les parcs ou autres lieux de réunion où l'on cherche à se procurer la santé ou la longévité par la pratique des exercices qui sont à la base des gymnastiques thérapeutiques du Falungong et que l'on regroupe sous le terme de qigong. Cette forme de concentration sur soi-même et de mouvements bien réglés redevint populaire en Chine à la fin des années 1970 lorsque furent révoquées diverses interdictions culturelles. Le gouvernement a toléré jusqu'ici certaines écoles de qigong, alors qu'il en interdit d'autres, considérées comme "superstitieuses". D'après Nancy Chen, l'abolition générale du qigong mettrait le gouvernement en opposition avec une importante partie de la population (6).

Divers dirigeants du PCC s'accordent à reconnaître qu'il s'agit là d'un mouvement discipliné et bien organisé, même s'il prétend n'avoir aucune hiérarchie, et cela les déconcerte. Pour certains, on peut le rattacher aux anciennes sociétés secrètes à caractère semi-religieux qui visaient à discréditer des empereurs injustes. D'après Wang Shan, auteur et commentateur politique bien connu, les autorités devraient agir avec prudence vis-à-vis de ce groupe. Ces "sectes superstitieuses" qui ont été combattues par le passé étaient constituées par une importante masse paysanne. Elles s'imposent aussi désormais dans les grandes villes où les chômeurs sont déjà très montés contre le gouvernement. Wang-Kai, un officier responsable du qigong dans l'administration d'Etat du sport assure que le Falungong était depuis longtemps objet d'étude et qu'à ce sujet, on n'était encore parvenu à aucune conclusion. Il n'hésitait pas à déclarer qu'il pratiquait lui-même le Falungong ajoutant que, si ces exercices connaissaient une large diffusion, le gouvernement épargnerait des millions de dollars en frais médicaux. Et, d'après Wang Kai, la sérénité des personnes qui se conforment à ces pratiques plaide en leur faveur, les rend meilleurs. "Ils s'adonnent avec joie à leur travail et peuvent contribuer à la reconstruction du pays" (7

L'aventure de Li Hongzhi

La publicité faite au mouvement Falungong par la manifestation du 25 avril a porté au pinacle Li Hongzhi, l'homme qui a fondé le mouvement sept années plus tôt, en Mandchourie, et qui actuellement vit en Amérique. Des millions de personnes dans le monde et surtout en Chine le vénèrent comme un "maître" incontesté. Mais il est justiciable d'une condamnation à mort par les autorités de Pékin qui l'ont déclaré "criminel numéro un".

Li Hongzhi était fonctionnaire en Chine septentrionale avant de se lancer dans cette grande aventure. Fils d'un médecin et d'une gynécologue, il est né à Gongzhu Ling, petite ville industrielle de la province de Jilin, le 7 juillet 1952, et a fait de sommaires études dans la capitale de cette province, Changchun. Puis s'étant engagé dans l'armée, il a été affecté, de 1970 à 1982, à divers services réservés aux non-gradés. Par la suite et jusqu'en 1991, il a travaillé comme gardien assermenté dans une grosse entreprise de céréales et d'huile. Après quoi, il a démissionné pour s'adonner aux arts martiaux. Il a étudié le bouddhisme et le taoïsme, a-t-il déclaré, dès la plus tendre enfance, de maîtres qui vivaient sur les montagnes de Mandchourie. Ayant appris deux des formes les plus spécifiques du traditionnel exercice qigong, il a été reconnu maître en cet art et, développant son propre mouvement auquel il a donné le nom de Falungong, il a commençé à l'enseigner en mai 1992. Se servant avec intelligence des moyens modernes de communication et par une sorte de capillarité, la pratique du Falungong se répandit rapidement. Pour l'activer, Li a très vite fondé la Falun Dafa (FDF) dont il a pris la présidence. Le but de cette structure "de recherche" était évidemment de contrôler le développement du mouvement mais aussi d'en accréditer le sérieux (8). L'attitude de tolérance de la part de nombreux dirigeants et idéologues de l'Etat en a facilité la pénétration jusque dans les milieux officiels, les quatre premiers vice-directeurs de cette société "de recherche" étant membres du PCC. En peu de temps ont été mis sur pied 39 centres provinciaux d'enseignement du Falun Gong, comportant 1 900 salles d'instruction et plus de 28 000 espaces destinés aux exercices de groupe qui doivent se pratiquer selon les indications de la FDF.

Alfredo Fava, un entrepreneur italien de Biella, qui opérait en Chine, relate qu'il a rencontré Li Hongzhi en décembre 1995 et qu'il était devenu son disciple. D'après Fava, Li avait commencé à parler à de grandes foules, sur des terrains de sport, dès l'année 1993. Des milliers de personnes venaient, pendant une durée de neuf jours prendre contact avec lui et se faisaient ensuite ses prosélytes (9). On invitait Li un peu partout et ses leçons étaient reproduites et diffusées par des livres et les vidéocassettes, ce qui supposait évidemment d'importants moyens financiers. Les autorités, cependant, restaient relativement indécises quant au Falungong. Il fut un temps, d'après les médias officiels, où le gouvernement aurait retiré à Li Hongzhi la qualification de maître de qigong, l'accusant de répandre la superstition, étant donné qu'il se comparaît, entre autres figures célèbres de l'histoire, à Jésus-Christ et à Siddarta et Gautama. Dans ces années, diverses autres écoles de qigong qui proliféraient dans le pays étaient également sous enquête.

En 1994, Li se procura une nouvelle carte d'identité où était changée sa date de naissance, la faisant coïncider avec une fête de Bouddha dont il se disait être une réincarnation. (Interrogé par Newsweek, il ne nia pas que ce changement ait eu lieu mais prétexta qu'il était dû à une erreur bureaucratique). Li était accusé, bien sûr, d'avoir amassé une fortune considérable, en vendant des livres, des cassettes audio... depuis 1993, sans autorisation. En 1996, son livre Zhuan Falun fut interdit en Chine. Toutefois, la diffusion de cet ouvrage et des autres écrits de Li continua, comme par le passé, clandestinement : on pouvait les trouver partout. Mais, en 1997, sujet à tant de pressions, Li fit une demande de visa pour les Etats-Unis et, l'année suivante, il put quitter la Chine. En une longue interview publiée par l'hebdomadaire Time, il s'expliquait en ces termes : "Le gouvernement n'avait pas pris sur la question une position claire mais les ministres de la Sécurité publique étaient préoccupés du nombre de nos adhérents. Quand nous tentions d'organiser des réunions, elles n'étaient pas approuvées car on craignait une trop grande affluence de foule" (10

Li Hongzhi réussit à retourner à Pékin peu de temps avant la fameuse manifestation du 25 avril. Il se présentait comme homme d'affaires et repartit très vite pour l'Australie, après un court arrêt à Hongkong. Ce fut, pour la police, un brûlant affront. Mais, lors d'une conférence de presse qui eut lieu, peu après, à Sydney, précédant une assemblée de 2 000 participants du Falungong, Li prit soin de minimiser la signification des événements survenus à Pékin. Il les attribuait au désir de faire rendre justice aux adhérents de Falungong qui avaient été sauvagement maltraités à Tianjin. Et il avait grand espoir que les autorités finiraient par approuver la pratique du Falungong. Il répéta, à l'intention des médias internationaux, dont les représentants l'entouraient, qu'il n'avait jamais eu de visées politiques ni d'opposition au PCC tout en réaffirmant cependant la valeur du mouvement qu'il avait créé.

Quand, le 22 juillet se déclencha l'offensive contre le Falungong, Li Hongzhi en fut la toute première cible. Et, le 29 juillet 1999, l'agence de presse officielle Xinhua annonçait qu'il était sous le coup d'un mandat d'arrêt pour lequel on faisait appel à la collaboration d'Interpol. Le ministère de la Sécurité publique publia d'ailleurs sa photographie, pour faciliter son arrestation, établissant que : "Il a comploté et organisé des réunions et des manifestations et entrepris d'autres activités, troublant l'ordre public, sans avoir demandé les autorisations qui sont exigées par la loi".

Par ailleurs, le Quotidien du Peuple, organe officiel du PPC, consacrait le même jour une bonne partie de la première page à la "solennelle bataille de politiques et de pensée", accusant Li de se comporter comme un dieu et d'avoir cherché à se substituer au gouvernement, ainsi que d'avoir trompé le peuple et provoqué la mort de centaines de personnes en s'opposant à la science et à la médecine.

A la fin de juillet, une importante revue bi-hebdomadaire, Seeking Truth, consacrait un numéro spécial à "démasquer les mensonges" de Li Hongzhi et surtout ses contradictions entre les trois principes qu'il prêche à ses adeptes et les choix de sa propre vie. Quelques jours plus tard, le Beijing Evening News annonçait que sa tête avait été mise à prix, un prix de 6 000 dollars américains. Il était assimilé aux "wanted criminals" (11C'est en vain que les autorités de Pékin demandent aux Etats-Unis de l'arrêter et de l'extrader et protestent contre le gouvernement britannique qui refuse d'interdire à Li Hongzhi un séjour en Angleterre (12). Ils tentent aussi de faire déplacer une conférence organisée à l'ONU par les adhérents au Falungong pour les correspondants de presse (13). Li demeure, en général, assez réservé, mais ses collaborateurs s'activent dans les relations publiques.

Une doctrine éclectique et fantaisiste

En Chine, jusqu'à l'année dernière, les conférences et conversations de Li étaient diffusées non seulement par les moyens audiovisuels des communistes mais aussi par divers sites Internet. Aujourd'hui, tout cela est remplacé par la massive et hostile propagande du gouvernement (14). A l'extérieur, on peut toutefois accéder à divers programmes qui présentent la praxis du mouvement et les explications qu'en donne le maître Li (15).

Il n'est pas facile de se faire une idée claire des théories de Li Honzhi, de comprendre ce qu'il vise, ce qu'il ambitionne par son Falungong On reste franchement déconcerté par certaines de ses affirmations qui ne peuvent être assimilées à aucune des grandes écoles du taoïsme ou du bouddhisme chinois. Sa pensée, il faut en convenir, a mûri dans le contexte d'une culture si éloignée de la nôtre que des paramètres qui nous semblent fondamentaux comme le principe de contradiction semblent s'y dissoudre. Le symbole du Falungong consiste en une représentation miniaturisée de l'univers physique.

Au centre, une svastika, le tai ji (suprême réalité) avec les deux éléments opposés et complémentaires, yin et yang, propres à l'antique cosmologie chinoise. Puis, de nouveau, le symbole de la svastika qui se déroule sur elle-même. Le tout placé en un cercle coloré de rose.

Renata Pisu, spécialiste de culture chinoise, observe que les enseignements de Li Hongzhi se situent à deux niveaux : dans le premier, on y enseigne la pratique du qiqong qui améliore l'état général de santé, guérit des maladies, aide à dominer le stress et la dépression. Au niveau supérieur, les messages de Li sont des plus variés. Il s'agirait, en somme, de "quelque chose qui jaillit du ventre profond de la Chine, un amalgame post-moderne mais non post-chinois, d'archaïsmes réévalués par la défiance de la science et de la société" (16

Je me limite à citer ici quelques expressions typiques, utilisant les interviews accordées par Li Hongzhi aux revues américaines qui ont déjà été citées (17). On trouve dans ses enseignements des éléments de taoïsme, de boudhisme et de confucianisme et une part y est faite aux notions de réincarnation et de karma. A la base de tout, on trouve le très ancien exercice chinois qigong, cet art martial basé sur la méditation et sur des techniques respiratoires permettant de contrôler et d'utiliser les forces occultes de notre organisme. En une seconde interview au magazine Time (9/8/99), Li Hongzhi reconnaît qu'il y a différentes formes de qigong, pratiquées en Chine ou en d'autres pays, mais toujours dans un même but : améliorer la santé et guérir les maladies. La maladie est en effet causée par le mal, et l'on peut s'en libérer.

Mais, d'après lui, le soin de la santé appartient à un niveau inférieur de qigong qu'il a déjà dépassé. Le Falungong est proposé par lui comme une croissance spirituelle qui mène à la "liberté de la condition terrestre". "J'enseigne, affirme t-il, un degré plus haut de qigong, embrassant un contenu plus vaste. C'est comme le Tao ». Celui qui parvient à cette perfection possède des pouvoirs spéciaux. "Tandis qu'en Occident, on pense que la perfection ne peut être atteinte qu'après la mort, au paradis, nous autres, Orientaux, pouvons, même encore en vie, parvenir à un état divin en pratiquant cette croissance spirituelle". A cet état d'illumination et de perfection correspondent, assure Li Hongzhi, des pouvoirs extraordinaires. Pour y parvenir, il demande à ses disciples de mettre en pratique les trois principes : Zhen (la vérité), Shan (la compassion) et Ren (la tolérance). Il peut aider ses disciples à réaliser cet idéal en plantant la "roue de la loi" (une miniature du cosmos qui tourne indéfiniment, aspirant et émettant le cosmos). Si on lui demande comment la chose serait possible, il répond : "Je peux solliciter mon esprit pour agir sur toutes choses et faire qu'elles se réalisent". Est-il encore sur terre, lui demande-t-on ? Il s'en défend : "Je ne veux pas parler de moi comme d'un être d'un niveau supérieur. Les gens ne comprendraient pas". Et, au cours d'une autre interview : "Je suis le seul, aujourd'hui, dans le monde entier, à enseigner la loi. Si j'ouvre votre oil céleste, vous posséderez des pouvoirs surnaturels, vous pourrez voir à travers un mur" (18

Pour Li, les considérables développements des sciences et de la technologie font courir à l'humanité des risques mortels. Dès les premières années du XXe siècle, la terre a été envahie par des extra-terrestres, qui ont substitué aux hommes des clones. Ces êtres qui nous sont étrangers ont introduit dans notre monde les ordinateurs pour nous corrompre et ils s'introduisent dans nos corps humains pour créer un monde de clones. "De fait, ils contrôlent déjà la culture et l'esprit des hommes. On croit que les savants manifestent dans leurs inventions leur propre initiative. En réalité, leur inspi-ration est manipulée par les extraterrestres". Si on lui demande de décrire de tels êtres, il répond : "Ces extraterrestres ressemblent aux humains, toutefois leur nez est constitué par un os". Dans la campagne de dénigrement lancée par le gouvernement en juillet dernier sont citées d'autres idées "ridicules" de Li : il aurait prédit que la fin du monde est proche, que l'humanité sera détruite, que la science moderne ne peut rien faire pour sauver le monde : la seule espérance ne se trouve que dans le Falungong et Li est l'unique personne susceptible d'expliquer les mystères de l'univers. Les gouvernements sont inutiles de même que se sont montrées inutiles les lois. Le Falungong est l'unique idéologie d'une valeur universelle, réduisant à néant les gouvernements et la loi (19).

Une extraordinaire diffusion

En dépit de toutes ces incohérences, et peut-être même à cause d'elles, le Falungong et le Falun Dafa enregistrent un nombre impressionnant de disciples qui professent une absolue loyauté à leur gourou, tels les adeptes des sociétés secrètes. Même après l'interdiction du mouvement (peut-être même à cause de cette interdiction), on pouvait trouver dans les rues de Pékin un certain nombre de ces disciples tenant à la main les écrits de Li, au point que le plus fameux de ses livres Zhuan Falun ('En faisant tourner la roue de la loi') a été comparé au petit livre rouge de Mao (20). Une femme, à l'autel du Parc du Soleil à Pékin, distribuait des feuillets qui exaltaient les enseignements du "grand maître Li" qui protège ceux qui le suivent de sorte "qu'ils n'ont rien à craindre des maux venant de l'extérieur" (21Les adhérents de Falungong en parlent avec enthousiasme. Ils répètent que leur mouvement n'est pas une religion et qu'elle n'a pas d'objectifs politiques, n'étant qu'un engagement au développement personnel dans les vertus de vérité, bienveillance et patience. Et même après la condamnation du mouvement, Li a fait preuve de la plus grande assurance. "Ils peuvent mettre les gens en prison, a-t-il dit, mais il ne peuvent emprisonner leurs cours" (22

L'estimation numérique du mouvement est très variable. Li Hongzhi affirme que 100 millions de Chinois environ pratiquent le Falungong. Parmi eux, 60 millions résideraient en Chine, représentant un nombre supérieur à celui des membres du PCC. De son côté, la police, après la manifestation du 25 avril, aurait estimé à 30 millions les adhérents de Falungong (23). Plus tard, les médias officiels avançaient ces chiffres : de la Falun Dafa, de Pékin, dépendent 1 900 centres d'instruction, 28 263 centres de pratique, animés par 2 100 000 adeptes (24). Enfin, selon le vice-ministre des Affaires civiles, ses zones de diffusion les plus importantes sont le Nord-Est et la province du Hebei (25).

Mais, probablement, plus que du nombre des fidèles du Falungong, le gouvernement se préoccupe de sa capacité de mobilisation et d'organisation efficace. L'agence officielle Xinhua (24/7/99) n'était sans doute pas loin de la vérité quand, tout en dénigrant le mouvement, elle en expliquait ainsi la diffusion : a) il s'appuie sur le désir et le besoin de guérir les maladies ; b) il a exagéré les dangers que présentent certains problèmes et maux de la société qui préoccupent le pays ; c) il a fait l'éloge des principes de vérité, bienveillance et tolérance, principes appréciés de tous, s'en servant pour tromper le peuple. Il s'agit, en effet, d'une phase névralgique dans la crise que connaît actuellement la Chine nouvelle, fondée par Mao Zedong, crise qui, depuis 20 ans, aboutit à ramener le capitalisme. Le commun du peuple est gravement préoccupé par l'état de la société, par le nombre croissant des chômeurs, par une assistance sociale déficiente et par la corruption qui se généralise, endémique notamment dans le PCC, ce qui engendre le mépris du "gouvernement du peuple". Les soins médicaux sont de plus en plus coûteux et beaucoup en sont désormais privés, spécialement quand il s'agit d'interventions chirurgicales. L'idéal de la médecine gratuite pour tous, vanté par le régime, devient de plus en plus un mirage ce qui favorise le recours aux traditionnels exercices thérapeutiques et à la médecine traditionnelle.

Parmi les centaines d'écoles de qigong qui prolifèrent aujourd'hui en Chine, certaines ont l'approbation du PCC. Telles Puti (ou Boddhi) Gong, Chanmigong (ou Zen-gong), Jiugonbaguogong et Xianggong, tandis que d'autres font l'objet de suspicion ou sont clairement condamnées (26). D'après l'anthropologue Nancy Chen, en 1990, les autorités avaient ordonné à ceux qui pratiquaient le qigong de se faire enregistrer, mais avec peu de succès. Plus récemment, le gouvernement a pris des mesures pour contrôler les groupes de qigong mais sans imposer de nouveaux enregistrements ce qui semblerait donner à ces groupes une certaine légalité. C'est ce qu'affirme le responsable des organisations du ministère des Affaires sociales, Wu Zhongze, cité par le Journal de la jeunesse chinoise, qui justifie ces mesures étant donné que les groupes de qigong diffusent des idées féodales des superstitions et une pseudo-science (27).

L'autorité constituée a toujours été préoccupée par l'existence de sociétés secrètes et de sectes. Elles ont jalonné l'histoire millénaire de la Chine et sont perçues comme un épouvantail. Dans les années 1950, le régime de Mao Zedong avait lancé une systématique et dure campagne tendant à éliminer toute secte et mouvement religieux, toute société secrète étant assimilée à une association de criminels. La répression du mouvement Yiguandao ('doctrine de l'unité') avait été particulièrement sévère. Après 1979, du fait de l'ouverture économique, la pression gouvernementale s'était relâchée. C'est alors, dans ce climat un peu détendu qu'avaient pu se développer les écoles qigong et le Falungong lui-même (28).

En 1985, un rapport secret du ministère de la Sécurité signalait que les sectes traditionnelles se multipliaient. Mais, tandis qu'après l'insurrection de la place Tiananmen en 1989, la répression a visé de petites initiatives politiques comme le Parti démocratique, il n'est pas facile de lutter efficacement contre des phénomènes qui englobent de vastes mouvements de masse. Depuis 1996, les autorités ont supprimé 10 000 associations secrètes dans la seule province du Hunan où l'un des dirigeants de ces associations a été récemment exécuté. En 1998, la police a arrêté 15 600 personnes accusées d'avoir "troublé l'ordre public par leurs superstitions" (29). En 1998, le gouvernement a encore renforcé la législation relative au droit d'association. Les sociétés à but non lucratif doivent être sponsorisées et agréées par les agences du gouvernement. Toutes les associations doivent être enregistrées.

Ce qui alarme les dirigeants chinois, c'est le profil de la plupart des adhérents de Falungong. Il ne s'agit pas d'étudiants comme ceux qui se sont soulevés en 1989, mais surtout de personnes d'âge moyen, parmi lesquelles beaucoup de retraités et un grand nombre de femmes. Peu d'opposants proprement dits, sans doute, mais des chômeurs de 40 ans et plus, des officiers et membres du Parti à la retraite, des groupes, en somme, qui semblent n'avoir pas été touchés par la marche de la Chine du XXe siècle vers l'institution du libre marché. Huang Pin, vice-directeur de l'Institut de sociologie, à Pékin, reconnaît que les rapides changements sociaux de la Chine en cette période de transition tendent à détruire certaines vieilles valeurs morales, de sorte que beaucoup en sont déconcertés et ne réussissent pas à s'adapter à la société actuelle (30). Un commentateur politique, Nang Shan, explique que le Falungong n'est pas facile à vaincre parce qu'"il représente la force du prolétariat". Il ajoute que "la Chine est en train de vivre une révolution par l'adaptation à l'économie de marché. Elle prend la voie du capitalisme. Et quand un régime est à la tête d'une révolution capitaliste, il rencontre la résistance du prolétariat. C'est ce que nous constatons aujourd'hui".

Après la manifestation du 25 avril 1999, une vingtaine d'intellectuels de la République populaire de Chine (RPC) ont rencontré des représentants de l'université Columbia à New York et Wang Juntao, qui fut l'un des leaders du mouvement chinois pour la démocratie, a déclaré qu'il n'avait aucun doute sur la matrice de ce phénomène de masse, coïncidant avec une période de transition sociale où le peuple subit une intense pression et éprouve le besoin de s'adonner à quelque autre forme d'idéologie pour répondre au vide spirituel et neutraliser l'anxiété. Le Falungong exprime l'aspiration des Chinois à combler ce vide. Mais, dans la pratique, il ne voit pas dans le Falungong un projet politique. Certains adhérents y trouvent des motivations religieuses, pour d'autres, plus simplement, une forme d'exercice physico-respiratoire (31). Il n'est pas étonnant que le mouvement de Li Hongzhi qui procure un sensible mieux-être physique et psychologique et donne aussi une nouvelle vision de la réalité, soit accepté par des millions de Chinois comme un idéal de vie. C'est tout ceci qui constitue un défi à l'idéologie du régime.

Le régime communiste qui, depuis un demi-siècle, travaille à donner au peuple de la Chine nouvelle une vision scientifique du monde fondée sur le matérialisme théorique et pratique, se trouve donc obligé d'affronter, malgré lui, une résurgence sans précédent de superstitions de tout genre. L'extraordinaire histoire du Falungong est à situer dans le contexte de ces phénomènes populaires que l'idéologie au pouvoir ne peut tolérer mais qu'elle ne parvient pas à détruire. Un protagoniste bien connu dans la lutte contre la superstition, Si Manan, définit ainsi le Falungong : "Li Hongzhi n'est que la partie apparente d'un iceberg" (32). Il n'est pas surprenant, pense-t-il, que la condamnation du Falungong soit survenue au cours de la campagne nationale contre la superstition qui a débuté au milieu de 1998, et où furent dénoncées de façon répétée, certaines pratiques très populaires comme le fengshui, la géomancie et la prédiction de l'avenir.

A la recherche d'une légitimation

Une des données qui a alimenté tant d'événements décisifs a été une certaine allergie à la critique. En réalité, les partisans de Li ont toujours démontré peu de patience à l'égard des médias. Ils réagissent vivement à tout écrit où ils sont cités, par des coups de téléphone et par des visites aux directeurs des publications. Un journal chinois affirme qu'il a reçu d'innombrables protestations parce qu'il avait répandu cette nouvelle qu'un membre du Falungong était devenu fou. Et le correspondant à Pékin de la BBC fait remarquer qu'après avoir donné des informations sur le groupe, il a reçu plus de critiques que n'en a motivé aucun autre article au cours de sa carrière (33).

Selon l'agence Xinhua (12/08/99), en mai 1998, la télévision d'Etat à Pékin avait été assiégée pendant plusieurs jours par plus de 1 000 manifestants, pour avoir transmis un programme critique à l'égard du Falungong. Déjà, en août 1996, des membres du Falungong avaient "fait le siège" devant un autre quotidien connu, le Guangming Ribao, et depuis lors, ils ont organisé 78 manifestations illégales, toutes avec plus de 300 manifestants (34). La plus grave accusation, qui fait partie de l'éditorial dans lequel l'organe officiel du PCC déclarait que le Falungong est une "secte pernicieuse", qui "séduit, fait du lavage de cerveau, fait du chantage..." n'a pu être vérifiée sur d'autres sources.

Comment expliquer cette hypersensibilité des adhérents ? Il faut se rappeler que, contrairement à ce qui se passe dans nos démocraties où le pluralisme des opinions et les informations est considérée comme un droit fondamental, la RPC se fonde sur une idéologie totalitaire et est encore guidée par un régime de "dictature du prolétariat". Les médias sont considérés comme les instruments du pouvoir en place et doivent toujours refléter la voix qui vient d'en haut. Il est significatif que les grandes purges de l'ère maoïste étaient précédées d'habitude de soi-disant "débats" dans les journaux, dans lesquels on attaquait l'un ou l'autre personnage pour de prétendues "déviations" de la ligne qui à ce moment là prévalait au comité central.

Elle est donc compréhensible la crainte que des voix critiques recueillies par la presse ou d'autres organes de communication soient le prélude à une attaque systématique à laquelle il ne serait pas possible de répondre. Le mouvement de Li Hongzhi s'étant toujours soucié d'exprimer en chour son désaccord en certaines occasions, cette attention semble avoir fonctionné pendant quelques années. En réalité, aux plus hauts niveaux, il n'était pas encore apparu de position idéologique claire sur cette expression culturelle qui plonge ses racines dans d'antiques croyances populaires et met en valeur les exercices respiratoires classiques du qigong. Quant, en 1996, parut un livre critiquant la possibilité de contrôler et d'utiliser des énergies paranormales à travers la pratique du qigong, un idéologue connu qui en écrivit la préface crut opportun de signer sous un pseudonyme, Du Jiwen (35). On sait que même un scientifique du nom de Chen Shu-shan adhérait à ces théories qui reconnaissent et valorisent les forces occultes. Du reste, du moment qu'il s'agissait d'une croyance populaire qui a imprégné toute l'histoire millénaire de la civilisation chinoise, il pouvait apparaître impopulaire de se prononcer contre l'existence de ces "énergies spéciales" dont beaucoup affirmaient qu'ils en avaient fait l'expérience. Il est intéressant de noter que Li Hongzhi, alors qu'il n'hésite pas à donner un jugement négatif sur la science et la technologie moderne, tient à proposer une cosmologie d'inspiration taoïste, offrant une conception personnelle du créé de l'histoire. Il tente de donner ainsi à son système de croissance personnelle une justification sur le plan des sciences tant physiques qu'historiques. C'est pourquoi il se présente comme "le Maître" qui pénètre et connaît toute vérité. Cette aura de crédibilité du Falungong a favorisé sa diffusion dans les classes moyennes et même dans les rangs du Parti communiste. Jusqu'à un tiers des membres du Falungong auraient été membres du PCC, selon un diplomate occidental qui citait un document officiel confidentiel (36). Or, au sein du Bureau politique lui-même, tous n'auraient pas été hostiles au Falungong. Quand le directeur du Bureau des Affaires religieuses, Ye Xiaowen, tint une conférence de presse au Palais du Congrès, il l'accompagna de citations de discours de Li Hongzhi projetés sur un écran géant qui mettaient en évidence sa prétendue infaillibilité : "En Chine, je suis la seule personne qui peut porter les gens à un plus haut niveau. Je suis l'homme le plus vieux de l'Univers : j'ai produit mes propres parents". Et il concluait : "S'il y a une leçon que le gouvernement aurait dû tirer de tout cela, c'est que nous aurions dû le mettre hors la loi avant" (37). La manifestation du 25 avril a accru chez les membres du Falungong la conscience de pouvoir compter sur un fort soutien populaire. L'académicien bien connu, He Zuoxin, un physicien qui dans les années 1960 contribua à réaliser la bombe H chinoise, parlant à la télévision d'Etat, a dénoncé le Falungong comme un "vrai danger pour la société", soulignant le fait qu'il recommande à ses adhérents de ne pas faire usage de médicaments (38). Un article le critiquant a paru au début du mois d'avril dans une revue de jeunes de l'université normale de Tianjin. Dans cet article, comme l'expliquèrent plus tard les publications officielles (39), le professeur He mettait en doute, entre autres, une affirmation selon laquelle un ingénieur pratiquant le Falungong aurait pu entrer dans une fournaise pour le traitement de l'acier et observer de ses yeux les transformations chimiques qui se produisaient au niveau des atomes et des molécules. Le 19 avril, un groupe d'adhérents de Falungong en colère fit irruption dans les bureaux de l'université, exigeant des excuses de la part du journal. Ne les ayant pas obtenues, ils entreprirent auprès de la Faculté qui abrite la revue un sit-in qui devait s'intensifier le 21. Le jour suivant, les manifestants auraient été 2 000, arrivant à 6 000 le 23, tandis que 2 à 3 000 personnes se présentaient devant le palais de la municipalité. La version officielle est que, pendant ces jours, il n'aurait été procédé à aucune arrestation, tandis que les agences occidentales disent que le samedi 24, la police aurait malmené et arrêté quelques personnes (40).

Un défi au système

Le 24 avril, durant le bras de fer à Tianjin, les dirigeants de Falungong dans les provinces du Hebei, Shandong et Liaoning auraient invité leurs adhérents à converger vers la capitale pour protéger le "Falun Dafa". Dans les dénonciations et les procès des mois suivants, quatre des organisateurs de cette épreuve de force ont été identifiés. Ceux-ci auraient eu, avant leur arrestation, la possibilité de s'aboucher avec Li Hongzhi lui-même, de passage à Pékin, qui les aurait exhortés à être prêts à sacrifier jusqu'à leur vie pour sauver et protéger le Falungong, et gagner ainsi l'immortalité (41). Déjà, dans la soirée du 24, commencèrent à arriver dans la capitale des gens du Hebei, en train ou autobus. Les demandes préparées pour la rencontre avec les autorités du gouvernement étaient au nombre de trois : libération de ceux qui avaient été arrêtés à Tianjin, facilités pour la pratique du Falungong, permission de publier pour le Falungong.

Ce défi lancé au gouvernement le 25 avril semble n'avoir pas provoqué de drames et la masse de la population chinoise n'en eut probablement pas connaissance. Mais, sur les dirigeants du Parti et du gouvernement, il produisit un violent impact et ils crurent avoir perdu la face devant l'opinion publique mondiale. L'année 1999 était en effet particulièrement délicate et importante pour le régime et pour le pays : c'était l'année du quarantième anniversaire de l'occupation du Tibet (le 10 avril 1959), le dixième anniversaire de la tragique répression de la place Tiananmen (le 10 avril 1989), et enfin le cinquantième anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine par Mao Zedong (le 1er octobre 1950). Depuis longtemps, la police était en alerte du fait des manifestations d'ouvriers licenciés et de paysans accablés d'impôts. Le président Jiang Zemin avait parlé alors d'une "nouvelle menace" provenant des "sectes" et de leur cohésion quasiment religieuse.

Le gouvernement décida alors d'employer la manière forte. Sur ordre du président, des groupes de travail se mirent à pratiquer des rondes d'inspection dans les parcs fréquentés par le Falungong ; des filatures d'individus, le contrôle des téléphones et autres appareils électroniques, ainsi que l'incitation à la délation furent établis. Cependant, en juin, plus de 13 000 membres du groupe avaient envoyé au gouvernement une lettre ouverte demandant qu'on fasse cesser la répression contre eux. Par ailleurs, la télévision diffusait une circulaire du Conseil d'Etat, l'organe exécutif du pouvoir chinois, où l'on niait que le groupe ait été déclaré illégal. On assurait que ses membres pouvaient continuer à exercer leurs pratiques, mais on les mettait en garde de répandre des nouvelles infondées et de fomenter des divisions (42). Cependant, vers le milieu de juillet, sans rien qui le laissât prévoir, tout était en place pour une offensive massive. D'après le Centre d'information sur les droits de l'homme, organisation généralement reconnue comme sérieuse et dont le siège est à Hongkong, dans la nuit du 19 au 20 juillet, la police arrêtait dans leurs maisons au moins une soixantaine de personnes plus ou moins responsables du mouvement en diverses provinces. On confisquait les livres de la secte et divers objets y ayant rapport et jusqu'au buste de Li Hongzi (43). Selon d'autres informations, 2 000 responsables furent arrêtés dans toute la Chine, ce 20 juillet (44).

Grâce aux moyens audiovisuels, la nouvelle d'un imminent péril se répandit rapidement jusqu'aux villes les plus éloignées, incitant à une mobilisation générale. Des milliers d'adhérents se rassemblèrent alors pour protester auprès des autorités civiles locales contre les arrestations. Les agences internationales, recoupant diverses informations, apprenaient que le 21 juillet plus de 25 000 personnes s'étaient présentées aux centres du gouvernement en au moins une dizaine de villes, pour expliquer les motivations de leur mouvement et protester contre les récentes arrestations. A Shanghai, les centaines de personnes qui s'étaient réunies dans le "People's square" se sont retirées pacifiquement et sans incidents, de même à Dalian. A Taiyuan, s'étant présentées déjà le 20, 50 personnes ont manifesté. 500 autres avaient fait le siège du palais du gouverneur pendant deux jours, à Weifang (province du Shandong). A Guangzhou, on a pu évaluer à 10 000 les manifestants, et à Shenzen, à partir de 9h 00 du matin, 800 autres firent un sit-in, mais beaucoup d'entre eux furent arrêtés et transportés dans un stade, et placés sous étroite surveillance. A Pékin, lorsque le 22 juillet, la télévision nationale annonça la condamnation du mouvement, de 700 à 1 000 membres du Falungong se rassemblèrent, déterminés mais en bon ordre, non loin de la résidence des dirigeants. La police n'eut d'ailleurs aucune difficulté à les faire monter dans de nombreux autobus qui les transportèrent dans des stades à la périphérie de la ville. Au cours de la semaine, 30 000 membres du Falungong avaient été arrêtés dans toute la Chine (45).

Je me trouvais à Pékin, chez un ami italien, ce soir du 22 juillet, quand le mouvement fut officiellement condamné. Le journal du soir, à la télévision, fut totalement consacré à présenter les accusations retenues contre Falungong et son fondateur. "Ce dernier a exercé une activité illégale, était-il dit. Il a favorisé la superstition, fomenté des troubles et mis en danger la stabilité sociale". Ces accusations étaient étayées par une longue série d'interviews, de dénonciations et de confessions qui occupèrent toute la soirée. Cette campagne systématique contre le mouvement Falungong s'est poursuivie, tout au long des semaines suivantes, accompagnée d'interrogatoires et d'intimidations. Le gouvernement était décidé à ne courir aucun risque pour les célébrations du 1er octobre qui se déroulèrent, de fait, de manière impeccable. 500 000 personnes y défilèrent, en un ordre parfait. Puis commencèrent les procès prévus. Ils eurent un grand retentissement dans la presse internationale tandis qu'en Chine ne perçaient que des rumeurs de condamnations.

Une idéologie en crise ?

Je me contente ici de rapporter quelques commentaires. Et d'abord, que la réalité du Falungong a suscité les plus grands étonnements. Ainsi "parmi les leaders de la manifestation du 25 avril se trouvaient de hauts fonctionnaires à la retraite d'importants ministères et même un général retraité. L'un des chefs arrêté la semaine dernière avait été directeur d'une section de la Sécurité publique justement chargée d'éliminer les dissidents" (46). Et un peu plus tard, une circulaire du PCC dénonçait que "des membres communistes du Falungong en étaient arrivés à manifester de l'opposition au Parti et au peuple, cela à un moment crucial et causant ainsi des torts graves à la cause de leur parti".

Après la solennelle condamnation du 22 juillet était publiée une circulaire du comité central du PCC qui sanctionnait les membres du Parti qui auraient pratiqué le Falungong. La participation de certains membres du Parti à ces activités illégales, y affirmait-on, a entaché l'image du PCC. Ceux qui l'ont pratiqué jusqu'ici doivent se dissocier du mouvement et rompre de façon décisive avec son idéologie. Ceux qui ont participé à ce mouvement mais s'en dissocieront ne seront pas inquiétés. Quant à ceux qui ont participé aux organisations et ont fait activement de la propagande, ils ne seront pas non plus réputés coupables s'ils désavouent le passé et dénoncent les erreurs du Falungong. Ceux des membres du Parti qui ont exercé le rôle de véritables dirigeants, commettant ainsi de graves erreurs, méritent des sanctions, mais s'ils se repentent ou donnent des preuves de leur vraie valeur, la peine sera réduite. Mais qui ne se repent pas devra quitter le Parti ou en être expulsé. Les quelques-uns, par ailleurs, qui ont "comploté derrière les coulisses et ont été les vrais organisateurs", seront résolument expulsés. Tout le Parti doit être éduqué contre ce mouvement qui a propagé une quantité de faussetés malfaisantes, corrompant gravement les esprits. "Dénoncer et attaquer Li Hongzhi et son Falun Dafa, constitue une lutte politique des plus sérieuses", affirme la circulaire (47). Car il y a là une tumeur maligne qui menace la société (48). L'organe officiel précise : "Il faut tirer des leçons de cette campagne et se demander pourquoi tant de gens se sont laissés tromper par le Falungong, alors qu'il s'oppose à la science, à l'humanité, à la société et au gouvernement" (49).

Lors de sa session d'automne, l'Assemblée nationale populaire (le parlement chinois) a discuté de l'opportunité de promulguer une loi "anti-secte", et, à ce propos, un député a défini le Falungong comme "un défi sans précédent dans l'histoire du communisme" (50). On peut lire, dans un éditorial du Quotidien du Peuple, qu'"il est impératif, pour sauver les lignes fondamentales du Parti, de rééduquer et transformer" ceux qui adhèrent encore au Falungong. "Il s'agit, affirme ce journal, d'une entreprise difficile, car il faut agir sur un grand nombre de personnes, opérer des sélections, éviter des simplifications et des généralisations. Ceux qui pratiquent le Falungong, seulement pour se tenir en forme et sans connaître le fond de sa nature perverse doivent être considérés comme des victimes" (51). Selon un autre éditorial, toutes les unités de base du Parti doivent bien comprendre la nature anti-scientifique, anti-humanitaire, anti-sociale et anti-gouvernementale du Falungong car il s'agit là d'engager une lutte serrée "dont dépend le destin du Parti et de la Chine" (52). Pour les dirigeants, maintenir "la pureté et le rôle d'avant-garde" du PCC signifie éliminer le Falungong qui se présente comme un possible concurrent, capable de promouvoir ces idéaux moraux nécessaires à la construction d'une nation. Ils rejettent même, ce qui est étonnant, les aspects moraux du Falungong. "En réalité, disent-ils, les principes de vérité, de bienveillance et de tolérance prêchés par Li Hongzhi n'ont rien de commun avec l'éthique socialiste et avec les progrès culturels que nous nous efforçons de promouvoir". On peut noter ici la même tendance schizophrénique qui, au cours des années 1980, fit lancer la campagne pour "une civilisation socialiste spirituelle" et qui amena les dirigeants à réfuter cette hypothèse que les religions, même celles qui sont officiellement reconnues, puissent contribuer à la régénération de la société qui, alors, affrontait l'aventure de l'économie de marché. La diffusion de ce nouveau mouvement de qigong qui se pare d'éléments pseudo-religieux et qui s'appuie fortement sur la moralité publique, fait craindre aux autorités qu'il puisse se proposer comme une alternative au pouvoir constitué. Dans une correspondance de Pékin à un quotidien italien, Luoyan Shen écrit : "Pour la première fois, depuis qu'il a pris le pouvoir, en 1949, le Parti connaît, à l'intérieur du pays, une organisation secrète, pyramidale et répandue sur tout le territoire, dont le but est de lancer au gouvernement un défi sans précédents et à long terme" (53). Un autre quotidien italien commentait ainsi la situation : "Il est difficile de dire si la secte est un danger pour le pays... Ce n'est certes pas parce qu'elle répand des superstitions, mais bien plutôt parce que, pour la première fois, le PCC est confronté à une forme d'organisation non autorisée et très résolue qui pourrait s'infiltrer, en quelque sorte 'transversalement' dans la société et, ce qui est pire, dans l'administration de l'Etat et dans le Parti lui-même" (54).

Même si, jusqu'ici, la police n'a pu démontrer qu'il y avait eu une conspiration politique propre-ment dite, le Falungong de Li Hongzi épouvante les dirigeants chinois qui savent que mysticisme et religion ont souvent été des composantes de rébellion dans l'histoire de la Chine. Sous la dynastie Quing, la secte bouddhiste du Lotus blanc constitua une importante force de déstabilisation, de mê-me que le mouvement Taiping et la révolution xénophobe des Boxers. Au début des années 1950, les membres de la secte Yiguandao, considérée comme une dérivation de la société secrète des Ming, appelaient les membres du PCC "race du diable" et le socialisme "le royaume du mal".

En 1997-1998, le gouvernement dispersa la secte de "l'Esprit suprême" où il décelait des influences chrétiennes, et son leader, Liu Jiaguo, fut fusillé sous l'inculpation de s'être enrichi au dépens de ses adeptes, d'avoir fomenté une rébellion contre le gouvernement et abusé de jeunes femmes (55). Dans un contexte de confusion sociale et économique alors qu'augmentent le chômage et la corruption, les Chinois ordinaires embrassent facilement de nouvelles idéologies comme d'antiques croyances depuis longtemps abolies. Le sinologue Arthur Valdrom l'affirme : "Le communisme, en tant que foi, est mort et a laissé derrière lui un grand vide que quelque autre foi de masse devrait remplir". Merle Goldman, de l'université de Boston, remarque que la campagne de répression "démontre la fragilité et l'épouvante du gouvernement" tandis qu'un académicien de Pékin, anonyme, critique la politique du gouvernement qui "transforme ce mouvement en une cause anti-gouvernementale. C'est une politique stupide. On se crée des ennemis là où il n'y avait pas d'ennemis" (56).

Apparaît particulièrement significatif un éditorial d'un quotidien de langue anglaise, le Hongkong Standard, qui n'est cependant pas particulièrement critique du gouvernement de Pékin : même si le PCC persiste à répéter que la secte Falungong n'est condamnée que pour sauvegarder la santé et la vie d'individus innocents, beaucoup de commentateurs pensent que sa vraie préoccupation est de sauver le Parti (57). On a pu constater au cours des 15 dernières années, en Chine, une perte de foi dans le marxisme léninisme-communisme et il en résulte un vide idéologique à combler, ce à quoi s'efforcent divers systèmes philosophiques, diverses croyances. Pratiquer une répression aussi dure, c'est insuffisant et préoccupant. Que les adhérents au Falungong soient 100 millions ou 200 millions, il ne compte qu'un petit nombre d'individus véritablement engagés, comme c'est le cas dans toute réalité sociale à large base. Tous ces groupes qui se réclament d'une foi ou d'une idéologie s'appuient sur certains de leurs membres qui portent leurs idées à l'extrême. Et tandis que le gouvernement chinois n'est pas apprécié dans le monde pour sa façon de traiter les groupes minoritaires, l'arrestation de ces gens paisibles qui méditent tranquillement ne lui fait pas honneur.

Répression et résistance

Comme il est de règle en Chine, tout de suite après la condamnation du 22 juillet, les déclarations d'approbation se sont multipliées, émanant des institutions officielles, à commencer par les diverses structures du Comité central du PCC. S'associent à la condamnation le ministère du Personnel et tous ses fonctionnaires, la Ligne des Jeunesses communistes, le quartier général des Forces Armées. Le ministre de la Science et la Technologie, Zhu Lian, en collaboration avec le président de l'Académie chinoise des sciences de la nature, Lu Yongxiang, convoque immédiatement un "forum de dénonciation" comprenant une quarantaine de médecins et d'intellectuels. L'administration centrale d'Etat de la Presse et de la Publication diffuse une circulaire qui interdit de publier, copier, ou distribuer tout matériel propre à la secte. "Les journaux et revues devront cesser de publier des articles et des photos sur les activités du Falungong ». De son côté, le vice-ministre des Affaires civiles, Li Baoku, lors d'une conférence de presse, assure que "ceux qui pratiquent normalement le qigong et d'autres exercices physiques pourront continuer à le faire s'ils obéissent aux lois" (58).

Cependant, la chasse à tout matériel provenant de la Falun Dafa prend de l'ampleur. Les journaux rapportent des informations selon lesquelles, dans tout le pays, plus d'un million et demi (on parlera plus tard de deux millions) d'objets ont été saisis. Ces objets devaient être confisqués ou détruits par les soins du personnel de la campagne anti-pornographie. 300 000 livres étaient ainsi confisqués et détruits à Pékin, de même que 130 000 copies de livres et 27 000 cassettes audio et vidéo-cassettes. La télévision présente aux informations de vieux tracteurs utilisés pour détruire tout ce matériel et les autorités locales, en différentes villes, célèbrent ce qu'ils appellent "des victoires". Les nouvelles de ce genre, transmises par les ondes, sont relatées en 30 minutes. On y consacre désormais toute une heure, présentant des déclarations d'ex-membres du parti condamné qui répètent qu'ils ont été trompés et accusent les dirigeants. Le spectre de la Révolution culturelle resurgit alors à la mémoire de ceux qui l'ont vécue.

Le 25 juillet, la province de Zhejiang avait déjà fermé 47 centres de formation et 456 espaces d'activité du Falungong, confisqué 48 000 livres audio et vidéo-cassettes, des photographies, des tableaux et des drapeaux, tandis que les autorités y avaient arrêté plus de 100 leaders. A Shijiazhuang, on prévoit que 3 000 officiers subalternes seront arrêtés et, dans une ville du nord de la province, sont enfermés dans une école. Environ 1 200 agents du gouvernement, accusés d'appartenir à Falungong, sont enfermés dans une école dans une ville du nord. On les oblige à lire de la littérature du Parti et à déclarer par écrit leur dissociation d'avec le Falungong (59). D'après le Quotidien du Peuple, au 31 juillet 1999, 99,4 % de ceux qui avaient adhéré au mouvement Falungong dans cette province, auraient abjuré, mais on n'en spécifie pas le chiffre exact (60). Un autre rapport du même journal officiel assure qu'à Pékin, 98,9 % des anciens adeptes du Falungong y ont renoncé, mais là encore on ne donne pas de chiffre exact.

Cette campagne contre le Falungong connaît donc un grand succès, assure-t-on. Ainsi, dans la région de Shijiazhuang, plus de 20 000 membres du PCC s'étaient engagés, en 3 572 groupes de travail, pour visiter à fond bureaux, centres d'activité et entreprises. Ils y avaient constitué des groupes d'étude, fait des conférences, et donné à lire les documents gouvernementaux qui critiquent le mouvement interdit. Mais on ne dit pas combien d'ex-adhérents ont abjuré (61). Le Quotidien du Peuple donne une particulière importance au cas d'une femme de 48 ans, Chen Shasha, membre du PCC et l'un des chefs d'un centre de formation, qui avait participé à une manifestation le 31 décembre au palais du gouvernement provincial et, le 25 avril, à Zhongnanhai. Elle aurait abandonné la secte et avoué que Li Hongzhi a souvent conseillé à ses membres de faire pression sur le gouvernement (62). Comme on peut le penser, on fait seulement état des bulletins de victoire, mais une longue séquence de la télévision nationale du soir reconnaît que la manifestation silencieuse du 25 avril fut "l'incident le plus sérieux" qui ait fait du dommage à la Chine depuis 1989 (63). La propagande nationale utilise aussi contre Falungong de grandes affiches, tandis que la télévision et les autres médias multiplient les récits de personnes qui ont perdu la vie ou se sont suicidées (il est question de 2 000 morts) pour s'être affiliées à la secte (64). Un commentaire de l'agence Xinhua du 19 septembre, repris par toute la presse, dit que la lutte a connu le succès et que la majorité des contrevenants a renoncé à ses erreurs, mais, ajoute le rédacteur, si la tumeur a été enlevée, il reste que les virus n'ont pas tous été détruits, éliminés.

Le très important nombre d'arrestations prouve la forte résistance du mouvement en question. "Je n'ai pas peur. Tant que Li Hongzhi est avec nous, nous n'avons peur de rien". Voilà ce que s'écriait une femme d'un moyen âge qui, avec 2 000 personnes, protestait contre l'arrestation de plusieurs leaders, la dernière semaine de juillet (65). La masse des adhérents au Falungong pense que la condamnation du gouvernement est injuste. Sofia Xiao, âgée de 35 ans, qui travaille dans une banque, à Hongkong, a pratiqué le Falungong pendant deux ans et dit qu'elle y a trouvé réponse à ce qu'elle avait cherché toute sa vie. "Je souris constamment aujourd'hui et n'ai plus aucun problème". Elle avait grandi dans l'atmosphère schizophrénique de la Révolution culturelle. Son père, accusé de déloyauté vis-à-vis de Mao, en était devenu comme fou et déchargeait sa rage sur sa femme et sa fille. Xiao était devenue fermée, obstinée, égoïste, s'en prenant à elle-même. Puis le père mourut. La mère, toujours un peu malade, eut connaissance du Falungong et après l'avoir pratiqué, sembla se porter mieux. Elle donna à sa fille un livre de Li et cette dernière commença à pratiquer les exercices du mouvement avec un groupe d'une maison voisine et maintenant elle va parfaitement bien. "Ces exercices te changent, dit-elle. Laisse tomber tant de désirs humains, deviens paisible et tu ne craindras plus rien. C'est cela, peut-être, que le gouvernement chinois craint par-dessus tout" (66). Décrivant les manifestations qui ont fait suite à la condamnation du mouvement, Lujian-Shen affirme que les adhérents au Falungong font preuve d'un esprit de "martyrs". Assemblés par milliers dans le stade de Fengtai, au sud de la capitale, "ils semblaient aller à une fête et criaient "Falun Dafa, la grande méthode du Falun ». Ces croyants démontraient qu'ils ne s'étaient pas laissé intimider par les arrestations des jours précédents" (67).

La date fatidique du 1er octobre approchant, il était impératif de montrer que tout était paisible et sous contrôle. Mais l'agence Xinhua informait que 20 membres du Falungong avaient été arrêtés à Nanchang, capitale du Jiangxi, alors qu'ils se préparaient à organiser des manifestations de protestation (19.9.99). Quoi qu'il en soit, peu après la magique célébration du cinquantième anniversaire de la "Libération", l'offensive contre le mouvement reprenait. Une information diffusée par le Falungong sur Internet faisait savoir qu'une femme, Zhao Jinhua, de 42 ans, était morte à Zhangxing, dans le Shandong après avoir été interrogée par la police. D'après sa famille, ne voulant pas renoncer au Falungong, elle aurait été torturée. Mais un porte-parole de la police déclarait qu'elle était bien morte mais non en état d'arrestation. "Nous l'avions convoquée seulement pour une session d'éducation" (68). Mais, d'après le bulletin International, du 22 octobre 1999, l'autopsie a révélé que la mort avait été causée par des coups donnés avec des instruments contondants.

Un article du Quotidien du Peuple contient une menace claire concernant les employés de l'Etat : ceux qui n'abandonneraient pas le Falungong seraient licenciés. Ce qui signifie que beaucoup de sections et de gouvernements locaux ne sont pas encore arrivés à résoudre le problème (69). Et, peu après, Xinhua rapporte que sept organisateurs du Falungong, dans l'île méridionale de Hainan, sont sous accusation pour avoir vigoureusement manifesté, dans la ville de Changchun, après le décret d'interdiction du Falungong. L'un de ces manifestants était directeur d'une grosse entreprise de construction à Hainan (70). D'après le centre d'information sur les droits de l'homme et la démo-cratie de Hongkong, les autorités ont condamné cinq membres du Falungong à un an de travaux forcés dans la ville de Changchun, vers le 1er octobre, pour "avoir troublé l'ordre public". Ils avaient en effet refusé de participer à la grande réunion de Pékin. Au moins 500 adhérents auraient été arrêtés par la police et gardés en prison, de 15 jours à un mois, en 11 villes y compris Pékin. Sept d'entre eux furent arrêté à Chengdu pendant qu'ils faisaient leurs exercices dans un parc (71).

Une "secte pernicieuse"

Les adhérents au Falungong sont préoccupés par le projet de discussion d'une nouvelle loi à la session d'automne de l'Assemblée nationale populaire. Une douzaine d'entre eux ont été arrêtés, alors qu'ils stationnaient en silence devant le palais, dans la capitale. L'agence Xinhua a annoncé que 13 responsables du mouvement interdit ont été arrêtés et inculpés pour avoir diffusé des "secrets d'Etat" : il s'agirait de 59 documents internes au Parti et relatifs à la répression en cours contre Falungong (72). Par ailleurs, la prestigieuse université Qinghua a suspendu six étudiants (parmi lesquels un chercheur déjà diplômé), pour avoir pratiqué le Falungong (73). Les universités menacent d'expulser les étudiants qui s'adonnent à ces pratiques. Il y en aurait environ 10 000 selon les reportages diffusés à la télévision. Le Quotidien du Peuple et les autres organes officiels dénoncent le Falungong comme une "secte". Ce terme, en chinois xiejiao, caractérise une "doctrine hérétique, dangereuse". Le titre de l'article de première page du journal du Parti le précise : "Falungong est une secte. Il séduit. Il pratique le lavage de cerveau. Il fait du chantage". Comme on peut le démontrer, il ne s'agit pas d'une simple organisation illégale, mais d'une secte, dans le sens fort et péjoratif du mot. Il en a les caractéristiques : structure hiérarchique et absolue dévotion au leader, contrôle systématique des esprits, idéologie apocalyptique pour effrayer les adeptes, enrichissement des chefs par des publications et les contributions des fidèles. On peut comparer le Falungong aux Davidiens, aux Etats-Unis, et à la secte japonaise Aum Shinri Kyo qui a commis des attentats par le gaz dans le métro de Tokyo (74).

La crainte que le Falungong fût dénoncé comme secte dangereuse avait amené dans la capitale de nombreux adhérents qui ont envahi pacifiquement la place Tiananmen, au nombre d'environ 100 000. Nombreuses furent les arrestations, celles, en particulier de ceux qui tentaient de présenter des notes et des protestations à l'office de réclamation du Conseil d'Etat. Ils disaient qu'ils étaient décidés à expliquer aux autorités qu'il ne s'agissait que d'un groupe parfaitement innocent. Un professeur du collège de Wuhan, Cai Mingtao, âgée de 26 ans, affirmait : "Cette grande voie du Falun nous enseigne à être bons. Si je restais en silence, je ne serais pas bonne" (75). Zhou Limei, une étudiante en médecine de 27 ans à Qingdao (province du Shandong) : "On a d'abord déclaré que nous étions une organisation illégale. Maintenant, on veut nous faire passer pour "une secte pernicieuse". Comment peut-on justifier cette accusation encore plus grave ?" Une femme, dénommée Zhang, déclare à un journaliste étranger : "Hier, le chef de notre groupe a été arrêté. Aussi, je suis venue aujourd'hui. Il n'est pas vrai que nous formons une secte. Nous cherchons seulement à améliorer notre santé et à obtenir la paix de l'esprit. Nous ne faisons de mal à personne" (76).

Une trentaine d'adhérents au Falungong ont réussi à contacter (via le courrier électronique) plusieurs journalistes étrangers, les invitant à une conférence de presse clandestine dans une maison de campagne en dehors de Pékin. Sept de ces correspondants ont recueilli d'émouvants rapports. Jiang Chaohui, ancien vice-directeur d'une société étrangère dans le Fujian, a fait appel à l'ONU, à divers gouvernements, aux organisations de défense des droits de l'homme, et à Amnesty International pour faire cesser la persécution contre les adeptes de Li Hongzhi. Il affirme qu'au moins dix adhérents sont morts. Une jeune femme est morte en se jetant d'un train pour échapper à la police. Un ex-policier, Wang Zhiguo, de 37 ans, de Ansha (province du Liaoning) a affirmé : "J'ai dû choisir entre Falungong et le PCC. Alors, j'ai préféré quitter l'uniforme, perdre mon travail". Et Shi Jingsheng, lui aussi, policier, de 37 ans : "Je ne pouvais plus rester silencieux du fait de l'aggravation de la répression". Jing Hai, âgé de 25 ans, dit qu'il a visité la famille de Zhao Jinhua, battue à mort pour avoir refusé d'abandonner le mouvement. Quant à Yuan Yuchun, femme au foyer, de Dalian, elle a été dévêtue, battue et meurtrie de coups de poing par la police tandis qu'elle se rendait à Pékin. On raconte aussi que la police a placé un bâton électrique sur le visage d'une personne et qu'on sentait la chair brûlée. Ding Yan, âgé de 31 ans, coiffeur à Shijiazhuang, a fait voir les blessures que lui ont faites les menottes et la position où il avait été tenu, après son arrestation à Pékin, où il allait participer, en octobre, à un déploiement de drapeaux. Un jeune garçon de 11 ans, Qu Yuyan, qui pratique le Falungong avec ses parents, a été expulsé de son école. On parle aussi d'au moins 20 adhérents qui auraient été arrêtés sur la place Tienanmen (77). Quelques jours plus tard, à cinq des journalistes qui avaient participé à cette réunion secrète était refusé le permis de résidence et l'accréditation ; l'avis suivant leur fut envoyé : "Falungong est une organisation illégale. La conférence de presse à laquelle vous avez assistée est donc illégale" (78).

A la fin du mois d'octobre, le Comité exécutif de l'Assemblée nationale populaire a approuvé (avec 114 voix en faveur, aucune contre et 2 abstentions) la nouvelle loi qui demande à la police, aux ministères publics et la magistrature d'être "extrêmement vigilants contre les activités de la secte et de les réprimer rigoureusement". Les pratiquants doivent être rééduqués et le petit nombre d'organisateurs punis (79). Aussitôt, la Cour suprême et le procureur général ont émis une même interprétation judiciaire : les leaders du Falungong et d'autres groupes déclarés "sectes" peuvent être accusés d'homicide, fraude, menace à la sécurité de l'Etat et autres crimes. Les chefs des sectes qui "tentent de renverser le système social ou diviser la nation" sont passibles de la peine capitale ; celui qui tente d'organiser des activités inter-provinciales peut être puni de 7 à 30 ans de prison ; les manifestations qui troublent l'ordre social sont passibles de 3 à 7 ans de prison, de même imprimer et distribuer des publications et "répandre des faussetés malignes". Loi et interprétation deviennent aussitôt effectives.

Les arrestations se multiplient

Selon le Beijing Morning Post, la police a réussi à découvrir 201 adhérents qui habitaient dans des chambres louées illégalement pendant le mois d'octobre. De lourdes amendes ont été fixées pour les locataires. Le 5 novembre, le bureau de presse de la police informait qu'en octobre plus de 800 membres du Falungong avaient été arrêtés dans divers petits hôtels de la capitale et 17 propriétaires condamnés à des amendes ou privés de leur business pour avoir "loué des chambres illégalement". Selon une source (non identifiée) du PCC, dans tout le pays, environ 3 000 adhérents de Falungong ont été arrêtés au cours de la dernière semaine du mois d'octobre (80).

Les autorités ont décidé d'utiliser les camps de travail forcé pour punir les membres du Falungong qui continuent à se réunir secrètement ou sont allés à Pékin pour manifester : c'est ce qu'aurait déclaré anonymement un officiel du gouvernement (81). Douze femmes membres du groupe, toutes des enseignantes, ont été envoyées sans procès dans les camps de travail dans la province de Jilin, en général pour un an ; cent autres membres les avaient déjà précédées dans la même province, tandis que dans la province du Hebei, plus de 500 personnes y auraient été envoyées récemment. Selon la loi chinoise, la police peut envoyer des citoyens dans les camps de "rééducation par le travail" jusqu'à 3 ans, sans aucun procès. De plus, un individu suspect peut être détenu pendant des semaines sans inculpation formelle ; seuls, ceux qui reçoivent une accusation spécifique sont considérés en état d'arrestation (82). Des arrestations de membres du Falungong à Qingdao (Shandong) et Yinchuan (Ningxia) ont été annoncées les 5 et 6 novembre par le Chinese Legal Daily. De même, à Urumqi (Xinjiang), à Jinan (Shandong) et à Changchun. Ils sont accusés d'avoir "organisé des réunions illégales", "diffusé de la propagande anti-gouvernementale, des publications et des livres illégaux" et participé à des "activités de liaisons illégales".

Un porte-parole du Conseil d'Etat, Li Bing, informe que la police a formellement arrêté 111 mem-bres du Falungong dans les trois mois et demi à partir de son interdiction. En outre, plus de 1 000 ont été arrêtés à Pékin dans les dernières semaines pour être venus des provinces pour mani-fester. Après les cours de rééducation, ils ont été réexpédiés chez eux mais certains ne veulent pas dire d'où ils sont. Un autre porte-parole, Qian Xiaoqian, admet que plus de 60 % de ceux qui ont été ren-voyés dans les provinces sont retournés dans la capitale. Un étudiant de collège dans le Heilong-jiang, Zhang Ji, a été officiellement accusé d'avoir "diffusé des informations via Internet" (83). Quatre membres du Falungong ont été jugés au cours d'un procès qui a duré un jour, et condamnés de 2 à 12 ans de prison "pour avoir fait usage d'une "mauvaise religion" pour violer la loi" (84).

Les procès ont repris après une brève pause due à la visite à Pékin du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Le procès contre une femme de 63 ans, Gu Zhiyi, professeur en retraite, a duré pendant 10 heures sans qu'on soit arrivé à une sentence. Elle avait adhéré au Falungong dès 1992 et devint responsable de la formation à Chonqqing. Arrêtée le 20 juillet, elle fut accusée d'avoir guidé des manifestations en octobre et novembre 1998 contre le Chongqing Daily et deux autres journaux qui avaient écrit contre le Falungong ; en juin 1999, elle guida un groupe de 1 000 personnes dans un exercice collectif sur une place de Chongqing (85). Un rapport du Centre d'information pour les droits de l'homme de Hong Kong affirme que 12 autres personnes ont été envoyées en camp de travail pour avoir fait publiquement les exercices de méditation malgré l'interdiction du gouvernement. Elles seraient désormais plus de 2 000 personnes condamnées à "la rééducation par le travail". Dans la ville de Changchun, dans l'un de ces camps pour les femmes, il y aurait 150 adhérentes au Falungong, condamnées des peines de 1 à 3 ans de prison (86). Dans le Henan, le tribunal du district de Xianxiang a condamné à 4 ans de prison un professeur assistant de l'école locale de médecine, Li Fujun, pour avoir enfreint la loi "en ayant recours à une secte". Il était accusé d'avoir diffusé sur le site Internet à l'étranger du mouvement un article en faveur de l'utilité des exercices pour traitement médical (87). Un des compte-rendus les plus complets sur les résultats de quatre mois de lutte contre le Falungong a été donné par Li Langqing, vice-Premier ministre à un rassemblement de 3 000 dirigeants du Parti. Selon le Centre d'information pour les droits de l'homme de Hongkong, Mr Li aurait affirmé qu'entre juillet et octobre ont été arrêtées à Pékin 35 792 personnes, dont environ 24 000 sur la place Tienanmen ou alentour entre le 20 et 22 juillet et encore 4 230 entre les 25 et 30 octobre. Depuis lors, la police continue à arrêter environ 60 membres par jour (88).

La nouvelle loi "anti-secte" s'applique aussi à d'autres groupes. Le Quotidien du Sichuan du 1er novembre annonçait l'arrestation des chefs d'un mouvement fondé par Lin Jineng, un paysan de 30 ans de Wanxian, dans le Sichuan. Il était connu sous l'appellation de Guogong (ou 'Gong de la nation') et réunissait des éléments de confucianisme, de bouddhisme, de taoïsme, d'arts martiaux et de médecine traditionnelle. Depuis 1994, il dirigeait une "école chinoise de pouvoirs surnaturels", à Myangyang, réunissant 3 000 étudiants (89). La police a aussi arrêté Xiao Yun, fondateur en 1998 du Cibeigong (ou 'Gong de la compassion'), qui, d'après le Quotidien de Changjiang de Wuhan, aurait été proche du Falungong. D'après le Centre d'information pour les droits de l'homme de Hongkong, le PCC aurait aussi l'intention de déclarer hors la loi tous les groupes de qigong, parmi lesquels le Zhong Gong, fondé en 1988, qui connut un grand développement (jusqu'à 20 millions de membres, peut-être) après les événements de la place Tiananmmen en 1989, alors que les médias officiels exaltaient la culture traditionnelle pour s'opposer à l'envahissement de la culture occidentale.

Des condamnations encore plus dures

Le dimanche 26 décembre 1999 commençait le procès des quatre principaux dirigeants du Falungong - Falun Dafa, devant "le tribunal intermédiaire de l'ouest de Pékin". I1 s'agissait de Li Chang, Wang Zhiwen, Jie Lie Wu et Yao Jie (une femme), tous membres du PCC occupant des positions importantes dans les affaires ou les bureaux du gouvernement. Ils étaient en prison depuis le 20 juillet mais la presse avait fait le silence sur la préparation de ce procès. Le jour venu, un grand déploiement de police entourait le tribunal et l'on faisait s'éloigner le plus possible journalistes et manifestants. Cependant que des dizaines de personnes assemblées sur la place Tiananmen en étaient évacuées dans des fourgons de la police (90).

Le jour suivant, l'agence Xinhua annonçait les condamnations infligées aux quatre dirigeants, accusés de divers délits : avoir organisé et utilisé ce "culte pervers" pour répandre la superstition et les hérésies, trompant ainsi le peuple et causant des décès, avoir adressé 78 protestations, dérobé 37 secrets d'Etat et obtenu plus de 54 millions de dollars des activités du groupe et de la vente des livres de la secte. Le code pénal chinois prévoit pour chacun de ces délits des condamnations allant de 3 à 7 ans. L'informaticien Li Chang qui travaillait au ministère de la Sécurité publique fut condamné à 18 ans de prison... seulement, car il avait reconnu "la nature criminelle de la secte et de son chef" et les juges s'étaient montrés cléments ! Wang Zhiwen, ingénieur au ministère des Transports, fut condamné à 16 ans et Ji Liewu, représentant en minerais pour une entreprise publique, à 12 ans, tandis que Yao Jié, employée d'une société immobilière à Pékin, à 7 ans de prison. Au cours des dix années précédentes, on n'avait jamais vu des peines aussi lourdes prononcées contre des dirigeants politiques ou religieux (91).

Quelques jours plus tard, c'était le tour d'un général de l'aéronautique, à la retraite, Yu Changxin, âgé de 74 ans qui fut condamné, lui, à 17 ans de prison le 6 janvier 2000, le procès ayant eu lieu à huis clos. La nouvelle fut diffusée par le Centre d'information pour les droits de l'homme et de la démocratie en Chine, basé à Hongkong. Le général qui avait été instructeur de pilotes d'avion avait beaucoup d'amis, en particulier parmi les commandants encore en exercice et sa condamnation les irrita vivement. Son rang correspondait à celui de gouverneur provincial ou de ministre sans portefeuille (92). Gao Qiuju, directeur d'une compagnie de commerce dans la ville de Dalian, en Chine septentrionale, était incarcéré depuis longtemps. I1 fut condamné à neuf années supplémentaires et sa famille en fut informée seulement le 1er février. Considéré comme le principal responsable de Falungong dans cette ville depuis 1994, d'où il avait envoyé des centaines d'autres adhérents à Pékin pour la manifestation du 25 avril, il était accusé "de s'être servi d'une secte pernicieuse pour troubler la stabilité sociale et d'avoir divulgué des secrets d'Etat", ce qui consistait à avoir fait connaître des documents officiels portant sur le plan de répression prévu par le gouvernement dans les semaines suivantes (93).

Un groupe de 16 adhérents, quelques-uns venant de Hongkong et de Macao, ont été arrêtés par la police de Pékin, le 24 janvier alors qu'ils essayaient de hisser un grand portrait de Li Hongzhi au-dessus de celui de Mao, place Tiananmen (94). En deux procès qui eurent lieu le 28 janvier à Pékin, un peu avant le jour du nouvel an lunaire, 32 adhérents du Falungong ont été condamnés à des peines allant de 4 mois à 7 ans de prison. Deux sours, Li Xiao et Li Xiao Mei, furent condamnées par un tribunal de Pékin à 6 et 7 ans de prison pour avoir diffusé le Falungong dans la capitale en vendant 800 000 livres de ce mouvement, dans leur librairie. D'autres étaient accusés d'avoir participé à des manifestations sur les places publiques, "s'opposant à l'application de la loi". Le Centre d'information pour les droits de l'homme de Hongkong affirme que la police cherche à tenir cachés ces procès qui peuvent compromettre aussi les familles (95). Dans le cas des sours Li, d'ailleurs, la famille a fait appel de la sentence, alléguant que, avant le 22 juillet, aucune interdiction officielle du Falungong n'avait été prononcée (96).

Les tentacules de la police atteignirent aussi une bonne partie des courageux adhérents qui avaient organisé la conférence secrète de presse le 28 octobre, près de Pékin. Jiang Zhaohui, âgé de 35 ans, directeur d'une compagnie étrangère à Fuzhou dans le sud de la Chine, avait été arrêté le 22 novembre avec sa collaboratrice Gu Linna et 15 autres personnes. Le procès de Jiang se déroula dans le secret. Il fut condamné à 12 ans de prison. La nouvelle a filtré par le canal d'un adhérent des Etats-Unis. Gu Linna, une présentatrice de télévision à Shijiazhuang, avait déjà été licenciée pour avoir transmis une nouvelle favorable au Falungong. Elle serait incarcérée dans sa propre ville. Des autres, on ne sait rien (97). A Shenzhen, aux portes de Hongkong, eut lieu un procès à huis clos le 24 janvier contre un membre du Falungong, Li Jianhui. Neuf journalistes de Hongkong ont été empêchés par la police d'assister au procès parce qu'ils n'avaient pas obtenu une permission spéciale. D'après l'épouse de l'accusé, adhérant aussi au mouvement et exclue de la salle d'audience, un avocat commis d'office fut assigné à Li parce que l'avocat choisi initialement par ce dernier avait présenté une déclaration de non-culpabilité (98). La nuit du nouvel an chinois, le 5 février, un groupe d'au moins 50 membres du Falungong qui tentaient de manifester place Tiananmen furent malmenés, battus, puis arrêtés par la police. Certains avaient cherché à déployer des bannières rouges, d'autres s'étaient assis, les jambes croisées. Une jeune fille de 20 ans, Wang Xiaoping, se plaignait en ces termes : "Ils ne veulent pas nous laisser pratiquer. Nous ne sommes pas contre le gouvernement. Nous désirons seulement qu'il ait un dialogue pacifique avec notre maître Li Hongzhi". Une touriste américaine, Tracy Zhao, fut aussi arrêtée de même que trois touristes qui avaient photographié les incidents et dont les rouleaux de pellicules furent confisqués. Selon diverses agences, pendant ces cinq premiers jours de l'année, 2 000 membres du Falungong auraient été arrêtés en 40 villes de la Chine, dont 500 à Pékin, alors qu'ils se livraient à des manifestations pacifiques (99).

Cependant, la veille du jour de l'an, dans le centre de détention de Daguang, près de Changchun, dans la province de Jilin, 140 prisonniers avaient commencé une grève de la faim. Une information ultérieure, diffusée par le Centre de Hongkong, dénonce la mort d'un mécanicien de 29 ans, Liu Xugo dans un camp de travaux forcés à Jining, dans le Shandong. Arrêté en octobre et condamné à trois ans de "rééducation par le travail", il avait, lui aussi, entrepris une grève de la faim et il est mort pour avoir été brutalement forcé à avaler de la nourriture. D'après ce même centre de documentation de Hongkong, depuis le mois de juillet 1999, 5 000 adhérents au Falungong auraient été condamnés aux camps de "rééducation par le travail" tandis que 300 autres seraient incarcérés. En outre, des centaines d'entre eux sont détenus dans des hôpitaux psychiatriques et des dizaines de milliers ont perdu leur travail (100). Un juge chinois, Huang Jinchun, âgé de 34 ans, du tribunal de district de Beihai, dans la province autonome du Guangxi, s'est vu retirer sa fonction et a été enfermé dans l'hôpital psychiatrique de Long Qianshan, dans la ville de Liuzhou, qui est organisée comme une prison et où il ne lui est pas permis de voir ses parents. Le Centre d'information de Hongkong affirme que 50 autres membres du Falungong qui étaient détenus dans l'hôpital psychiatrique de Zhoukoudian, près de Pékin, ont été libérés à la suite des réactions que leur situation avait provoquées (101). Tandis que Mme Mary Robinson, commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, se rendait à Pékin à la fin de février, elle apprenait la mort d'un autre détenu, Chen Zixiu, âgé de 60 ans, décédé à la suite de mauvais traitements subis en prison. Il s'agirait du onzième cas de décès de membres du Falungong depuis juillet 1999 (102). A l'occasion de la session de printemps de l'Assemblée nationale populaire, le Premier ministre Zhu Rongji, dans son discours d'ouverture, parla de la campagne contre le Falungong comme d'une des "grandes victoires" remportées au cours de l'année et promit que la lutte contre les "sectes" continuerait au cours de la nouvelle année. Cependant, autour du palais où se tenait l'assemblée, la police arrêtait au moins 39 adhérents au Falungong qui s'étaient réunis pour manifester. L'un d'eux avait même tenté d'exposer, sous le portrait de Mao, des étendards où s'inscrivaient des éloges à la "grande Loi du Falun » (103).

Réactions internationales

De nombreux mouvements pour la défense des droits de l'homme dénoncent systématiquement les mesures répressives du gouvernement chinois. Ce sont surtout Amnesty International (AI) de Londres, Human Rights Watch (HRW) de New York et le Centre d'information pour les droits de l'homme et la démocratie en Chine (ICHR) à Hongkong (104).

A l'occasion de la condamnation du mouvement Falungong et des premières arrestations en juillet 1999, le centre d'information de Hongkong note qu'il s'agit d'une violation du droit de libre association garanti par la Constitution chinoise, violation aggravée par le fait qu'est refusée aux citoyens la possibilité de faire appel contre les décisions de l'autorité, ce qui est contraire au principe même d'opposition démocratique. Bien qu'ait été abolie du code pénal la dénomination de "crimes contre-révolutionnaires", en 1997, la situation n'est pratiquement pas changée. Aujourd'hui, appartenir et militer "dans des sociétés secrètes ou des organisations religieuses hérétiques" est considéré comme "crime mettant en péril l'ordre social" qui est puni avec la même sévérité. En ce qui concerne certaines pratiques religieuses comme "anormales", la commission de l'ONU pour les droits de l'homme avait recommandé, dès 1994, qu'elle fut éliminée. Mais, il n'en fut rien.

Les prises de position International ont été nombreuses. L'une d'elles énumérait de nombreux cas de torture et de mauvais traitements des adeptes du Falungong arrêtés après l'interdiction du mouvement, et demandait aux autorités d'entreprendre immédiatement des enquêtes sur ces cas et d'en rendre publics les résultats, de punir les responsables et d'assurer que ceux qui restaient détenus ne seraient pas torturés (105). En vue de l'annuelle réunion à Genève de la commission de l'ONU sur les droits de l'homme, Amnesty International a demandé aux ministres des Affaires étrangères des pays européens de s'accorder pour censurer la Chine, car, déclare cet organisme, "les condamnations qui ont été infligées récemment contre les disciples du mouvement Falungong ont été parmi les plus draconiennes des années dernières". Elles s'apparentent à la "sévère répression" qui a eu lieu, par le passé, contre des dissidents politiques, des militants pour les droits des travailleurs, des groupes religieux et des membres de groupes ethniques, au Tibet et au Xinjiang (106).

D'après l'organisme américain Human Rights Watch, la violente campagne contre le Falungong "viole systématiquement les principes reconnus par les Nations Unies sur les droits de l'homme", même si le gouvernement chinois prétend appliquer la loi. Cette répression est à situer dans un cadre plus vaste : " le dessein de contrôler toutes les organisations religieuses, sociales, civiles et économiques". Human Rights Watch, résumant la situation chinoise, rappelle que, dans le code pénal chinoise, l'article 300 est le seul qui se réfère spécifiquement aux "sectes hérétiques" (ou cultes). Enumérant les peines applicables à ceux qui organisent ou pratiquent des sectes superstitieuses, des sociétés secrètes et de mauvaises organisations religieuses, l'article 300 requiert, "pour les cas particulièrement graves", un minimum de 7 ans de prison et jusqu'aux travaux forcés à perpétuité et la peine de mort. L'interprétation officielle de la Cour suprême du 9 octobre 1999 encourage les tribunaux à appliquer sévèrement, dans le cas du Falungong, les lois existantes et en particulier l'article sur les "sectes hérétiques".

L'interprétation officielle de la Cour suprême du 9/10/99 encourage les tribunaux à appliquer sévèrement en ce qui concerne le Falungong les lois existantes et en particulier l'article sur les "sectes hérétiques". La Cour a ajouté l'expression "tous ceux qui organisent ou utilisent des sectes superstitieuses" à d'autres articles qui traitent des assassinats, blessures, exploitation et violence sexuelle, fraude, division du pays, renversement du système socialiste. De plus, le comité permanent de l'Assemblée nationale populaire a étendu l'application des lois pénales existantes à toutes les expressions qui sont déclarées cultes hérétiques (107).

En janvier 2000, le gouvernement chinois a annoncé de rigoureux contrôles sur l'utilisation d'Internet. "Toute information, est-il affirmé, qui est mise sur web, reliant la Chine à l'extérieur, doit être autorisée par le bureau responsable de préserver les secrets d'Etat". La peine maximale pour l'infraction à cette règle est la condamnation à mort. L'association Reporters sans frontières, qui a son siège à Paris, protestait, dans une lettre au Premier ministre, contre ce nouveau règlement, en contradiction avec la convention internationale sur les droits civils et politiques. L'association observe que la notion de secret d'Etat est si vague qu'en fait une simple information sur la santé d'un personnage politique pourrait être considérée comme un secret d'Etat si la chose n'a pas encore été divulguée par les autorités officielles (108).

Des prises de position sur la question des droits de l'homme n'ont pas manqué, émanant de divers gouvernements et organismes internationaux, signifiées au gouvernement chinois, même si, dans la pratique, semblent y prévaloir d'autres intérêts et des considérations proches de l'économie. D'après un éditorial du Quotidien du Peuple, les accusations infondées de pays étrangers et en particulier des Etats-Unis contre la Chine au sujet de sa lutte contre les sectes n'ont pour but que "d'aider les forces hostiles, en Chine, et de bloquer le développement social et économique du pays" (109). Une motion de censure ayant été adressée à la Chine par le Parlement de Strasbourg, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères chinois a repoussé catégoriquement cette "ingérence indue dans les affaires internes du pays" (110).

La critique contenue dans le rapport annuel sur les droits de l'homme publié par le Département d'Etat américain à la fin de février 2000 a particulièrement irrité le gouvernement chinois qui, peu de temps auparavant, avait publié un nouveau Livre blanc (le quatrième en dix ans) intitulé : "50 ans de progrès dans le domaine des droits de l'homme en Chine". Dans cette publication, était justifié le droit à la subsistance et au développement, à mettre en premier lieu, et on y affirmait que les libertés, en Chine, n'avaient jamais été si pleinement assurées qu'aujourd'hui, et qu'elles connaissaient une continuelle amélioration (111).

De son côté, le porte-parole de Falungong en Amérique, Erping Zhang, affirmait, dans une interview à New York, se référant à l'histoire de son mouvement, que "la répression n'est pas le moyen le plus intelligent d'affronter le problème. En condamnant les membres de Falungong à de dures peines de prison, le gouvernement n'atteint que l'objectif de renforcer leur doctrine et de transformer leur cause en crise internationale. Il y a des siècles que les Chinois agissent ainsi, et qui s'oppose à eux par la violence ne fait qu'augmenter l'irritation du peuple et discréditer la réputation et la stratégie du pouvoir. Nous continuons à suggérer le dialogue pacifique avec le gouvernement, avec la conviction que la politique n'est pas notre sphère d'action. Mais la communauté internationale ne peut accepter en silence ces violations des droits de l'homme" (112). La répression chinoise contre le Falungong est stigmatisée, en Occident, comme une chasse aux sorcières, alors que la RPC minimise "l'incident Falungong » n'y voyant qu'une opération de police destinée à éliminer de la société des déviations périlleuses.

Falungong, religions et athéisme

Pour conclure, il peut être opportun de citer quelques extraits de lectures qui permettent de mieux approfondir la connaissance de ce phénomène. Le professeur Barend ter Haar, de l'Institut d'études chinoises de l'université de Heidelberg, estime que le Falungong est "un phénomène religieux caractéristique" de la Chine d'aujourd'hui. On sait que la RPC fondé par Mao Zedong en 1949 se fonde sur quatre points "cardinaux" qui constituent aussi l'idéologie sous-jacente de la dernière Constitution (1982). A savoir : la voie vers le socialisme, la dictature du prolétariat, le rôle dirigeant du Parti communiste et la pensée marxiste-léniniste de Mao Zedong. Et cependant, en ce pays qui est le plus grand gouverné par un régime communiste, depuis bien des années, déjà, on entend parler d'une réapparition du fait religieux, qui concerne non seulement les cinq religions officiellement reconnues (bouddhisme, taoïsme, islam, catholicisme et protestantisme) mais aussi une grande variété d'autres expressions religieuses qu'il est difficile de cataloguer. Il n'est pas facile pour un Occidental de comprendre cette logique de "politique de liberté religieuse" alors que cette liberté a été sciemment limitée, voire persécutée, en Chine, depuis la mort de Mao. Il y a en effet un rapport obscur entre la profession explicite d'athéisme du PCC et d'autre part la profession explicite de respect et de protection pour les religions du pays, inscrite à l'article 36 de la Constitution. Il est clair que le Parti cherche, dans son intérêt, non pas tant à protéger l'orthodoxie et développer la croissance de ces religions, qu'à assurer la tranquillité sociale et se prémunir des espaces de liberté que pourraient créer ces religions, si elles échappaient au contrôle de l'Etat. C'est pourquoi l'article 36 spécifie que l'Etat protège "les activités religieuses normales" qui peuvent ainsi subsister. En cela, le gouvernement communiste a hérité, a épousé la position féodale et impériale qui faisait de l'empereur le juge suprême de l'orthodoxie. Une théorie ou une praxis étaient rejetées comme xiejiao, c'est-à-dire comme "hérésie" ou tout au moins déviation dangereuse, non par rapport à leur credo ou à leur élaboration théologique, mais en tant qu'elles pouvaient constituer un danger pour l'autorité constituée.

Dans le contexte des événements actuels, on comprend mieux la répression des moines tibétains et on s'explique que les autorités chinoises (qu'il s'agisse des protestants ou des catholiques) n'hésitent pas à réprimer les activités des chrétiens quand ceux-ci s'obstinent à pratiquer leur foi en dehors des structures officiellement reconnues, sachant bien cependant qu'il s'agit de personnes innocentes et pacifiques. Le gouvernement nie qu'il y ait persécution religieuse. Cependant, comme il en advient dans tous les moments politiques du pays, il invite les cinq religions officielles à se joindre à une campagne en cours. Ainsi, tout de suite après la condamnation du Falungong, le vice-ministre des Affaires civiles, Li Bao-Ku, s'est empressé de répéter lors d'une conférence de presse, au Conseil d'Etat, que la Constitution chinoise protège la liberté de croyance religieuse et "les activités religieuses normales" (113). Pour célébrer la première lune du nouveau siècle, Li Ruihuan, membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti et président du Comité permanent de la Conférence politique consultative, a entretenu les représentants des religions le 31 janvier 2000. Wang Zhaoguo, chef du département du Front Uni dans le Comité central du PCC, était aussi présent. Dans son discours, Li a réaffirmé que la politique de liberté religieuse, fondée sur la situation chinoise telle qu'elle est, n'a jamais été un expédient tactique. Il a réaffirmé la théorie communiste selon laquelle l'existence, le développement (et la mort) des religions sont gouvernées par des lois naturelles qui ne peuvent être modifiées par les gouvernements. Il a reconnu que les grandes religions ont des idéaux positifs. Elles doivent contribuer à protéger les lois et les intérêts du peuple. Ce qui signifie, naturellement, qu'il faut soutenir l'action du gouvernement contre le danger public que représente le Falungong (114).

L'association patriotique bouddhiste avait déjà pris position, dès juillet 1999, par la voix de son vice-président, le maître Zhang Jiyu, contre "la secte" Falungong, disant qu'elle avait diffamé et minimisé le bouddhisme en en mystifiant l'enseignement de façon délibérée et en s'appropriant sa terminologie. Zhang Jiyu, vice-président de l'association taoïste chinoise, déclara, pour sa part que la mise hors la loi du mouvement incriminé était parfaitement légitime (115). Ni Aixin, jeune prêtre taoïste d'un temple sur les montagnes, dit à son tour que "le Falungong n'a rien à voir avec le taoïsme" (116). Parmi les nombreux points de vue d'experts publiés au lendemain du bannissement du Falungong, il y a celle du professeur Zhuo Xinping, directeur de l'Institut de recherche sur les grandes religions au sein de l'Académie chinoise des Sciences sociales. Il a déclaré entre autres que sainteté, moralité, continuelle recherche d'humanité, accent mis sur les limites des êtres humains et humilité devant Dieu sont des éléments importants pour toute religion, mais non la superstition, l'ignorance, l'exaltation mystique et la présomption. Rappelant la prétention de Li Hongzhi à être l'unique sauveur d'un monde destiné à la destruction, Zhuo a dit encore que la décision de bannir le Falungong n'interfère pas avec la liberté de religion mais est une mesure salutaire contre la superstition, mesure qui a finalement pour but de promouvoir illumination et science (117).

On peut bien comprendre que cette massive campagne de propagande contre le Falungong organisée par les milieux officiels ait déconcerté, désorienté, à cause surtout d'une grande et diffuse ignorance sur le fait religieux. On comprenait difficilement que le Falungong pût être interdit. La plupart des disciples de Li Hongzhi n'avaient pas l'impression de constituer une religion mais d'être la légitime expression d'une tradition populaire. Il n'est pas facile en effet d'établir une limite entre d'innocentes activités de caractère spirituel et les superstitions ; pas facile non plus, dans la réalité chinoise, de départager les clubs sportifs et les mouvements de perfectionnement spirituels qui s'expriment par des mouvements de gymnastique. Il existe, cela est hors de doute, des forces inexplorées dans l'univers et dans notre organisme. La médecine moderne elle-même ne reconnaît-elle pas la valeur de l'acupuncture et d'autres intuitions qui nous ont été transmises par la culture chinoise ? Les rechercher, les valoriser, ne peut être taxé de superstition. Mais on peut aussi transmettre ces forces par le moyen de rites et de formules magiques ou encore en faire un usage illicite. Depuis qu'il est au pouvoir, le PCC a eu une position hésitante et n'a pas réussi à identifier clairement, à tolérer ou condamner certains éléments de la culture et de la religiosité populaires. Il y a deux ans, comme on l'a déjà dit, on avait lancé en Chine une campagne contre les "superstitions" mais sans distinguer le rapport entre le contenu de ces superstitions et la religion. Ainsi ont été démolis de nombreux temples non autorisés (et même des églises chrétiennes) au nom de cette lutte contre la superstition et beaucoup d'adhérents à des groupes charismatiques ou considérés comme non orthodoxes ou appartenant à des sectes millénaristes ont été envoyés en camps de "rééducation par le travail". Tout dernièrement, le ministère de la Sécurité publique a pris en chasse, dans le cadre de cette répression, cinq groupes principaux, parmi lesquels le Zhushenjiao, de la province du Hunan, dont le dirigeant Liu Jiaguo a été condamné à mort en juin 1999 (118).

L'enquête de Newsweek, que nous avons déjà mentionnée, révèle que la superstition est très répandue en Chine. Dans bien des petites maisons, on conserve, près de petits autels de la déesse de la miséricorde, les tablettes des ancêtres, de petits conteneurs en forme d'exèdre d'où l'on tire des auspices et parfois, au milieu de tout cela, le buste de Mao Zedong. Les Chinois ont besoin de croire. Le dogme marxiste pouvait peut-être leur suffire, par le passé, mais les dirigeants de l'après-Mao ne réussissent plus à proposer quelque chose de crédible. Aussi, fleurissent, à côté des religions officielles, de nombreuses croyances de toute sorte, et même dans les communautés chrétiennes, on rencontre des sectes. Certaines "dévotions" sont devenues très populaires et permettent aux organisateurs de faire de gros profits (soudoyant au passage et si besoin les responsables communistes locaux). Certains organisent des funérailles extravagantes, avec de la musique, des fleurs, des moines et des pleureuses. Il y a même des inconscients qui "vendent" les cadavres : par exemple les corps de jeunes femmes mortes, de façon à permettre à des familles qui ont perdu un fils de lui donner "une épouse" dans l'outre-tombe. Et le défunt Mao Zedong a droit à un culte florissant : dans le village de Gushui, dans le Shaanxi, un temple lui a été dédié, construit par le secrétaire du PCC local. "Le président a été le plus grand empereur de Chine", explique-t-il avec candeur. On s'agenouille, on brûle de l'encens. Cependant le Parti, cherchant un compromis, a affirmé qu'il ne s'agissait là que d'un "lieu de mémorial" car "Mao était un homme et non un dieu" ! Mais, dans un village voisin, il y a un autre temple avec Mao ayant à ses côtés deux "assistants célestes". Et le Quotidien du Peuple reconnaît que même "des membres du Parti honorent Bouddha, pratiquent l'astrologie, la géomancie et la physionomie". Il dénonce "les personnages officiels qui participent à des cérémonies d'inauguration de nouveaux temples et consultent les devins avant de prendre des décisions gouvernementales. Certains, s'étant enrichis, n'ont plus aucun idéal et se réfugient dans la superstition". Les dirigeants locaux d'un centre du Sichuan, après avoir dépensé 240 000 dollars américains pour construire un bâtiment public, louèrent ensuite d'autres locaux à 843 dollars par mois, parce que le fengshui du premier édifice s'avérait défavorable (119).

De manière concomitante avec la condamnation du Falungong, une circulaire émanant du comité central du PCC soulignait la nécessité pour les membres du Parti d'achever leur éducation au matérialisme et à l'athéisme marxiste. Le matérialisme dialectique et le matérialisme historique, y lisait-on, représentent la juste vision du monde et la méthodologie du prolétariat. Il faut que les théories scientifiques établies sur cette base forment le soutien spirituel des communistes. Le Falun Dafa de Li Hongzhi, qui prêche l'idéalisme et le théisme et nie toute vérité scientifique, est diamétralement opposé aux fondements du marxisme (120). A ce sujet, est significatif un commentaire paru dans une page du Quotidien du Peuple au cours de l'été 1999 : le Falun Dafa répand l'idéalisme et le théisme, il nie toute vérité scientifique et demande à ses adhérents de se contenter de suivre la doctrine de Li. De la sorte, le Falun Dafa empêche le peuple de croire à toute vérité scientifique, le marxisme inclus, ce qui est à l'encontre de la Constitution chinoise et pose un grave défi au PCC et au gouvernement. Si ce n'est pas le marxisme qui occupe la sphère idéologi-que, cette sphère sera occupée par le non-marxisme ou par l'anti-marxisme. Il est donc impératif de renforcer l'éducation idéologique et politique basée sur la conception marxiste de la vie. On lisait un peu plus loin : "Les membres du Parti doivent donc intensifier l'étude du marxisme en insistant sur le matérialisme et l'athéisme qui sont des armes puissantes pour terrasser l'ennemi, développer un esprit scientifique, combattre la superstition avec vigilance" (121).

Ces constatations ont provoqué un retour de la propagande idéologique qui s'était affaiblie devant les exigences de l'économie de marché. L'aile conservatrice du Parti se reprit donc à proposer à nouveau le matérialisme historique et pratique comme interprétation "scientifique" de la réalité, ainsi que toute forme de théisme. Comme on l'a rappelé plus haut, un des aspects les plus curieux du système était son ambition de donner une coloration scientifique (kexuede) à ses théories, même s'il condamnait en bloc la science moderne et la technologie. Cette préoccupation de proclamer sa propre scientificité, observe le professeur Barend ter Haar, lui vient de sa formation première, dans le communisme. Et pour combattre efficacement ce mal, le PCC sent le besoin de réévaluer sa propre vision "scientifique" et de déclarer la guerre au "théisme".

Ce n'est pas par hasard si, en juillet 1999, apparaissait à Pékin une nouvelle revue bimensuelle illustrée intitulée Ke-Xue-Yu Wu-Shen-Lun ('Science et Athéisme') dont plusieurs numéros sont déjà parus. Elle est financée largement par l'Etat et présente à ses lecteurs des noms bien connus tels que ceux de l'ex-président de l'Académie des Sciences naturelles, Zou Guangzhao, et de l'ex-vice-président de l'Académie des Sciences Sociales, Yu Guang Yuan. Le premier numéro de la revue mettait en relief une interview de Ren Jiyu, idéologue bien connu, aujourd'hui bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de Pékin et président de l'Association chinoise d'études sur l'athéisme. En septembre, Science et Athéisme présentait un numéro spécial de 72 pages où était dénoncé Falungong. Tandis que la première partie offrait des contributions diverses sur d'autres sujets, la seconde partie se présentait comme une véritable "autopsie" de la doctrine de Li Hongzhi où sont cités longuement ses écrits afin d'en démolir la consistance.

On ne peut encore prévoir quelles seront les répercussions de cet effort pour relancer l'athéisme comme explication scientifique de la réalité. La revue restera un instrument de formation pour les membres du PCC. On peut craindre cependant que ce sursaut de fidélité à l'idéologie athée ne rende encore plus difficile la compréhension des légitimes aspirations de toute la partie de la société chinoise qui éprouve le besoin de Dieu. En donne une preuve un article de Ren Yanli, directeur de la section sur le christianisme à l'Institut de recherche sur les grandes religions qui, écrivant dans le premier numéro de Ke-Xue-Yu Wu-Shen-Lun, démontre qu'en combattant les superstitions et les déviations, il est important de ne pas perdre de vue les réalités spécifiques des religions. Bien que lui-même se déclare non-croyant, il affirme que les chrétiens de l'Eglise dite "clandestine" qui célèbrent leur culte en dehors des structures réglementaires ne peuvent être assimilés à ceux qui se livrent à la superstition, car, chez eux, la foi chrétienne est une réalité profonde. Il ne peuvent donc pas être persécutés de la même manière. Mais la multiplication des arrestations, des détentions, des condamnations trop faciles chez les "non officiels" montre à quel point il est difficile de faire changer une mentalité qui se justifie par le principe de "la dictature du prolétariat". Par ailleurs, selon le commentateur hongkongais Willy Lam Wo-Lap, lors d'une récente réunion interne, un membre du Bureau politique du Parti aurait assuré qu'en plus du Falungong et d'autres sectes semblables, les "Eglises domestiques" et "les organisations politiques clandestines constituent aussi un grave danger pour la stabilité" (122).

Le correspondant de Press, John Leicester, écrit à ce propos : "Des millions de chrétiens (il se réfère surtout aux protestants) fréquentent des réunions non autorisées et non celles qui sont reconnues, et cela malgré les risques". Il cite la réflexion d'un médecin de 39 ans, Xu Yonghai : "Après avoir rencontré Dieu en 1989, ma vie a été totalement changée. Je me suis sentie une autre personne. La vie sans la foi est intolérable". "L'économie va mal, poursuit Xu. Beaucoup sont licenciés. La vie est dure, tout pose problème : la maison, les personnes âgées, l'école, l'assistance médicale. Un problème après l'autre vient peser sur les classes moyennes ou pauvres. Mais celui qui croit en Dieu, qui a accepté l'Evangile, réussit à dominer cette situation d'incertitude et de souffrance. C'est pour cela qu'au cours des dernières années, les chrétiens sont de plus en plus nombreux". John Leicester estime qu'en Chine, il peut y avoir 30 millions de chrétiens (toutes dénominations confondues). Ce n'est bien sûr qu'une très faible proportion par rapport au nombre total de la population (1 200 millions), mais, à l'en croire, "au cours des derniers mois, certains faits dramatiques semblent montrer que ce gouvernement officiellement athée perd du terrain" (123). A quel point cette évaluation est-elle rigoureusement exacte ? Quoi qu'il en soit, il s'agit certainement d'une transition très délicate dans la croissance de la Chine nouvelle.

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Notes

NOTES<br />(1) Le terme Falun signifie "Roue de la Loi (ou du Dharma") ; Gong signifie : "exercice ou pratique".<br />(2) Une bonne documentation comportant une tentative d'évaluation scientifique se trouve sur le site : &lt;http://sun.sino-uni-heidelberg.de/staff/bth/falun.htm&gt;. Elle est due au professeur Barend ter Haar, de l'université de Heidelberg en Allemagne. Le Centre d'études sur les nouvelles religions (Cesnur) du professeur Massimo Introvigne, à Turin, s'intéresse aussi particulièrement au cas de Falungong : www.cesnur.org<br />(3) La Repubblica, 23/07/99<br />(4) Newsweek, 02/08/99<br />(5) Associated Press (AP), 07/05/99<br />(6) AP, 26/04/99.<br />(7) AP, ib.<br />(8) Falun Dafa signifie : "Grande Méthode de la Roue du Dharma"<br />(9) Corriere della Sera. 29/07/99<br />(10) Time, (édition asiatique) 10/05/99<br />(11) AP, 03/08/99<br />(12) Agence France-Presse (AFP), 14/08/99<br />(13) AP, 06/10/99.<br />(14) Il peut-être utile de visiter le site Internet : &lt;ppflg.china.com.cn/baodao/indexE.html&gt; qui possède aussi une version anglaise pour se faire une idée de la propagande officielle.<br />(15) Un site qui fait connaître le Falun Gong est : &lt;www.falundafa.org/&gt; On trouve des livres de Li Hongzhi aussi sur le site : &lt;www/falundafa.org/book/index.html&gt;Son livre le plus connu est aussi accessible en italien Zhuan Falun (En tournant la roue de la Loi) sur &lt;www.falundafa.org/book/ita.htm&gt;<br />(16) La Republica, 23/07/99.<br />(17) Time. l.c.; Newsweek, 02/08/99<br />(18) Newsweek, 09/08/99.<br />(19) China Daily, 24/07/99<br />(20) Newsweek, 02/08/99.<br />(21) AP, 26/04/99<br />(22) Newsweek, ib.<br />(23) Newsweek, 10/05/99.<br />(24) Quotidien du Peuple (QdP), 28/10/99<br />(25) China Daily, 24/07/99.<br />(26) Hong Kong Standard, 02/11/99<br />(27) AFP, 20/01/2000<br />(28) Newsweek, 10/05/99<br />(29) Newsweek, 09/08/99<br />(30) China Daily, 24/07/99<br />(31) China Times, CNA, 04/05/99<br />(32) Newsweek, 09/08/99.<br />(33) Newsweek, 10/05/99<br />(34) QdP, 28/10/99<br />(35) Le livre est intitulé "Qigongyuteygong nengjiexi" (Analyse des pouvoirs spéciaux du qigong).<br />(36) AP, 20/08/99<br />(37) AP, 04/11/99<br />(38) AP, 26/04/99<br />(39) QdP, 14/08/99<br />(40) Newsweek, 10/05/99<br />(41) QdP, 07/08/99<br />(42) AFP, 22/07/99<br />(43) Reuters, 20/07/99<br />(44) AFP, 22/07/99<br />(45) South China Morning Post (SCMP), 22/07/99<br />(46) Newsweek, 02/08/99<br />(47) China Daily, 23/07/99<br />(48) QdP, 20/08/99<br />(49) QdP, 23/08/99<br />(50) AP, 01/11/99<br />(51) QdP, 11/11/99<br />(52) QdP, 15/11/99<br />(53) La Stampa, 02/11/99<br />(54) Il Manifesto, 24/07/99<br />(55) Newsweek, 09/08/99<br />(56) Ibid.<br />(57) Hong Kong Standard, 26/10/99<br />(58) China Daily, 24/07/99<br />(59) AP, 26/07/99<br />(60) AFP, 02/08/99<br />(61) AP, 10/08/99<br />(62) QdP, 11/08/99<br />(63) AP, 12/08/99<br />(64) AP, 20/08/99<br />(65) Newsweek, 02/08/99.<br />(66) Time, 09/08/99.<br />(67) La Stampa, 24/0799<br />(68) AFP, 11/10/99<br />(69) AP, 16/10/99<br />(70) AP, 18/10/99<br />(71) AP, 22/10/99<br />(72) Agenzie, 22/10/99<br />(73) Idem, 27/10/99<br />(74) Idem, 28/10/99<br />(75) Reuters, 28/10/99<br />(76) AFP, 28/10/99<br />(77) AP, 28/10/99<br />(78) AFP, 03/11/99<br />(79) AP, 30/10/99<br />(80) AP, 28/10/99<br />(81) AP, 07/11/99<br />(82) SCMP et Hong Kong Standard, 31/10/99<br />(83) AP, 08/11/99<br />(84) AFP, 12/11/99<br />(85) AFP, 23/11/99<br />(86) AFP et AP, 23/11/99<br />(87) AP, 03/01/00<br />(88) AP, 29/11/99<br />(89) Hong Kong Standard, 02/11/99<br />(90) AP, 25/12/99<br />(91) Agenzie, 27/12/99<br />(92) SCMP - Reuters, 15/01/00<br />(93) AFP, 11/02/00<br />(94) Reuters, 30/01/00<br />(95) AFP, 01/02/00<br />(96) AP, 28/02/00<br />(97) AFP, 06/02/00<br />(98) Hong Kong Standard, 25/01/00<br />(99) Agenzie, 06/02/00<br />(100) AFP, 14 &amp; 22/02/00<br />(101) AFP, 11/02/00<br />(102) AP, 28/02/00<br />(103) AP, 05/03/00<br />(104) De nombreuses informations se référant au Falungong peuvent être trouvées dans deux sites Internet : &lt;www.amnesty.org&gt; et &lt;www.rhw.org&gt;.<br />(105) AI, 22/10/99<br />(106) AI, 24/01/00<br />(107) Human Rights Watch, 09/11/99<br />(108) AFP, 27/01/2000. On peut contacter cet organisme par courrier électronique : asie@rsf.fr<br />(109) AFP, 29/12/99<br />(110) AFP, 25/01/00<br />(111) Asia News, n° 3, mars 2000<br />(112) Avvenire, 02/03/00<br />(113) China Daily, 24/07/99<br />(114) QdP, 01/02/00<br />(115) Fides, 30/07/99<br />(116) AP, 15/11/99<br />(117) China Daily, 24/07/99<br />(118) AI, 23/07/99<br />(119) Newsweek, 09/08/99<br />(120) China Daily, 23/07/99<br />(121) QdP, 1/8 &amp; 23/08/99<br />(122) SCMP, 03/11/99<br />(123) AP, l6/01/00<br />

Ndlr

[NDLR - Le P. Angelo Lazzarotto, prêtre de l'Institut pontifical (italien) des missions étrangères (Pime), est un spécialiste de la Chine et a publié ce texte dans le numéro d'avril 2000 d'Asia News, le supplément de la revue Mondo e Missione, la publication des Pime. La traduction est de la rédaction d'Eglises d'Asie.]<br />

Copyright

(EDA, Mondo e Missione - Asia News, décembre 2000)<br />